‹ Œuvres poétiquesChapitre 16 sur 96 · II · texte numérisé non relu

II

Sous le soleil j'ai fait un double rôle.

D'abord soldat, triste et cruel métier î

Pour m'en laver je me fis cordelier, Espérant bien que la pieuse corde

Me rendrait pur et net de tout péché.

'Elle Teût fait! mais je fus empêché Par le pontife à qui le ciel accorde

(C'est mon désir le plus vif) tout le mal

Qu'il m'a valu dans le monde infernal!

Que maudit soit ce détestable prêtre!

J'avais vécu longtemps en vrai renard

Et de tromper pratiqué le grand art, Tant et si bien que toute l'Italie

He regardait comme un fourbe accompli.

Jamais mon nom n'y peut être en oubli.

Mais quand je vins au terme de la vie.

Où tout mortel devrait de son vaisseau

Carguer la voile et se garer de l'eau, J'eus en horreur ce que j'aimais naguère,

Et repentant, contrit et confessé!...

Ali! malheureux, le ciel m'eût exaucé!

* fn ce moment le chef pharisaïque ]

Luttait non pas contre des Sarrasins, |

Contre des juifs, mais contre ses voisins. |

Il leur faisait une guerre énergique.

Nul d'eux n'avait abjuré cependant.

Ni fait commerce au pays du Soudan.

Foulant aux pieds sa dignité suprême.

Le sacrement de l'Ordre, et le Cordon i

Où Dieu lui-même attache le pardon, \

Tel qu'autrefois implorant le baptême

Contre la lèpre un empereur puissant

Du mont Soracte appelait l'habitant, 11 me tira de la maison divine,

Me demandant conseil sur les moyens

De réussir en ses mauvais desseins.

Comment, dit-il, prendrai-je Palestrine?

Parle sans peur du céleste couBroux.

De tout péché d'avance je t'absous.

Et je me tus, car il me semblait ivre.

Mais il reprit d'un ton plus assuré :

J'ouvre le ciel et le ferme à mon gré; Tu le sais bien, j'enchaîne et je délivre,

Armé des clefs que de mon devancier

La lâcheté craignit de manier.

A ces raisons qui me parurent graves,

Je crus courir un risque plus affreux

En me taisant, qu'en cédant à ses vœux. Et je lui ^is : Puisque ainsi tu me laves

De tout péché, je te dirai tout bas :

Promets beaucoup et tiens peu, tu vaincras.

Quand je fus mort, François vint pour me prendre ;

Mais aussitôt un des. noirs chéinibins

Se présentant posa sur moi les mains.

Sur lui, dit-il, tu n'as rien à prétendre.

11 m'appartient pour l'avis frauduleux.

• Depuis ce jour je le tiens aux cheveux.

Nul n'est absous sans le remords du crime.

Or le remords et l'acte en môme temps

N'existent pas dans les cœurs pénitents.

Quel je devins, malheureuse victime!

Lorsqu'il me dit en ricanant : Eh! bien, Me savais-tu si bon logicien?

Il m'emporta dans l'étemel^bime Devant Minos, qui frappant dans ses mains Roula huit fois sa queue autour des reins ;

L'habit de feu, dit-il, est pour cette âme.

Au' môme instant je tombai dans ces lieux, Où je subis ce supplice odieux.

11 dit, s'éloigne, et l'ondoyante flamme, Qui de son corps est l'étçmel étui, Suit tous ses pas et s'éloigne avec lui.

Virgile et moi reprenant notre marche, Sur le rocher tournant de val en val Du haut en bas de l'abîme infernal.

Nous arrivons au sommet d'une autre arche, D'où notre œil voit la/neuvième prison, Séjour du schisme et de la trahison.

Oh ! qui pourrait exprimer même en prose Toute l'horreur du spectacle odieux Dont cette fosse épouvanta mes yeux.

La voix s'éteint, le mot manque à la chose.

Et si les yeux peuvent l'apercevoir, L'esprit troublé ne la peut concevoir.

Imaginez toutes les multitudes De qui les.corps sotis le glaive troyen

' Oi\t engraissé le sol apulien;

Joignez-y ceux qu'en des luttes plus rudes

Canne en ses champs vit tomber autrefois

Sous le tranchant du fer carthaginois, Lorsqu'Annibal, guerrier impitoyable,

Sur les vaincus récolla tant d'anneaux

Qu'il put, dit Live, en remplir trois boisseaux. Ajoutez-y cette armée innombrable

De Sarrazins frappés par les Guiscards,

Et celle encor dont les débris épars De Cépéran ont recouvert le sable

Dans cette guerre où chaque calabrois

Abandonna ses légitimes rois.

Et ceux enfin qui reprenant courage,

Recommençant la lutte un peu plus tard,

Furent vaincus par la ruse d'Alard.

Figurez-vous tous ces champs de carnage,

Couverts de morts, de mourants, de blessés.

Rouges de sang, et ce n'est point assez Pour vous donner même une faible image

Du sol sanglant du neuvième fossé.

Comme du sein d'un tonneau défoncé Jaillit le vin, tel du corps des coupables

Le sang coulait sur leurs membres troués.

A ce supplice ils étaient tous voués, Souffrant des maux différents et semblables.

