‹ Œuvres poétiquesChapitre 4 sur 96 · PRÉFACE V · texte numérisé non relu

PRÉFACE V

nette et si vigoureuse, que les grands écrivains qui ^nt venus après lui n'ont pu atteindre à l'énergique perfection de son style. Alfleri dit quelque part qu'un seul vers du Dante lui apprend plus de secrets de l'art d'écrire que des milliers de volumes. M., le Chevalier Artaud dans sa traduction en prose de la Divine-Comédie remarque sur un passage trèsbeau et très-justement admiré, qu'il est écrit depuis cînq cents ans et qu'il semble l'être d'hier, aucune expression, aucune tournure de phrase n'en ayant vieilli. Ce que M. Artaud dit de ce passage, il le pouvait dire de beaucoup d'autres. Tout cela est vrai : Dante a créé sa langue comme d'un seul jet ; c'est là un phénomène qui n'a paru nulle part ailleurs. L'admiration des italiens pour cet énergique génie et leur reconnaissance pour le service qu'il a rendu à leur patrie est donc, je le répète, parfaitement légitime. Ce n'est point moi, admirateur passionné des beautés de style partout où je les trouve, qui m'inscrirai contre. Mais ce tribut d'admiration payé au créateur de la langue italienne, il reste son ouvrage, et je ne puis être d'accord avec ceux qui en élèvent les défauts les plus évidents au rang de beautés sublimes. Ce fanatisme d'admiration dantesque que je conçois, que j'excuse même de la part des italiens, me fait un tout autre effet lorsque ce sont des étrangers qui l'expriment et le manifes-

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