‹ Œuvres poétiquesChapitre 23 sur 96 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

La reide sur le derant du théAtre ; Léonor donnant la main an Jeane roi a'ayanoe Ten la reine, mais sans arriver jnsqn'è eUe; TeUea et les gardes sont dans le fond.

LA REINE, seule sur le devant du théâtre.

Don Juan est des trois le seul qui soit à craindre. Il menaçait bien haut, mais c'était pour mieux feindre ; Et de cet assassin noiini de trahison J'ai moins à redouter le fer que le poison.

Oui, c'est là le pértl où je dois faire face.

fanant signe à Teilez d'approcher.

Voua avez des Infants entendu la menace, Teilez, redoublez donc de prudence et de soin. Quand l'éclair a brillé, la foudre n'est pas loin .

(Teilez et les gardes sortent.)

LÊONORi tenant l'enfant par la main et s'approchant* Madame...

LA REINE

Viens, mon fils! que ta mère t'embrasse!

FERDINAND

Oh! d'abord, ôte-moi ce bandeau qui me lasse; Ma couronne est trop lourde.

LA REINB;

Oui, mon fils, tu dis bien ; Si pesante à mon front, elle doit Tétre au tien. Veuille le tout-Puissant que sauvé par ta mère, En des temps plus heureux tu la trouves légère ! Viens, donne-moi la main.

FERDINAND

Mes oncles irrités Pour ne plus revenir nous auraient-ils quittés ? Gomment les fàches-tu, toi si douce et si bonne ?

LÀ REINE

Tes oncles, mon cher fils, demandent ta couronne.

FERDINAND

Eh bien ! puisqu'elle e$t lourde et nous lasse tous deux, Gondens à leur demande et rends-noiis tous heureux.

LA REINE

Leur donner sa couronne, et puis après sa vie ! de Tambition détestable furie, C*est donc toujours par toi que des rois orphelins Les plus proches parents se font les assassins I

FERDINAND

Je ne te comprends pas, mais tu pleures, ma mère !

U REINE

Dis-moi, te souviens-tu, Ferdinand, de ton père?

260 MARIE DE GASTILLE

FraiMMAMD.

Oh ! si je m*en souviens 1

LA REINE

Tu l'aimais bien?

FERDINAND

Obi oui, Je l'aimais bien.

• LA REINE

Et moi?

FERDINAND

Je f aime bien aussi, Ma mère.

LA REINE

Et moi, mon fils, je Taime plus encore, Toi gue tant de douceur et de grâce décore I Toi pour qui tout mon sang goutte à goutte épanché ! . . . Mais est-ce pai^des pleurs qull peut être arraché Aux pièges que lui tend une jalouse rage?

Non ; c'est par du sang froid, du calme et du courage. Restons ferme; éclairons les détours souterrains Où le crime mûrit ses projets inhumains.

Veille aussi, Léonor ; mais yellle sans relâche. Qui peut dire en quel cœur la trahison se cache, Et si le plus fidèle et le moins soupçonné Par l'or qui corrompt tout vers le crime entraîné... Va trouver Ismaél; dis-lui quelle est ma crainte. Peins-lui les noirs soupçons dont mon âme est atteinte. Qu'il vienne me parler, j'ai soif de ses avis. Mes yeux en attendant veilleront sur mon fils.

TRAGÉDIE 26t

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