L'un d'eux surtout me parut effrayant.

Du haut en bas son ventre était béant.

Je distinguais ses entrailles fumantes.

Son cœur, sa rate, et le sac affamé

Où l'aliment en w est transformé;

150 ï;exfer

Et je voyais sur ses cuisses sanglantes Ses intestins battre quand il marchait.

Avec horreur mon œil le regardait.

Lui des deux mains saisissant sa poitrine, L'ouvrit encor davantage et me dit :

Vois Mahomet qu'un Dieu juste punit.

Derrière moi cette ombre qui chemine En soupirant est Ali mon cousin, Le crâne ouvert et fendu jusqu'au sein.

D'ailleurs tous ceux que cette fosse enserre D'un long scandale exécrables fauteurs De quelque schisme ont été les autours.

L'épée en main un diable est là derrière Qui, chaque fois qu'au bout de cet enfer Nous repassons, lève à l'instant le fer,

Et d'un seul coup rouvre la plaie entière.

Mais toi qui donc es-tu suc ce rocher Et paraissant hésiter d'approcher.

Peut-être afin de retarder ta peine?

Il n'est point mort, répond mon conducteur.

Et dans l'enfer n'entre point en pécheur.

Mais pour s'instruire, et c'est moi qui le mène. De cercle en cercle il doit être conduit.

C'est aussi vrai que ma voix te le dit.

A ce discours tous ces fils du martyre Furent saisis d'un tel étonnement Que chacun d'eux oublia son tourment.

A Fra Dolcin je te charge de dire Que s'il n'a soin d'avoir des vivres frais L'hiver prochain le livre aux Novarrais.

CHANT XXVIll 151

Après ces mots, Mahomet se retire,

Parlant du pied qu'il tenait suspendu,

Et reprenant son chemin assidu.

Un des damnés que retient la surprise,

Le nez rasé, le* front déchiqueté,

Et n'ayant plus d'oreille d'un côté.

Est le premier de la foule indécise

Qui de sa bouche, où ne sont plus les dents,

Montre à nos yeux l'efTmable dedans.

Sa langue pend, rouge comme les flammes.

toi, dit-il, que le courroux de Dieu *

Ne jette point dans cet horrible lieu.

Pur des péchés qui perdirent nos ûmes;

Toi que j'ai vu sur la terre d'en haut.

Si quelque erreur ne me met en défaut.

Rappelle-toi Pierre de Médicine ;

Et si tu dois revoir sous le soleil

Le doux pays de Marcabe à Verceil, Dis de ma part, prophète de ruine,

A messers Guide et l'Angiolello,

Deux des meilleurs entre ceux de Fano, Que d'un tyran la trahison barbare

Les jettera sanglants et mutilés

De leurs vaisseaux par lui-même appelés.

Dis qu'entre Chypre et la mer baléare

Corsaires grecs et maures n'ont jamais

Souillé les eaux de semblables forfaits.

C'est ce chef borgne, oppresseur du rivage

Où tel qui pleure en ce lieu désolé

Voudrait beaucoup n'être jamais allé.

152 L'ENFER i

Venus vers lui sur la foi d'un message,

Ils n'auront pas besoin dorénavant

De prier Dieu qu'il leur mande un bon vent.

Quel est celui dont tu tiens ce langage?

Apprends-le-moi si tu veux qu'à mon tour

De toi là haut je parle à mon retour.

Posant la main sur la mâchoire vide

D'un des damnés, il l'ouvrit tout à fait

En s'écriant : Le voici, mais muet!

Fougueux acteur d'une lutte homicide,

C'est ce tribun dont le conseil félon

Fit à César franchir le Rubicon.

Quel je le vis ce Gurion perfide

La langue rase au fond de son gosier,

Et dans son mal impuissant à crier.

Un autre alors levant dans l'ombre obscure

Ses bras sanglants privés de leurs deux mains

Qu'ont Mt tomber les glaives inhumains, Et d'oîi le sang coule sur sa figure.

D'un ton de voix désespéré cria :

Rappelle aussi, rappelle-toi Mosca, Dont un seul mot a causé la disgrâce

De la Toscane, et la mort de plusieurs.

Enveloppés dans le sang et les pleiirs.

La tienne encore et celle de ta race,

Dis-je; il m'écoute et s'enfuit en pleuranl.

Je restais là pâle et considérant Du ciel sur eux la terrible vengeance;

El j'en vis un dont je n'oserais pas *

Vous raconter l'épouvantable cas.

Si ce n'était que de ma ronscience

La pureté rassure mon honneur

Contre Teffroi de passer pour menteur.

J*en vis donc un, et ma vue inquiète

Le Yoitencor, tant je fus affolé,

Buste sanglant qui marchait décollé.

Par les cheveux sa main portait sa tête (I)

Comme un flambeau pour éclairer ses pas.

Le front pâli nous voit et dit : hélas!

Deux en un seul, un seul en deux, prodige !

Le Dieu vengeur qui frappe de tels coups

Les conçoit seul. Lorsqu'il fut près de nous, 11 se dressa roide comme une tige;

Et, pour pouvoir nous parler de moins bas,

Tendit vers nous sa tète au bout du bras.

