‹ OEuvres poétiques complètesChapitre 33 sur 58 · L.\ON ET CVTHXA S · texte numérisé non relu

L.\ON ET CVTHXA S

de deux vies qui se rencontrent, quand les yeux évanouis nageant à travers les larmes d'un épais et infini brouillard, dans une seule caresse ? Qu'est-ce que cette force irrésistible qui pousse le cœur à gravir ce vertigineux escarpement, où bien loin sur le monde roulent ces vapeurs qui confondent deux êtres sans repos dans la paix d'une seule âme?

C'est l'ombre qui flotte sans qu'on la voie, mais non sans qu'on la sente, sur l'aveugle race mortelle ; sa divine obscurité ne quitta pas cette verte et solitaire retraite, où la paix enveloppait nos corps enchaînés, avant que cette nuit, puis un autre jour, eussent disparu du ciel changeant; et alors je vis et sentis... La lune était haute, et les nuages, avant-coureurs d'un ouragan, étaient disséminés sous son orbe ; les vents s'amoncelaient en rugissant sur nos têtes.

Les douces lèvres de Cythna semblaient livides dans la clarté de la lune ; ses beaux membres frissonnaient sous le vent de la nuit ; et ses noires tresses étaient mollement éparses sur son sein pâle ; tout à l'intérieur était silencieux, et la douce paix de joie remplissait presque la profondeur de son impénétrable regard; et nous restâmes assis dans le calme, pendant que le sommet rocheux était secoué par les vagues (jui s'agitaient dans ses cavernes ; ellespressentaientl'orage, etla griseruine en était ébranlée.

Nous restions assis insoucieux de tout, dans la corn-

munion des serments échangés, qui, dans un rite de foi douce et sacrée, scellaient notre union. — Ils furent peu nombreux les cœurs vivants, qui purent s'unir comme les nôtres, ou célébrer une nuit de noces dans d'aussi étroites sympathies; car de sublimes et solennelles espérances, la douce force d'un premier amour, et toutes les pensées qui étouffent le froid pouvoir du mal, maintenant enchaînaient une sœur et un frère l'un à l'autre (1).

Et telle est la modestie (2) de la nature, que ceux qui grandissent ensemble ne peuvent vouloir que s'aimer, si la foi, et la coutume ne s'y opposaient pas et si l'esclavage commun ne défigurait pas ce qui autrement pourrait être la source de toutes les plus suaves pensées. De même que, dans le bosquet sacré qui ombrage les sources du Nil éthiopien, cet arbre vivant, lorsque le ramierrapide comme une flèche l'a frappé de son ombre, se retire de frayeur, mais embrasse étroitement ses propres feuilles sœurs pendant que sourient les rayons du soleil.

Et s'attache à elles, alors que les ténèbres peuvent briser les secrètes caresses des plantes plus insensibles qui fleurissent sur la vaste terre ; — ainsi pour toujours nous étions unis ; car l'amour nous avait nourris dans

(1) Variante de la Révolte de ilslani :

'I Car ces sympathies étaient nées d'une jeunesse unie, et de la douce énergie d'un premier amour, longtemps interrompu et caressé, (jup des espérances et des craintes communes avaient rendu aussi fort (|iie la tenijiète. »

(2) Hév. de l'hlam : » la dlsine loi de la nature. »

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