‹ OEuvres poétiques complètesChapitre 35 sur 58 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Et, après avoir vainement lutté avec sa folie, pour essayer de la décider à venir avec moi, je partis. Dans les régions orientales du ciel, l'éclair maintenant pâlissait; rapidement le noir coursier m'emporta le long du rivage de la mer tempétueuse : et bientôt la grise montagne retentit sous ses sabots, et je pus voir Cythna parmi les rocs, où elle était restée assise, ses yeux inquiets fixés sur le jour tardif.

Nous nous retrouvâmes avec joie. Elle était très pâle, affamée, mouillée, épuisée; je passai mes bras autour délie pour l'empêcher de tomber pendant que nous regagnions notre retraite; et ainsi embrassée, son cœur plein sembla goûter une joie plus profonde que n'en a jamais connu le bonheur. Le coursier allait paisiblement au pas derrière nous le long de la montagne déserte. Nous atteignîmes notre abri avant que le Matin ait pu détacher le dernier voile de la Nuit, et nous nous étendîmes sur notre couche nuptiale.

Quand elle eut réchauffé dans mon sein son cœurfrlsonnant, après les plus doux baisers, nous partageâmes notre paisible repas. Gomme une fleur d'automne après de froides averses étend ses feuilles flétries ainsi cjue des arcs-en-ciel dans Tair ensoleillé, ainsi sur ses lèvres et sur ses joues s'étendit l'esprit vital et dans ses yeux une atmosphère de santé et d'espérance; près d'elle le chagrin s'assoupit, ainsi que la crainte, et tout le cortège du sombre découragement.

Page 1