Vois, me dit-il, quelle peine est la mienne !

Toi qui vivant parcours le pays mort.

Dans tout Tenfer est-il un pareil sort?

Mais de mon nom afin qu'il te souvienne,

• Et d'en parler, tu vois en moi Bertram,

Bertram de Born, ennemi du roi Jean.

J'employai tout, prières et reproches,

Sourdes rumeurs, détestables avis.

Pour séparer le roi d'avec ses fils.

Comme autrefois les mortelles approches

D'Achitophel semèrent leur poison

Entre David et son fils Âbsalon.

(I) EU capo ironco tenea per le chiome, Pesol con mano, a guisa di lanterna...

154 LT.NFER

C'est pour avoir de personnes si proches Rompu les nœuds et détniit Tunion, Que de mon corps cette division

Me fait subir la loi du talion.

Mes yeux fixés sur ces faces blafardes D'un deuil profond se sentaient enivrer.

J'aurais voulu rester là pour pleurer.

Virgile alors : Qu'est-ce que tu regardes • Si fixement? Tu n'as point jusqu'ici Montré cet œil de tristesse saisi.

Tenterais-tu de calculer le nombre De ces damnés? Songcs-y bien, ce val Est des plus grands de l'empire infernal.

11 a de tour vingt-deux milles dans l'ombre.

D'ailleurs la lune avance dans son cours, Et lès moments qui nous restent sont courts,

Pour achever de parcourir l'abîme.

Si le motif qui retenait mes pas T'était connu, dis-je, tu ù'aurais pas, .

Maître, trouvé qu'il fût illégitime.

D'un doute affreux je me sentais saisir, Et tu m'aurais permis de l'éclaircir.

Il avançait, et j'allais sur sa trace.

Tout en suivant le propos commencé, Et j'ajoutai : Là bas dans le fossé

J'ai vu, je crois, un damné de ma race.

N'y songe pas, tourne ailleurs ton esprit; Dans ses tourments laisse lace maudit. .

Du bas du pont, d'un œil plein de menace

Il te suivait, en te montrant du doigt.

Gery du Bel est le nom qu'il reçoit.

Toi, tout entier à la tête sanglante

Qui te parlait, tu t'es tournô trop tard ;

11 avait fui di'jà de ton regard.

Il a péri d'une mort violente

Et des parents de son sang outragé,

Lui répondis-jc, aucun ne l'a vengé.

C'est pouf cela qu'il a quitté la place

Sans me parler, plein de justes dédains;

Et dans ses maux d'autant plus je le plains.

Tout en causant nous suivons la surface

Du rude écueil d'où notre œil pourrait voir

L'autre vallon sans l'air épais et noir.

Et lorsque enfin sur la roche pendante

Placés plus haut, le "malheur des damnés

Se déroula sous mes yeux consternés, Alors des cris d'une douleur ardente

Montant vers moi du fond de cet enfer

Percent mon sein comme des traits de fer.

De mes deux mains je couvris mes oreilles.

Durant l'été de Naples à Casai

Réunissez en un seul hôpital Tout ce qui souffre, et des clameurs pareilles

Retentiront, et les mômes senteurs

Soulèveront les sens des spectateurs.

Nous descendons sur la rive dernière

Du grand rocher, à main gauche, où nos yeux

Plongent partout dans ce gouffre odieux.

Gouffre où gémit tout le peuple faussaire, Que du Très-Haut le bras justicier Rassemble là de Vunivers entier.

Je ne crois point que dans les champs d'Égine Un tel spectacle ait frappé les regards, Quand le fléau, courant de toutes parts,

Amoncelait en confuse ruine Tout animal, tout homme, et jusqu'aux vers; Quand, si j*en crois Ovide dans ses vers,

De Jupiter la puissance divine Pour repeupler ce malheureux pays Dut en mortels transformer les fourmis.

Tels les damnés enfermés dans cet antre Les uns épars, les autres en monceau, Sont étendus sur l'immonde carreau.

De son voisin Tun opprime le ventre.

L'autre le dos; quelques-uns sur leurs mains Traînent leur corps par les obscurs chemins.

Nous avançons pas à pas en silence En écoutant et regardant partout S'il en est un qui se tienne debout.

Leur corps pourri n'a plus cette puissance; Mais j'en vois deux dos à dos appuyés Comme deux pots l'un par l'autre étayés.

Rongés tous deux par une lèpre épaisse De haut en bas, et tous deux recouverts Dans tout leur corps de grands ulcères verts.

Jamais valet du maître qui le presse Si promptement n'étrilla le cheval.

Que de leur ongle ils étrillent leur mal.

Mais pour calmer la cuisson des ulcères, C'est vainement qu'ils écorchent leur ppau, Comme on écaille une carpe au couteau.

A Tun de ceux qui souffrent ces misères

. Le Sage dit : toi de qui les doigts Vont tenaillant ton corps en mille endroits,

Informe-nous s'il est dans ces SodOmes Quelque Latin, et que puissent toujours Tes ongles croître et te prêter secours!

Latins, dis-tu ? tous les deux nous le sommes, Répond l'esprit en versant de longs pleurs; Mais toi qui viens, exempt de nos douleurs,

M'interroger, qui donc es-tu toi-même?

