‹ OEuvres poétiques complètesChapitre 37 sur 58 · XXXVII · texte numérisé non relu

XXXVII

« Telles sont les pensées, semblables aux feux étincelant sur des îles enveloppées par l'ouragan, que nous

LAON ET CYTHNA "Z4o

caressons sur cette sombre ruine; telles étaient alors aussi les miennes. De môme que dans son sommeil une violette odorante, bien que ses feuilles soient liumides des rosées de la nuit , s'exhale en rôves prophétiques du lever du jour, ou comme, avant que la gelée de Scythie ait rencontré avec terreur les messagers du Printemps descendant des cieux, les boutons ont pressenti leur écloison; — ainsi cette espérance doit se lever un jour.

«. Ainsi les années passaient quand un soudain tremblement de terre déchira les profondeurs de lOcéan, et la caverne se fendit, avec un bruit terrible, comme si l'immense continent du monde était entraîné dans une ruine universelle, et à travers l'ouverture se précipitèrent en cataracte les eaux étouffées. — Quand je m'éveillai, l'inondation, dont les eaux liguées avaient saccagé cette caverne de cristal, reduait autour de moi, et ma brillante demeure s'ouvrait béante devant moi... un gouffre désert, nu, immense.

« .\u-dessus de moi était le ciel, au-dessous la mer; j'étais debout sur la pointe dune pierre fracassée, et j'entendais les rocbers détachés roulant en bonds tumultueux et retentissants dans l'abîme. — Puis tout à coup tout bruit cessa, il se fit un vaste et désert silence. Je sentis que j'étais libre ! L'embrun del'Océan tremblait sous mes pieds, le large ciel rayonnait autour de moi et dans ma chevelure les vents jouaient, en s'arrôtant dans leur course maintenant sans obstacle.

Page 1