DON JUÂN, LA REINE
DON JUAN
A VOS ordres, madame, J'ai hÀte d'accourir, comme c'est mon devoir.
LA REINE
Oui, prince, j'ai montré le désir de vous voir.
Un grand secret me pèse et je veux vous l'apprendre;
Je le dois.
DON JUAN
Je suis prêt, madame, à vous entendre.
LA REINE
Écoutez donc. Un noble, un grand, un prince enfin, D'assassiner mon fils a conçu le dessein.
DON JUAN
L'assassiner!
LA RËINE.
J'en ai la pleine connaissance.
Toutefois par égard pour sa liaute naissance, Par respect de son noîn, avant de le punir Une dernière fois je veux le prévenir; Et je vous ai choisi pour qu'un ami l'arrête Au bord du précipice où sa fureur le jette,
TRAGÉDIE m
DON ;UAN.
Un ami!
LA REINE
C'est le nom que je puis lui donner Sans que vous ayez droit de vous en étonner.
C'est un autre vous-même.
DON ICAN.
Ah I je vois trop, madame, Que de nouveaux soupçons sont entrés dans votre &me ; Ou plutôt que jamais vous n'avez oublié L'amer ressentiment de votre inimitié.
Hais je jure...
LA RBDfB.
Arrêtez, ne jurez point. Personne N'a rien dit, n'a rien fait pour que je vous soupçonne. Aucun ressentiment ne subsiste en mon sein.
Je disais donc qu'un prince a formé ce dessein ; Et prompte à pardonner, je vais par une lettre Que je vous chargerai du soin de lui remettre...
DON JUAN, à part.
Quel mystère est ceci?
LA REINE
Je parle sans courroux.
C'est un léger service et je l'attends de vous. Voici sur ce bureau ce qu'il faut pour écrire. Voulez-vous me prêter votre main?
292 MARIE DE GASTILLE
DON JUAN
Je dé^re Faire ce qu'il vous plait.
LA REINE
Je dicte donc :InfiBU[it.
DON JUAN, 5e kvanL Infant! madame, infant!...
LA REINE
Eh bien ! qu'a d*étonnant Ce seul titre? et pourquoi faut-il qu'il vous émeuve?
DON JUAN
Ah ! la lettre est pour moi! ce titre en est la preuve.
LA REINE
Étes-vous donc le seul qui portiez ce beau nom ? N'ai-je pas dans ma cour un infant de Léon, Un infant de GastlUe, et par quel privilège?... D'ailleurs vous êtes là, pourquoi vous écrirais-je? Repr^ez à la fois la plume et votre esprit.
DON JUAN, à part.
Ah qu'un traître aisément lui-même se trahit !
LA REINE, dictant.
« Infont! l'ambition vous pousse à votre perte. De vos l&ches complots la trame est découverte. Repentez- vous, je puis encore pardonner.
D'ailleurs vous tenteriez en vain d'empoisonner
Un enfant sur qui veille et l'ombre de son père Et la faveur du ciel et le cœur d'une mère.
Craignez donc de pousser ma patience à bout, Et qui veut tout gagner est près de perdre tout. »
Et^'maintenant, io&int, avant de la remettre Avec attention relisez cette lettre, Relisez lentement, pesez bien tous les traits; L'affaire est importante et vous touche de près.
Don Juan lit la lettre; après quoi, la reine reprend.- . • C'est bien, vous avez lu, je crois, comme il faut lire Et dû sentir l'horreur qu'un tel forfait inspire. Vous allez, j'en suis sûre, éclairer votre ami. Fermez-la maintenant et la donnez...
DON JUAN
A qui,
Madame? au nom du ciel quel est le nom du traître ?
Mon cœur avec effroi s'ouvre pour le connaître.
Son nom, quel est son nom?
La reine indiquant du doigt ta chambre[aù est le juif
mort.
Dans cette chambre là
Vous trouverez quelqu'un qui vous l'indiquera.
Adieu.