Je suisain mort qui conduis un vivant Dans tout l'enfer, et je marche devant

Pour le guider dans ce labeur suprême.

Les deux damnés surpris d'un tel propos Pour mieux me voir désassemblcnt leur dos; .

Ne pouvant croire au discours du poète.

D'autres encor qui l'avaient entendu Me regardaient d'un œil tout éperdu.

Mon protecteur tournant vers moi la tête :

Demande-leur, dit-il, ce qui te plaît.

Je commençai puisqu'il le permettait.

Puisse de vous une longue mémoire, Vous qui souffrez ici des maux pareils.

Vivre et durer sou$ de nombreux soleils!

Apprenez-moi vos noms et votre histoire, Et que l'horreur d'un supplice lionteux Ne ferme pas votre oreille à mes vœux.

J'eus, dit Tun deux, Arezzo pour patrie, El sire 41t>ert me lit jeter au feu.

D'autres péchés m'ont conduit en ce lieu.

Je lui disais, mais par plaisanterie.

Que je savais voler comme un oiseau.

Le sot le crut, et voulut bien et beau

Que je l'instruise en cet art de Dédale.

Je ne pus point, et pour ce seul motif Ce fou cruel me fit brûler tout vif.

A peine mort de cette mort fatale.

Gomme alchimiste en cet horrible enclos Je fus parqué par le juste Minos.

Est-il, criai-je, une race aussi pleine De vanité que tous ces Siennais !

Non, certes, non, pas même les Français,

Quoiqu'ils en aient une part souveraine (1).

Un des damnés m'entendit et cria :

Excepte au moins le modeste Stricca

Qui conduisit si prudemment sa vie ; Et Nicolo, l'habile jardinier.

Cultivateur des fruits du giroflier.

Excepte encor la sage compagnie Où l'Abbaillat porta tant de bon sens, Et Caccia ses vignes et ses cliamps.

Et si tu veux connaître l'ombre triste Qui te soutient contre les Siennais, D'un œil plus sûr envisage .mes traits.

(1) or fa giammai

Gente si vana, corne la Sanese ?

Cerlo Dou la Fraocesca si d'assai.

CHANT XKX 159

Tu reverras Caboche ralchimiste,

De la nature habile imitateur.

Et des métauit vil falsificateur, A qui le ciel paye ici son labeur.

Lorsque Junon dans sa jalouse rage

Accumulait contre le sang thébain

Tout noir fléau, tout i5upplice inhumain, Athamas pris d*une fureur sauvage

Voyant venir Ino qui dans ses bras

Tient ses deux fils et s'avance à grands pas, Crie : A nos rets! saisissons au passage

Cette lionne avec ses lionceaux !

Il prend Léarque en prononçant ces mots, Le tourne en Tair comnïe ou tourne une fronde,

Et contre un roc de pointes hérissé

Jette Tenfant expirant et brisé.

La mère fuit avec Tautre vers Tonde,

S'y précipite, et trouve au soin des mers

Des dieux plus doux touchés de ses revers.

Lorsque lassé des crimes de Pergame

Le juste ciel renversa dans les feux

Son roi, son peuple et ses murs si fameux, Hécube esclave au pied .de Troie en flamme

Vit égorger sa fille, et sur le bord

Des mers de Thrace aperçut son fils mort.

Elle aboya comme une chienne aboie,

Tant de ses maux l'horrible désespoir

Sur sa nature exerça de pouvoir.

160 LENFER

Mais les cités de Tbèbes et de Troie Sur les mortels et sur les animaux N'ont jamais vu s'acharner de bourreaux,

Tels que les deux qui dans cette géhenne,

Comme des porcs de leur bauge sortis, •

* .Vont culbutant et mordant les maudits.

L'un par le cou prend Caboche et le traîne A belles dents, comme avec un licol, Sur les cailloux qui hérissent le sol.

Le malheureux, tandis qu'il pleure et saigne, Cet insensé, dit-il, est Jean Schicchi; A tout instant il nous déchire ainsi.

Oh! plaise à Dieu que l'autre ne t'atteigne!

Mais apprends-moi quel il fût sous les cieux, Avant qu'il ait disparu de nos yeux.

De Cinyras c'est la fille exécrable.

Répondit-il. L'incestueux amour Qu'elle conçut la plonge en ce séjour.

Pour assouvir sa flaimme détestable.

Elle emprunta de mensongers dehors.

Cet autre au loin, pris des mômes transports,

Eut d'un haras la plus belle cavale Pour se coucher en un lit travesti, Et tester faux au nom de Donati.

Quand ces damnés dans leur course fatale OBt disparu, je tourne mes regards Sur d'autres morts, tristes, pâles, hagards.

Et j'en vois un d'un aspect si difforme Que du milieu de son corps au sommet D'un luth antique il offre le portrait.

Ombre hydropique, elle a le ventre énorme.

Tout autre membre est maigre à f^ire horreur,

Et de la soif elle sent la fureur, Soif qui distend ses lèvres et les tire ;

Celle d'en haut vers le nez se dressant,

.Sur le menton celle d'en bas descend.

vous, dit-il, témoins de mon martyre,

Sans le souffrir, je ne sais pas pourquoi,

Arrêtez- vous, jet^ les yeux sur moi.

