‹ Œuvres poétiquesChapitre 63 sur 96 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Revinrent à son souvenir ;

La paille même eut un soupir.

Que faire? devait-il retourner vers son maître ? S'il résolvait en ce sens le peut-être,

Gomment serait-il accueilli ?

Il avait fui pour sortir d*esc1avage...

Mais ne serait-il pas resserré davantage Et de son escapade étroitement puni?

Gomme il délibérait, il aperçut en face,

Sur les bords glacés du ruisseau, Un cheval qui rongeait Técorce d'un ormeau, Et qui, son repas pris, du pied cassait la glace

Pour atteindre au courant de Teau.

Ce cheval était grand, bien fait, luisant et beau.

Et paraissait de noble race :

Jarret nerveux, large naseau.

Tête haute, œil de flamme, ondoyante crinière. Le hongrois étonné, Taborde et lui dit ; « Frùre,

Par quel déplorable hasard De ces tristes repas prenez-vous votre part?

Je croyais être ici le seul de notre espèce.

Auriez- vous, comme moi, détaché votre laisse

Et repris votre liberté ? »

« Non, reprit rétranger, avec quelque llerté, Grâce au ciel, je suis libre et l'ai toujours été. Ces repas d'eau glacée et d'écorces amères.

Dès longtemps l'habitude et la nécessité

Me les ont rendus salutaires.

Mais vous, n'êtes- vous pas du nombre de nos frères, Qui, nés dans l'esclavage, en avez contracté

Trop d'babitudes de bien-être Pour goûter notre mâle et dure liberté ?

Croyez-moi, reprenez un maître.

L'hiver commence à peine; avant qu'il ait pris fin, Vous mourrez, dans ces bois, de misère et de faim. Je vous domie un conseil, triste, mais nécessaire,

Adieu, consultez-vous, mon frère. »

Disant ces mots, il partit comme un trait.

Resté seul, le hongrois reprit, quoique à regret.

Le chemin de la métairie.

Ou ne l'en chassa pas, comme Ton pense bien ; Mais quand vint le printemps, et que dans la prairie

On lâcha toute Técurie, Ses pieds furent gênés dans un double lien.

Qu'ai-je voulu prouver par cette fable ?

Que la liberté soit un bien peu désirable?

Dieu me garde d'émettre un pareil sentiment.

J'ai voulu prouver, seulement.

Qu'avant de l'acclamer, il faut, au préalable, Bien voir, bien réfléchir, si l'on en est capable, Sans quoi l'on est moins libre après qu'anpara.vant.

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