CHANT IV
Le vieillard prit les rames, et bientôt la barque toucha la grève à côté d'une tour de pierre. C'était une masse s'efl'ritant en poussière, dont le sombre portail était tapissé par les ondulations du lierre en fleur; sous ce portail le sol était parsemé de sables pailletés et de très rares coquilles marines que le flux éternel, esclave de la mère des mois, avait jetées sous les murs de cette grise tour, qui se dressait là comme un enfant supposé de l'art humain nourri parmi les enfants de la Nature.
Quand le vieillard eut mis à l'ancre son embarcation, il me prit dans ses bras avec une tendre sollicitude ; il m'adressa peu de paroles, mais des paroles de bonté, et me porta dans la tour au bas d'un escalier dont les marches polies, usées sous des pas incessants depuis de longues années, tombaient en ruine. Enfin nous arrivâmes à une petite chambre tapissée de mousses rares, où ses douces mains me déposèrent sur une couche d'herbes et de feuilles de chêne entrelacées.
La lune dardait à travers les treillis sa jaune kimière, aussi chaude que les rayons du jour, si chaude que, pour laisser passer la brise humide de rosée, le vieillard les ouvrit; la lumière de la lune s'étendait sur un lac dont les eaux venaient entremêler leurs jeux jusqu'au seuil de cette charmante demeure ; à l'intérieur on voyait, à l'obscure clarté du rayon ondoyant, l'antique plafond sculpté et de l nombreux volumes, où ce sage avait puisé la science qui l'avait fait tout ce qu'il était devenu.