«De maître Adam contemplez la misère!

J'eus souale ciel un destin assez beau.

Je pleure ici pour une goutte d'eau.

Les frais ruisseaux qui de la verte terre

Du Cosentin descendent dans l'Amo

Coulant si clairs dans leur canal si beau, Sont sous mes yeux dans leur molle abondance ;

Et ce n'est pas en vain que je les vois, ^

Mon mal cruel s'en accroît mille fois.

Ainsi de Dieu la trop juste vengeance

Se sert des lieux où je péchai jadis

Pour augmenter les maux dont je pâtis.

J'y contrefis le coin de Jean-Baptiste ;

J'y fus brûlé pour ce forfait, et mort

Dans cet enfer je descendis d'abord.

Mais que je voie en cet état si triste

Guide, Alexandre, ou leur frère, et pour ça

Je donnerais toute l'eau de Branda!

Déjà l'un d'eux m'a suivi dans ce gouffre.

Si je dois croire aux discours que nous font

Les enragés qui courent dans ce rond.

Mais enchaiDé par les maux que je souffre,

De quoi me çert, hélas ! de le savoir?

Ah ! s'il m'était douné de me mouvoir Et d'avancer en cent ans d'une ligne,

Je me mettrais tout à l'heure en chemin,

Le recherchant et le trouvant enfin Dans les horreurs de ce supplice insigne,

Quoique le val qui nous sert de séjour,

Large d'un mille, en ait onze de tour.

Ils m'ont poussé dans l'enfer, ces infâmes ! . ,

M'encourageant à battre à leur profil.

Des florins faux; c'est ce qui me perdit.

Et je lui dis : Quelles sont ces deux âmes

Qui près de toi fument comme Ton voit

Fumer des bras que l'on mouille au temps froid? Quand je tombai, dît-il, en .ce supplice,

Là toutes deux je les trouvai gisant;

EUes n'ont pas bougé jusqu'à présent.

Du jeune liébreu l'une est l'accusatrice,

L'autre est Sinon, ce grec archi-trompeur.

Leur corps fiévreux pousse cette vapeur.

Peu satisfait du titre qu'on lui donne,

D'un coup de poing certes et des meilleurs

Le grec frappa le roi des monnayeurs.

Le flauc frappé comme un tambour résonne ;

Et sans tarder maître Adam furieux

Frappe le grec à plein poing dans les yeux, En lui disant : Je te rends ta monnaie 1

Tu vois, mon bon, si je marche fort peu,

Que j'ai le bras assez prompt pour ce jeu.

Tu rensmoins leste alors que sur la clait?

On te traînait; mais nul autre, je croi, ^pQur battre Tor ne l'eut si prompt que toi.

Oui, dit Adam, cette réponse est vraie, «

Tu parles d'or; mais tu parlas moins bien,

Quand tu trompas tout le peuple troyen.

Oui, j'ai menti, mais toi tu fus faussaire.

Un seul péché m'a perdu, dit Sinon.

Toi, tu péchas plus que pas un démon.

Rappelle-toi le cheval, vil corsaire!

Et reconnais que dans tout l'univers

Ton nom domine entre les noms pervers.

Garde la soif qui dessèche ta langue,

El puisse l'eau gonfler ton ventre au point

Qu'à tes genoux tes yeux n'atteignent point ! . Chacun te sait très-expert en harangue;

Mais si je suis plein d'eau, tu l'es de feu,

Et tu boirais volontiers quelque peu.

Je leur prétais une oreille attentive,

Quand le Romain : Prends garde, me dit-il;

De m'irriter tu courrais le péril.

Je fus saisi d'une honte si vive.

Quand je l'ouïs me parler durement.

Que je l'éprouve encore en ce moment.

Je me tournai vers lui l'àme confuse,

Comme quelqu'un qui d'un pesant sommeil

Voudrait sortir et rêve le réveil.

Et je né pus trouver un mot d'excuse.

Mais au regret que je lui laissais voir.

J'étais absous déjà sans le savoir.

164 I/ENFKR

Un repentir moindre^que tu ne montres Effacerait, dit-il, un tort plus grand.

Jleprends courage, et marchons. Cependant

Rappelle-toi qu'en de telles rencontres, Lorsque soi-même on se veut respecter, Sans quelque honte on ne peut écouter;

Hais avançons sans plus nous arrêter.

Comme autrefois la lance de Pelée Pouvait guérir lorsqu'elle avait blessé; La môme voix qui m'avait abaissé

Ne releva. Mon âme consolée Cessa d'abord d'envoyer à mon front Le rouge ardent qui naît de tout affront.

Derrière nous laissant cette vallée, Tristes, pensifs et muets tous les deux.

Nous poursuivons le chemin douloureux.

Il n'est ni jour ni nuit dans cette fosse, Et l'œil y voit très-peu loin devant soi.

Mais tout à coup j'entends avec effroi

Le bruit d'un cor, bruit sauvage et féroce, Bruit plus perçant que jamais il n'en fut Et de mes yeux il devint le seul but.

Lorsque échouant dans sa sainte entreprise L'empereur franc eut reculé, Roland Donna du cor moins formidablement.

