‹ Œuvres poétiquesChapitre 58 sur 96 · LIVRE PREMIER 3ë · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER 3ë

Traiter en prose ou vers tel sujet qui me plaise Sans qu'un maître importun me donne sur les doigts.

Un jour donc au détour d'un bois, Près d'un fleuve aux riants rivages, Le vieux chemin de terre et le chemin de fer * Disputaient de leurs avantages.

Moi, disait celui-ci d'un ton quelque peu fier, Je vais droit devant moi, sans craindre les orages,

Les précipices, les voleurs.

Je franchis en un jour des espaces immenses,

Dévorant les distance»,

Et transportant mes voyageurs En un clin d'œii d'un bout du monde à l'autre. Quelle audace est la vôtre D'oser vous croire mon égal !

Dieu me garde, répond son modeste rival.

D'avoir une telle pensée.

Mon humble utilité disparait effacée

Devant votre éclat triomphal, C'est l'usage; et pourtant à ce hardi service

Que vous faites sonner si haut, D'aller droit devant vous et d'arriver plus tôt, Serai-je à votre avis coupable d'injustice

Si je trouve quelque défaut ?

Vous entassez les gens dans des boites fermées D'où l'œil n'aperçoit rien que d'épaisses fumées. Dans un fossé profond vous les faites mouvoir. Us vont vite, c'est vrai; mais ils vont sans rien voir. En sorte qu'arrivés au terme du voyage

lis ne savent rien davantage

Que ce qu'ils savai^t au logis.

Et n'ont pas vu plus de pays ' Que si jaipais du leur ils ne fussent sortis. Je suis plus libéral envers ceux qui me suivent.

Je ne leur cache aucune des beautés

Que la nature étale à leurs c6tés.

Le cours ^e les ruisseaux décrivent, Le détour des vallons, le penchant des coteaux, Les prés semés de fleurs, frais et riants tableaux

Qui les suivent dans leur voyage...

Vous semble-t-il que ce soit peu ?

J'ai sur vous un autre avantage :

Des nobles facultés que l'homme tient de Dieu,

Je ne lui .ravis point l'usage.

Survient-il un danger, le brave a son courage

Pour combattre et sauver ses jours.

Le faible auprès d'autrui peut trouver un secours ; Mais à quoi sur vos rails peut-on avoir recours?

L'homme avec vous devient machine, Marcbandisç, ballot. Sa nature divine Ne lui sert plus. Il est matière. Et ni l'esprit, Ni la force du corps, ni la vigueur de l'âme, Lorsqu'un danger survient, ne'peuvent à la flamme

Le dérober : le plus brave y périt.

Témoin cet amiral qui vainqueur des tempêtes Est broyé tout vivant dans la pompe des fêtes, Sans pouvoir arracher à cet affreux trépas Sa femme et ses enfants.qui lui tendent les bras. Ah 1 s'ils eussent choisi pour ce fatal voyage Des sentiers de Saint-'Gloudle solitaire ombrage,

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