PRÉFACE VIT
tout & fait extraordinaire, tel que celui ot Dante prétend que Florence s'est attirée l'animadversion du dieu Mars en se plaçant sous la protection de Saint Jean-Baptiste, ajoutant que cette ville eût été perdue, si un morceau de la statue do Mars n'eût pas continué à subsister sur la voie publique. J'ai craint que si je ne citais pas le texte de ce passage, on ne pût croire que je l'avais traduit sans l'entendre, tant il me semble dépourvu de ce que le peuple français aime le mieux, je veux dire le sens commun.
Je n'ai pas mis de notes aux nombreux passages où le poète attaque les chefs du clergé catholique, me réservant <ie dire ici ce qu'en doit penser tout lecteur impartial. Les injures que Dante jette à divers papes et ses déclamations contre le pouvoir temporel n'ont pas plus de valeur que celles proférées de nos jours. La môme passion les inspire, la passion politique, [la plus injuste de toutes envers ses adversaires. La première attaque nominative du poète contre un pape repose sur un fait historique entièrement faux. Il accuse le pape Ànastase d'avoir embrassé les erreurs de Photin contre la foi, et le place, pour ce crime dans le cercle de l'Enfer où sont punis les hérésiarques. Mais le livre où Dante a puisé ce fait parle de l'empereur grec Anastase, et non pas du pape du même nom. Dieu nous garde d'un juge
vm PREFACE
qui prend l'un pour l'autre dans une causé capitale!
i' Les violences du poète contre la plupart >des villes d'Italie sont au moins égales à ses violences contre les papes. Florence, Bologne, Ste. Zitta, Pistoie, Pise, Gènes, sont peuplées d'assassins, de voleurs, d'usuriers, de débauchés, etc. Rien ou presque rien de ce qui est excessif ne peut être vrai. C'est pour cela sans doute que les souverains Pontifes n'ont jamais mis à l'index la Divine Comédie et que depuis longtemps ils en permettent la réimpression dans les États de leur dépendance.
Attribuer à Constantin la puissance temporelle des papes; jeter dans l'enfer le pape Anastase au lieu de l'empereur grec de même nom: quelle sûreté de critique historique dans les affaires de son propre pays !
Placer César hors des peines de l'enfer et y plonger bien avant le tribun Curion, la langue coupée jusqu'au fond du gosier, pour avoir donné au conquérant le conseil de passer le Rubicon : quelle équité dans la distribution des peines! ' Placer César hors des peines de l'enfer et appliquer à Marcus Brutus le supplice le plus épQuvantaWe que l'iniagination fougueuse du poète ait pu inventer : encore une fois, quelle justice distributive, et quelle morale !