Je regardais d'une vue indécise ; Et, croyant voir des tours en quantité.

Je demandai : Quelle est cette cité ?

Digitizèd by VjOOQIC

Ce que tu vois dans ces ombres obscures

Trompe tes yeux par son éloigoemeat,

Et tu verras de près dans un moment Que ce a*est point ce que tu te figures.

Ces hautes tours sont d'énormes géants,

Plantés au bord de ces gouffres béants.

Une moitié des yastes créatures

Est dans le puits, l'autre moitié dehors

A tout venant en défend les abords.

J'ai cru devoir t'en instruire d'avance,

Afin qu'auprès la surprise et l'efifroi

Ne prennent pas trop d'empire sur toi.

Mais hâtons-nous, dit-il avec instance;

Et, me prenant chèrement par la main, ^

n m'entraîna dans l'étrange chemin.

Comme notre œil quand le brouillard s'efface

Voit par degrés paraître les objets

Que les vapeurs couvraient d'un voile épais ; Ainsi perçant cette ombre froide et grasse.

Plus j'approchais, plus mon erreur tombait,

Et plus aussi ma crainte redoublait.

Sur les murs ronds de Monteregione

De vastes tours, de cent pies en cent pies.

Frappent de loin les regards effrayés; Tels ces géants dont le cercle environne

Le puits profond, et que de Jupiter

Le bras tonnant menace dans l'éther.

Je discernais la tête et les épaules,

Le large ventre et les énormes bras • De l'un d'entre eux . Qui peut n'admirer pas

166 L*ËNFEH

Qu'eosevelis dans ces horribles geôles La naiure ait cessé depuis ce temps De mettre au jour d'autres nouveaux Titans?

Que si Sun art crée encor la baleine Et rélépbant, son zèle officieux A notre égard n'en éclate que mieux.

Car la vigueur de la pensée humain^ Jointe à la force et la méchanceté, Est-ce un péril qui puisse être évité?

Sa face était aussi longue que grosse.

Je croyais voir cette pomme de pin, Sise au sommet du colosse latin.

Et quoiqu'il n'eût en dehors de la fosse Qu'une moitié du corps, c'était assez Four que debout, l'un sur l'autre haussés,

Trois Frisons fiers de leur haute stature Eussent encore été loin de sou front ; Car je comptais trente palmes de long

Du bord du puits qui formait sa œinture, Jusqu'à l'endroit où l'homme qui craint l'eau Pour s'en garer agrafie son manteau.

Raphel amech mai zabi,., de sa bouche Sortent ces mots empreints d'un noir courroux. Il n'en sait pas prononcer de plus doux.

Le Sage alors : Ame trouble et farouche, Parle à ton cor, dit-il ; cet instrument De ta pensée est le seul truchement.

Clierche ta gorge où l'orgueil rendit louche Le sens des mots; regarde sur ton sein!

Tu les verras liés d'un triple airain.

CHANT XXXi JM

A nos mépris lui-même il se dénonce,

Ajouta-t-il. C'esf Nemrod, foi pervers,

Fatal auteur des langages divers.

Partons; que sert d'attendre une réponse ?

Nul n'entend rien à son langage, et lui

Ne comprend pas le langage d'autrui.

Nous avançons dans cet horrible empire, .

Et nous trouvons à gauche en peu d'instants

Un autre chef du peuple des Titans.

Qui l'endialna? Je ne saurais le dire.

Mais ses deux bras sont tenus en repos,

L'un sur son sein et l'autre sur son dos, Par une chaîne aux anneaux inflexibles

Qui descendant du cou dans tous les sens

Tourne cinq fois' sur ses membres puissants.

C'est Éphialte : entre les plus terribles

Dans cette guerre où tremblèrent les dieux

11 se montra le plus audacieux.

Cet insensé se croyant invincible,

Contre le ciel, dit Virgile, a lutté.

Tu vois quel prix il en a remporté.

Je voudrais bi^en, si la chose est possible,

Dans ses liens, lui répondis-je alors,

Voir Briarée entre tous ces grands morts.

A quelques pas nous trouverons Antée

Qui parle, est libre, et dans sa vaste main

Va nous descendre au fond du souterrain.

Quant à celui dont ta vue est tentée,

n est plus loin et tout semblable aux yeux

A celui-ci, sauf un f(ont plus hideux.

Moins fortement la terre est agitée, Lorsque les vents enfermés daàs sou sein Brisent l'obstacle et s'échappent soudain,

Que sous l'effort du titan à la chaîne, Qui de ses fers secouait le fardeau, Ne s'ébranla tout ce vaste tombeau.

Plus que jamais je crus ma mort certaine ; Et de terreur vraiment j'eusse expiré, Si ses liens ne m'avaient rassuré.

Auprès d'Antée enfin le pied nous mène.

11 est énorme, et sans compter le front 11 sort du puits sur six brasses de long.

A son aspect je suis saisi d'alarmes.

Mais le priant de nous prêter secours Virgile approche et lui timt ce discours :

toi, lui dit sa voix pleine de charmes, Qui sur la terre où le grand Scipion Conquit de gloire un immortel jayon.

