LA REINE, ISMAEL, LA REINE
Quel trouble, Ismael, vous agite ?
Il semble à mon aspect que vous preniez la fui te .*^ Où courez- vous ?
, ISMAEL
Qui, moi '^ .
LA REINE
Vous-nfiôme.
ISMAEL
Je n6 sais...
Quel étourdissement.. . niadaine... à cette porte M'a saisi tout à coup... PermcUez que je sorte...
r,A REINE.
Demeurez. Cet elTroi n'annonce rien de bon.
Dois-je de touscôîés craindre la trahison?
Qu'est-ce que cetle coupe?
ISMAEL
Ah 1 pardonnez de grâce, Mes pieds tremblent sous moi, ma langue s'embarrasse, Pardonnez votre fils ne court aucun danger.
LA REINK.
Je suis venue à temps et lu m'y fais songer.
Ces mots interrompus, ce trouble, tout, perûde, Ne m'annonce que trop un dessein homicide.
Dans cette coupe au roi tu portes du poison, Tu viens l'assassiner ! Ose dire que non.
Misérable !
ISMAEL
Non, non, ce n'est point moi, madame !
C'est l'infant Don Juan...
LA REINE
C'est l'infant, juif infâme !
Quoi donc, avant ta mort au nom d'empoisonneur :
Veux- tu joindre celui de calomniateur !
Un traître en accusant toujours se justifie,
ISMAEL
Ah ! daignez m'écouler ! oui, je vous ai trahie ; Oui, je suis criminel, je l'avoue à vos pieds ; Mais je ne le suis pas autant que vous croyez. Ce breuvage n'est ])oint un breuvage homicide. L'apparence vous trompé,
LA REINE
Et qu*est-il donc, perfide ?
Et de quel crime enfin ta frayeur à Tinstani Pour te justifier chargeait-elle l'infant ?
ISMAEL
Ail! mon crime est d'avoir par un lâche silence Nourri de l'assassin l'efTroyable espérance ; D'avoir entre la crainte et le devoir flottant Dérobé ce complot à votre œil vigilant.
Quel que fût le péril, je devais vous instruire Des efforts que l'infant faisait pour me séduire ; Je devais devant vous dévoiler son forfait.
L'accuser, le confondre, et je ne l'ai point fait! Ce coupable silence excitant sou audace, Il croit que j'ai, ce jour, plié sous sa menace ; Il croit que je lui cède, et que cette liqueur Des jours de votre fils va dévorer la fleur.
Mais il le croit en vain, madame ; sur ma vie Je n'ai point jusque là poussé la perfidie.
Ce breuvage n'est point ce que l'on veut qu'il soit.
286 MARIB DE GASTILLË
Et ne fait point lie mal à celui qui le boit. . J'avouerai qu'effrayé de mon lâche silence, J'ai senti mes remords croître ea votre présence ; D'une vague terreur j'étais préoccupé, Et l'horrible secret enfin m'est échappé.
LA REINE
Cette explication est franche et me rassure.
 vous croire assassin je vous faisais injure, lyailleurs, s'il reste encor quelque doute en mon cœur, Vous pouvez aisément me convaincre d'erreur.
Ce breuvage à mon fils n'a rien qui soit contraire? Faites-en sur vous même uii essai salutaire.
Votre innocence ainsi mise dans tout son jour De tout soupçon pareil préviendra le retouï.
tSMAEL.
Comme un empoisonneur essayer ce breuvage!
Quelle honte, madame, et quel sanglant outrage !
U REINE
Que parlez-vous de honte et d'outrage, Ismael? Je vous offre un moyen simple et si naturel De vous justifier. Sûr de votre innocence.
Vous devez l'accepter avec reconnaissance.
Buvez, rétablissez votre honneur compromis.
Buvez, qu'attendez- vous?
IBMAEL.
Madame, je ne puis.
Je me soutiens à peiue, et cet essai funeste De ma force affaiblie épuisera le reste.
LA REINE
Fiîneste ! Qu'est-ce à dire? est-ce donc du poison ? Songez-y ! vous disiez tout à l'heure que non.
ISHAEL.
Je me jette à vos pieds... Une rigueur si grande...
LA REINE
Qu'a de si rigoureux ce que je vous demande?
Ce breuvage n'est point ce que l'on veut qu'il soit, Et ne fait point de mal à celui qui le boit.
Buvez, que craignez-vous ?
ISHAEL.
Âh I madame, de grâce Pardonnez...
LA REINE
Non, non point de pardon pour ta race, Lâche juif! de ton cœur j'ai sondé les replia. Toi seul as préparé le meurtre de mon lits !
Toi seul, et maintenant pour frauder le supplice, Dans un prince innocent tu cherches un complice ! Quoi donc, espérais-tu qu'un témoin tel que toi Contre un noble espagnol prévaudrait devant moi ; Et que d'un assassin la vile calomnie Sur l'écusson royal jetterait l'infamie !
Non, c'est trop de bassesse et trop de lâcheté ! ■ Meurs de tes propres mains, meurs, tu l'as mérité.
Hoisce poison, periide, et hois-le tout à l'heure, Ou, traîné sur la claie au seuil de ta demeure, Les membres déchirés et liés au poteau, Tu lasseras le fer dans les mains du bourreau, Et la mort que je t*ofTre est cent fois moins cruelle Que rhorriblc supplice où ton crime t'appelle.
ISMAEL
Si les pleurs du coupable et son vain repentir Ne peuvent dans votre àme entrer et retentir ; Si mes jours sont comptés, et s'il faut que je meure, La plus prompte des morts me sera la meilleure. Je la reconnais juste, ô reine, et j'ol)éis.
// boit.
Déjà ce froid venin pénètre en mes esprits.
Des objets à mes yeux la nature est changée, Je n'y vois plus... Je meurs... Et vous êtes vengée.