DON HENRI, DON JAIME, DON JUAN
DON JUAN
Savez-vous, mon cousin, qu'il m*a plu de prétendre  la main de la reine?
DON HENRI
On vient de me rapprendre.
TRAGÉDIE 24d
DON JUAN
Et TOUS, monsieur le comte?
DON JiUME.
Oui, je le sais aussi.
IDON JUAN.
Puisque vous le savez, me direz-vous ici Quel est votre dessein?
DON HENRI
Le môme que le vôtre.
DON JAIMB.
Koi, dans ce noble but, je ne cède à nul autre.
DON JUAN
Vraiment! Je conçois bien qu'issu du sang royal Mon cousin avec moi veuille traiter d'égal.
Mais qu'un pauvre baron dont un canton sauvage Et d'arides rochers forment tout l'héritage; Dont les" rares vassaux sans habits et sans pain N'ont pas assez de glands pour assouvir leur faim, Dont le siège royal est le tronc d'un vieux chêne, Que ce baron prétende à la main d'une reine I Que pensez-vous, infant, de cet excès d'orgueil ?
DON HENRI
Je pense que la reine y fera peu d'accueil, Et qu'elle renverra dans ses froides montagnes Un vassal qui prétend au trône des Espagnes.
250 MARIE DE CASTILLB
DON JAIME
hifants ! de mes états la sauvage âprcté
Gomme un fruit naturel produit la liberté.
Notre ciel est glacé, nos terres sont stériles,
Et nous n'avons point d'or pour embellir nos villes.
Hais nous avons du fer, et ce fer a son prix.
Il repousse Foutrage et punit le mépris.
Nos rochers dans Thistoire ont un renom sublime.
Jamais un conquérant n'en a souillé la cime;
Jamais il n'a courbé notre front indompté.
Vingt peuples belliqueux tour à tour l'ont tenté,
Tous ont mordu la terre, et nos poitrines nues
Ont émoussé le fer des nations vaincues.
Mes vassaux sont encor ces mêmes montagnards
Qui dans le sang romain trempèrent leurs poignards;
Qui depuis, repoussant le Maure et ses cohortes,
De vos palais conquis vous ont rouvert les portes..
Vils esclaves d'hier, qui me vantez votre or.
Sans ces fiers montagnards vous serviriez encor.
Sous l'arbre de Garnie leurs généreux ancêtres Défièrent le sort do leur donner des maîtres; Et parmi leurs égaux faisant un libre choix.
Es élurent un chef pour n'avoir point de rois. Je le suis aujourd'hui, plus glorieux de l'être Que si du monde entier le ciel m'avait fait maître. Votre orgueil ne veut point que nous soyons égaul. Et moi je suis honteux d'avoir de tels rivaux. A la veuve du roi quand vous osez prétendre, C'est pour ravir le trône, et non pour le défendre.
Autres sont mes motifs. Mais sans plus discourir, C'est au fer pour ma part que j'aime t recourir.
(Le comte et les Infants dégainent.)