Lorsque Annibal s'enfuit devant nos armes; Toi qui vainquis sur les monts de l'Atlas Mille lions et qui les enchaînas ;

Toi dont on dit que si, près de tes frères, Ton bras terrible eût combattu pour eux, Vous eussiez tous été victorieux,

Daigne te rendre à mes vives prières.

Et descends-nous dans ces abîmes sourds Où le Cocyte est glacé dans son cours.

Ne nous fais point demander ce service A Tityus ni Typhon. Celui-ci Te peut donner ce qu'on fjésire ici.

11 peuLt parler d'une façon propice A ta mémoire au monde des vivants, Car il y vit, et peut vivre un long temps,

S'il plaft à Dieu dans sa haute justice.

Ainsi paria Virgile, e^ sur le champ Le roi d'Afrique en ses deux mains le prend,

Terribles mains qu'on ne voit pas sans crainte, Mains dont Alcide éprouva la vigueur Dans le combat donift sortit vainqueur.

Dès que Virgile en eut senti l'étreinte, Viens, me dit-il, par ce chemin nouveau; Et de nous deux il fit un seul faisceau.

Gomme au regard qui s'étonne et se trouble, Penche la tour de la Carisenda, Lorsqu'un nuage à l'opposé s'en va ;

Tel sous mes'yeux quand le titan se double.

Mon cœur défaille, et tremblant dans sa main J'eusse aimé mieux prapdre un autre chemin.

Mais au moment que je perdais courage, Dans le dernier des cercles de l'enfer, Où sont punis Judas et Lucifer,

Le roi déchu de l'africain rivage Légèrement déposant son faf deau.

Se redressa comme un mât de vaisseau.

Et nous étions dans un cercle nouveau.

Ah ! si j'avais le style âpre et sauvage Propre à ce val, des dix vais le dernier.

Sur qui l'enfer repose tout entier,

m L'ENFER

J'exprimerais bien pleinement Tirnage De mes pensers ; ne l'ayant pas, j'ai peur En commençant cet horrible labeur.

Car ce n'est pas un bien facile ouvrage Que d'enfermer dans lé moule des vers Les lieux profonds, centre de l'univers.

Puissent pour rendre à ma voix son courage, Puissent m'aider les neuf sœurs d'ÂpoUon Qui devant Thèbe aidèreuAmphion !

Oh! malheureux entre toutes les races De criminels dans les enfers punis, Que n'étiez- vous où chèvres ou brebis!

Plus bas déjà dans ces ombres si basses, Et sous le sol où le géant marchait.

Tandis qu'en haut mon regard s'attachait.

On m'interpelle : Ah ! regarde où tu passes, Et sous tes pieds par un mépris affreux Ne foule pas des frères nalheureux !

Baissant les yeux et les fixant à terre, Pour distinguer celui qui m'a parlé, Je vois un lac si rudement gelé

Qu'il semble moins être d'eau que de verre.

Jamais au nord daijs les plus froids pays Fleuves et mers n'eurent de tels habits.

C'est un cristal du fond à la surface.

On y pourrait jeter le Tambernick, Qu'à ses bords même il ne ferait pas cric.

Et comme au soir la grenouille coasse La tète hors de l'eau, dans la saison Où le ciel dore et mûrit la moisson.

CHANT XX XU 171

Tels les damnés le front hors de la glace

Ont tout leur corps dans ces cruelles eaux. •

Leurs dents claquaient comme des becs d*oiseaux. Leur front plissé, leurs lèvres violettes,

keurs yeux gonflés témoignaient à Tenvi

De quels tourments tout grand crime est suivi. Les yeux errants sur des milliers de tètes,

Je les reporte à mes pieds, et je voi •

Deux réprouvés étendus devant moi Front contre front : Dites-moi qui vous êtes,

Leur demandé-je. Ils plièrent tous deux

Leur col arrière, et levèrent les yeux.

Cet jBffort fit jaillir les larmes vives

Qui les brûlaient, et leur flot se gelant

Les resserra plus encorque devant.

Jamais crampon ne joignit deux solives

Plus fortement : ils se poussaient du fronts

Gomme deux boucs dans une lutte à fond.

Un autre esprit me répond à leur place,

Un que le froid avait désoreillé :

Pourquoi, dit-il, ton œil émerveillé Demeure-t-il fixé sur notre face?

Est-ce pour bien savoir qui sont ces deux ?

Leur père Albert était prince avant eux De la vallée où le Bizence coule.

D'un môme ventre ils naquirent au jour.

De la Caïne en vain faisant le tour.

Tu chercherais une ombre en cette foule

Qui soit plus noire et qui mérite mieux

D'avoir ses pleurs refoulés dans ses yeux. ,

Non, ni celui que d'un seul coup de lance Le bon Artus si largement troua Que Tœil du jour en vit l'ombre audelà.

Ni ce Foccace affamé de vengeance, Ni celui-ci dont la tête prend soin Que mon regard ub puisse aller plus loin,

Et dont le ndm fut Sassol Mascherone.

Es-tu toscsùDi? ce nom seul te sufôt.

Qu'est-il besoin d'un plus ample récit.

Te plaindrais-tu que ma bouche sermonne Sans se lasser sur le compte d'autrui ?

