‹ OEuvres poétiques de Amadis Jamyn, avec sa vieChapitre 14 sur 23 · ÇI · texte numérisé non relu

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EN L'HONNEVR DE BACCHVS

Au sieur de la Possonniere (i).

IL ne se faut esmerueiller Si l'on voit Marin batailler De pieds, de bras et de ceruelle; Cest le Thebain, fils de Semele, Qui de son Thyrse raisineux A frappé son cerueau vineux.

Hé! mais qui pourroil résister Contre ce Dieu qui peut domter Le cerueau des hommes plus sages ?

C'est luy qui hausse nos courages

(i) Claude de Ronsard, frère aîné du poëte.

Qui les combats nous fait gaigner Et tous les hazards dédaigner.

L'effroy n'assault iamais le cœur Où se campe ce Dieu vaincueur :

O Bassare, domteur des Indes, Bien haut mon courage tu guindés!

le ne veux estre despité Contre toi comme fut Penthé.

le ne ressemble aux Nautonniers Qu'au milieu des flots mariniers Tu fis fendre les eaux marines Les vestant d'escailles Dauphines, Ains tousiours i'honore le vin Où gist vn mystère diuin.

Ce n'est moy qui mets à mespris Ceux qui de ta fureur épris Célèbrent tes sainctes Orgies :

le voy les Bacches estourdies Euan lach lach crier Et tes triomphes publier.

La Lune n'acheue le mois Qu'en ce fertile Vandomois

d'amadis JAMYN. 253

On ne te célèbre vne feste :

Chacun donne autour de sa teste Le Lierre et le Pampre aussi Et te nomme Chasse-soucy.

Aussi Ton dit que tu passas Le long du Loir, et que laissas Ton beau nom à la Denysiere (i) Voisine de la Possonniere, Et commandas que les raisins Chargeassent les couteaux voisins.

La Possonniere de Posson (2) Se surnomme, non du poisson Qui des Ronsards nomme la race :

Aussi l'on dit qu'en cesce place Tu beus tant que tu chancelois Et là demeurer tu voulois.

Posson, poinson tout bégayant Tu la nommois en tournoyant, Et c'est cela qui me fait croire

(i) Le château de la Denisièrc, qui se trouve à trois ou quatre kilomètres ouest de la Poissonnière, appartenait à une branche de la famille de Ronsard.

(2) Le posson ou poisson était une mesure pour les liquiJe?. Il variait de deux litres à un demi-litre. —Le poinçon, très ▼ariable aussi, équivalait, en beaucoup de provinces, à un hectolitre environ.

254 ŒUVRES POÉTIQUES d'aMADIS JAMYN.

Que lel nom luy donnas de boire, De boire non les claires eaux Mais les vins et vieux et nouueaux.

Là, tout le camp qui te suiuoit Beuuoit sans fin et rebeuuoit, Tellement qu'il laissa respandre Tout le plant de la vigne tendre Qu'il portoit, et au desloger Oublia de s'en rechargar.

Pource meint cousteau reuestu S'y voit de ce bon plant tortu, Et en l'honneur du porte-lierre De Bacchus on vide meint verre, Le louant d'estre Tinuentcur DVne si céleste liqueur.

Scmeleen, Thyoneen, O deux fois né Bœotien, Preste-nous à la proche année Plus grande et meilleure vinee, Donne que d'icy à cent ans le goustc de tes doux prescnSi

POUR VN COCV

LE roux Chameau de bosses montueux Comme les fiots bossus et tortueux, Fit autrefois cette folle demande A lupiler qui peut tout en commande.

Veuilles, Seigneur, qui toute chose peux, Me prester aide et entendre mes vœux : Fay moy sortir ainsi que droites bornes Dessus mon front, les pointes de deux cornes, Le Cerf léger qui n'est pas si puissant, En ha le chef superbe et menaçant :

Rien ne me sert ma taille belle et haute Si desarmé de ces cornes i'ay faute.

Il dist ainsi : Mais il fut débouté De sa requeste, et le Dieu despité, L'enlaidissant dauantage à merueilles Appetissa sa teste et ses oreilles Pour n'auoir pas en sa folle oraison (Content de soy) demandé la raison.

Braue Cocu, ta prière ordinaire

(A ce qu'on dit) est bien tout au contraire :

Te déifiant de ta femme à tous coups

Et de toy mesme, auec vn soin ialoux,

Tu ne permets reposer ny la Lune

Ny les Démons que le charme importune.

Le Ciel tousiours est trauaillé par toy

Pour t'asseurer de ta femme la foy,

Non celte foy qu'elle doit à l'Eglise

Mais pour ton lici qu'elle t'auoit promise.

Entre les Dieux Concile s'est tenu Si tu deuois tousiours estre cornu.

Et chacun d'eux a dict en l'assemblée, Q,ue ta ceruelle estoit bien fort troublée, Puisque ignorant tu ne demandois pas Vn bien permis à plusieurs d'ici-bas :

Pourtant qu'au double ils vouloyent que la Plante En cornichons sur ton chef renaissante Prist auantage, et qu'elle dureroi<

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Tant que ta femme aux yeux belle seroit. lupiter mcsme emprunta le plumage D'un beau Cocu, quand l'amoureuse rage Luy fit chercher le doux embrassement De sa lunon qu'il aimoit ardemment.

Sois donc Cocu, et ne cuide pas rompre

L'antique loy qui ne se doit corrompre,

Tu es venu pour l'accomplir ici,

Et ce qui doit modérer ton souci

C'est qu'infinis sentent ta maladie.

« Moins fâche vn mal souffert par compagnie. »

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