‹ Œuvres poétiquesChapitre 46 sur 96 · ILLUSIONS ET REGRETS · texte numérisé non relu

ILLUSIONS ET REGRETS

Piés des toortei^Ues Gémissait d'amour 1

ILLUSIONS ET REGRETS (fragments.)

Hélas ! qael sort est le mien !...

Gomme cet enfant peu sage Qui détachant du rivage Un fiéle et léger bateau, Sans avirons et sans rames Suit le mouvement des lames Et descend au £11 de Teau, Regardant sur chaque rive D'une vue inattentive Passer un objet nouveau, Sans prévoir que la nuit sombre Viendra bientôt de son ombre Couvrir un prochain écueil, Et dans cette onde infidèle Faisant sombrer sa nacelle Mettre sa fomille en deuil.

Ainsi dépensant ma vie Aux pieds de la poésie Sans souci du lendemain, Tout entier à la chimère D'une gloire imaginaire

Dont la trompeuse lumière S'est éteinte à mi«chemin, Mon imprudente jeunesse Préparait à ma vieillesse Des jours bientôt arrivés, Où sous un sombre nuage Disparaît jusqu'à l'image Des biens que j'avais rêvés.

La pauvreté firoide et triste Seule assiste à mon coucher, A mon lever seule assiste, Et je ne puis empêcher Même en relisant Horace Et les conseils pleins de grftce Du sage et^divin Platon, Que sa main froide ne glace Mon imagination.

Ah ! fatale poésie, De quel charme séducteur Âs-tu donc rempli mon cœur, Pour qu'au déclin de ma vie, Toujours en butte au malheur, Gomme à la première aurore De mes jours infortunés, A tes pieds je brûle encore De fétix toujours dédaignés?

Ëh quoi ! n'es-tu pas lassée De prolonger mon tourment?

Quoi! jusqu'au dernier mometit

ILLUSIONS BT REGRETS 333

Sous le charme décevant D'une espérance insensée Tu captives ma raison Pour mieux remplir ma pensée D'une vaine illusion!

Quelquefois je m'imagine Que si j'eusse de Racine, De Malherbe et de Rousseau Abandonné les exemples, Et cherché dans d'autres temples L'éclat d'un style nouveau, Un accueil plus favorable Eût aidé mes premiers pas ; Mais quand on est misérable.

Que n'imagine-t*on pas?

Quelquefois dans la tourmente Qui de vingt ans à cinquante A pesé sur tous mes jours, Dans cette longue souffrance D'une pénible existence Sans amis et sans secours, Je vois la cause probable De mes impuissants combats; Hais quand on est misérable Que n*imagine-t*on pas ?

Quelquefois même il me semble Que si quelque dieu sauveur

Relevait mon front qui tremble Sotts Tftge et sous le malheur»

Pour chanter sa bienfaisance, Et de ma reconnaissance Faire éclater les transports.

Je trouYerais des accords D'une harmonie agréable Aux cœurs les plus délicats ; Hais quand on est misérable, Que nlmagine-t-on pas?

Tout cela n'est qu'un vain rêve Et ma course qui s'achève Dans la détresse et l'oubli, Ne verra point sonner d'heure Où dans ma pauvre demeure Pénètre un regard ami, Ni de pitié qui me pleure Dans la tombe enseveli!

(POÈMES DIVERS : FIUGMENTS)

Un Dieu qui contient tout, qui produit toute chose, Qui n'aiura point de fin et n'a poiqt eu de cause, Qui ne possède rien qu'il reçoive d'autrui, Père étemel d'un Fils étemel comme lui, Du Père avec le Fils Tinexplicable essence Réunissant en elle une seule existence; Dieu tous deux, tous deux un, ni second, ni premier, Se divisant lui-même et restant tout entier; Le Père égal au Fils par un profond mystère, Le Fils, force, action, image de son Père, Double éternel pouvoir qui se résout en un.

L'un ayanl tout créé par un vouloir commun, L'autre gouvernant tout, et de qui la sagesse Ne 8*épuise jamais en s'exerçant sans cesse; L'Esprit-Saint jaillissant de leur divinité, Dieu lui-même, formant cette triple unité

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