‹ Œuvres poétiquesChapitre 24 sur 96 · LE MARCHAND · texte numérisé non relu

LE MARCHAND

Non-seulement mes biens, mais mon sang et ma vie.

LK REINE

Je reconnais la voix d'un fils de Ségovie.

Cette ville a toujours nourri des habitants Aussi bpuB citoyens que loyaux commerçants.

Par l'ordre et le travail leurs richesses acquises Soutiennent de l'État les hautes entreprises, Élèvent au Seigneur des tenq^les glorieux, Et sont pour leur pays bien plutôt que pour eux.

262 MARIB DE CASTILLE

Votre oflfee en est la preuve, et je Teusse acceptée

Si de puissants motifs ne m'avaient arrêtée ;

Si je ne craignais pas de ne pouvoir jamais

Rmdre à votre maison ce que je lui devrais.

Dans ces temps malheureux de discorde et de haine,

On ne peut sûrement prêter même à la reine ;

Et quand la reine emprunte, il est de son honneur,

Autant qu'elle le peut, d'assurer le préteur.

De trois-cent mille ôcus j'ai besoin dans une heure,

Hais je veux qu'en vos mains la valeur en demeure.

Elle détache son diadème et leprésente au marchand. Ceci suflba-t-il paur qu'ils soient garantis ?

LE lUtiCHAND. .

Le trésor le plus grand n^en paierait pas le prix, reine! mais comment toucher au diadème Sans me déshonorer et me perdre moi-même !

Ne tendez pas ce piège à votre humble vassal, Madame ; remettez sur votre front royal ' Cet emblème d'honneur que l'Espagne révère.

Je n'y toucherais pas pour tout l'or de la terre.

U REINE

Ce respect pour vos rois est d'un vrai castillan. Et qu'est-ce auprès de lui que ce joyau brillant? N*lmporte, je commande et veux être obéie.

Emportez ce trésor, marchand, à Ségovie.

Que ce dépôt sacré reste en votre maison, Aucun prince n'aura de plus digne blason.

Conduisea-le, TeUez,

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