XXV
« Car elle doit périr dans le palais du tyran ! liélas ! Hélas ! — Il se tut et s'accroupit près de la voile. Mais tous entendaientses sanglots... Et toujours devant l'océan et le vent, le vaisseau volait jusqu'au moment où les étoiles commencèrent à pâlir ; et, réunis autour de moi dans une muette attitude, les matelots me regardaient, le pilote était abattu et pâle de souffrance, le capitaine aux cheveux gris me jetait des regards pleins d'une crainte sans repos qui rencontraient les miens. — Ils étaient comme en extase.
« Maintenant point de faiblesse ! Point de repos ! Tu es âgé, mais l'espérance te rendra jeune, car l'espérance et la jeunesse sontfiUesd'unmêmepère, l'Amour... Voyez ! les astres éternels nous regardent ! La vérité est-elle entrée dans vos âmes? Ne songez-vous qu'à yous-mêmes, ou vous sentez-vous attendris pour les souffrances d'autrui ? Avez-vous soif de porter un cœur que ne puisse plus atteindre la dent de serpent de la Coutume? Soyez libres ! Et maintenant jurez-moi d'être fermes jusqu'à la mort! — Ils s'écrièrent : Xous le jurons ! Nous le jurons !
« Les ténèbres mêmes furent ébranlées à ce cri, comme par un coup de tonnerre souterrain. Le rivage sonore renvoya ses mille échos dans la nuit, comme si la mer et le ciel et la teri-e s'étaient réjouis du réveil de la liberté ; car c'était au nom de la liberté qu'ils avaient
juré! ... Les verrous furent tirés, et sur le pont les captives debout jetèrent autour d'elles des regards étonnés, et chacune se reculait éblouie, quand la lumière de la torche inconstante venait frapper ses yeux.
« C'étaient les plus pures enfants de la terre, jeunes et belles, avec des yeux, les sanctuaires d'une pensée encore endormie; leurs fronts étaient aussi brillants que le printemps ou le matin; le sombre temps n'y avait point encore écrit sa triste légende en caractères nuageux qui ne s'efïacent pas . — Ce changement était un rêve pour elles; mais bientôt elles connurent la gloire de leur nouvel état. Dans la brillante sagesse du midi haletant de la jeunesse, une douce conversation, des sourires et des soupirs harmonisèrent tous les cœurs.
« Mais une restait muette. Ses joues et ses lèvres très belles, changeant de nuances, comme des lis nouvellement (leuris agités en plein midi par le vent à l'ombre de la brillante chevelure d'un acacia, trahissaient les frémissements de son àme. Et bientôt, le cœur plein, ces jeunes filles se levèrent et, touteshaletantes, elles se regardèrent et me regardèrent, comme pour m'adresser une muette prière. Je souris, je pris leurs deux mains dans les miennes, et j'éprouvai un délicieux plaisir dont leurs esprits ressentirent le contre-coup.