Tu vois en moi Camicionr Pazzi

Dont le chef porte une triste*couronne.

J'attends Carlin qui plus méchant que moi M'eût exempté de rougir devant toi.

Passant plus loin je vis mille visages Marbrés de froid. Tant que mon cœur battra, Tout lac glacé me les rappellera.

Nous avancions vers les dernières plages • Du sombre enfer, à ce centre où tout poids Gravite et tend par d'éternelles lois.

J'allais tremblant dans cette route froide, Quand tout à coup, soit destins, ou hasards.

Ou volonté, parmi ces fronts épars,

Mon pied qui court en frappe un d'un coup roide. Le malheureux dans la glace étendu Crie en pleurant : Pourquoi me frappes-tu?

Réponds ! à moins que ta fureur ne vienne.

Dans cet abîme où je suis englouti, Vepger encor sur moi Mont-Âperti.

Ah ! mon cher maître, il faut que j'entretienne •

Ce misérable ! un moment suffira,

Et nous courrons après tant qu'il faudra.

Mon sage guide accède à ma demande,

Et m*adressant au damné dont les cris

Ne cessent pas, je m'irrite et lui dis :

Quel es-tu toi dont la voix me gourmande

Si durement? toi-même qui sur nous,

Répliqua-t-il avec plus de courroux, ' A pas pressés marches dans l'Anténore,

Qui donc es-tu pour nous frapper plus fort

Qu'un pied d'humain qui ne serait pas mort?

Mais les deux miens ne le sont pas encore.

Ni moi non plus, repris-je, et c'est pourquoi

S'il t'était doux que l'on parlât de toi Sous le soleil et sa douce lumière,

Je puis mêler ton nom aux autres noms

Que j'ai notés dans ces gouffres profonds. • * C'est de l'oubli que j'ai soif au contraire ;

Va-t-en, dit-il, ne me tourmente pas.

Tu t'y prends mal pour me prendre en tes lacs. Je le saisis alors par la crinière :

Tu me diras ton nom, ou ief fais vœu

De l'arracher jusqu'au dernier cheveu.

Arrache-moi ma chevelure entière.

Et poil à poil, tu n'obtiendras jamais

Que je me nomme ou te montre mes traits.

Déjà ma main de l'une à l'autre tempe

Déracinait ses cheveux par lambeau, ,

Et comme un chien il abovait sous l'eau.

174 L'RNFHR

Lorsqu'un pécheur, esprit de môme trempe , Qu'as-tu, Bocca ? passe encor de crier, Claquer des deuts, geindre ; mais aboyer!

Ah \ dis-je alors, que ta Langue se taise, Traître maudit ! que m'importe ? je'puis Porter de toi nouvelle eu ton pays.

Va, répond-il, va, raconte à ton aise!

Mais si lu sors de ces lieux, ne tais point Celui qui vient de me nommer à point.

En peu de mots pour faire son ôlo$re Tu conteras que Boso mis au frais Pleure l'argent qu'il reçut des Français!

Et si quelqu'un sur d'autres t'interroge,

• Beccaria, regarde, est dans ce trou,

A qui Florence a fait couper le cou.

Jean Soldanier est, je crois, mis en loge Un peu plus loin auprès de Ganelon; ÉtThibaldel, leur digne compagnon,

Pleure auprès d'eux, et paye avec uswro Ses trahisons, quand sa haine livra Durant la nuit la triste Faenza.

Mais nous marchons et bientôt d'aventure Dans un seul trou je vois deux englacés ' Dans leur longueur l'un sur l'autre placés.

Celui des deux dont la tôte domine Celle de l'autre, y mord comme ayant faim A pleine bouche on mange dans le pain.

Tydée ainsi devant Thèbe en ruine Dans les accès d'un farouche transport Rongeait le front de Ménalipi»e mort.

CHANT XXXllI ^ 175

Tel daas ce lac aux hideuses rencontres J^apercevais les dents de ce bourreau, Rouges de sang, fouiller dans le cerveau.

Épouvanté, je criai : Toi qui montres D'atroce haine envers ce malheureux Un signe tel que rien n'est plus affreux,

Raconte-moi d'où te vient cette rage ; Et si la cause en est juste, ma voix, Sachant vos noms et son crime à la fois, '

A te venger-formellement s'engage, Quand je serai sorti de ces lieux bas Où tant d'horreurs s'assemblent sur mes pas,

Si dans ma bouche elle ne sèche pas 1

. CHANT XXXllI

Interrompant son office farouche,

Le réprouvé leva sur moi les yeux,

Branla la tête, et contre les cheveux Du crâne ouvert il essuya sa bouche.

Tu veux, dit-il, que j'ouvre le récit

D'une douleur qui me brûle Tespril .

Plus qu'un fer rouge aussitôt qu'on y touche,

Dois-je parler? Oui, si ce que je dis

Peut sur ce traître api^eler le mépris.

Je ne sais point de quel nom on te nomme.

Ni quel hasard t'amène en ce chemin ;

Mais ton langage annonce un florentin.

Je suis le comte Ugolin, et cet homme

Dont je me venge est l'évêque Roger.

Voici pourquoi j'ai son crâne à rouger.

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