ODE CHRETIENNE
Qvi sera mon secours En l'ennui de mes io'jrs?
Escoute ma parolle, O Jésus, et consoUe Mes esprits amoureux.
Montre ta face clere, Rends mes yeux bienheureux Par ta saincte lumière.
Mon cœur est vn amant Qui te suit ardemment :
Tu es aussi de mesme Amant de ce qui t'aime.
Vien la voie arrouzer Dont s'altère mon ame :
Seul tu peux apaiser Le désir de ma flame.
ŒUVRES POÉTIQUES d'aMADIS JAMYN 259
Tu ne sçaurois haïr L'ame qui veut iouïr De ta grâce promise, Et qui tient sa franchise De ton sang précieux.
Donq pourquoy ne sent-elle De ces biens gracieux La douceur immortelle.
Ah! pourquoy laisses-tu.
Sans monstrer ta vertu, Mes prières trompe'es Esire au vent dissipées ?
Tant de cris espandus Au milieu de mes plaintes Sont-ils en vain perdus?
Les amours sont-ce fainctes ?
Mais tu as beau tenter, Genner et tourmenter D'vne amour soucieuse Mon ame désireuse; • Elle ne cessera D'aimer ce qui la pousse, Et languissant, dira, 'S
Languir est chose douce. Xi-
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PROSOPOPŒE DE FRANÇOIS DE MAVGERON
LES ames des défunts ont soing de leurs amis, Et souuent par le Ciel ce bien leur est permis De reuenir en bas et visiter encore Ceux que leur saincte ardeur aime plus et honore Durant que le dormir tient le monde en repos.
L'autre nuit cependant que mon oeil estoit clos Et que i'avois les sens enseuelis du somme, Mon ame eut vision d'vn céleste ieune homme.
Il estoit tout semblable et d'yeux et de cheueux, Et de face et de front et de port généreux Au jeune Maugeron que la Parque ennemie
ŒUVRES POÉTIQUES d'aMADIS JAMYN. 261
En l'Auril de son âge osta de cette vie;
Il paroissoit un Ange en beauté nompareil
Quand de ces doux propos il toucha mon sommeil.
Ecris, ce me dit-il, ce que ie vais te dire. Afin que d'âge en âge on le puisse relire.
Cailus et Saint-Maigrin et Maugeron aussi,
Ayans quitté la terre et tout humain souci.
N'ont toutefois quitté la douce souuenance
De Henry leur seigneur, père et Roy de la France;
Comment l'oubliroient-ils quand encor chacun iour
Ils sentent les bienfaits de son diuin amour?
Afin qu'icy leur nom de siècle en siècle dure
Il a fondé pour eux obitz et sépulture.
Il leur a fait 1 honneur qui se peut faire aux morts,
Il a iusqu'à la tombe accompagné leurs corps,
Il les a bien aimez tant qu'ils furent sur terre :
Maintenant qu'vn tombeau leurs dépouilles enserre
Il prie et fait prier à toute heure pour eux.
Afin que leurs esprits soient aux lieux bienheureux ;
Si bien que par l'effet de sa saincte prière
Il les a mis au rang des anges de lumière;
Aussi pour son bonheur sans cesse vont priant
Et de vœux éternels le vont remerciant :
Nul regret ne les poingt de la vie mortelle.
Leur aize est infini, leur gloire est éternelle,
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Ils ne viiioient icy que comme les mortels,
Ils reuiuent au Ciel comme Dieux éternels,
Et s'ilz ne laissent pas en terre de reuiure
Dedans le cœur du Roy qui d'esprit les veut suiure,
Ainsy viuans en Dieux, ainsy viuans en Rois,
Ici bien fortunez, là bienheureux tous trois.
lamais l'humain désir ne s'estend sur les choses Où la félicité n'ha ses grâces endozes, Hz sont donq tres-heureux puisqu'il s'en trouue assez Qui voudroient par la mort au Ciel estre passez, Pour sentir les regrets du bon maître et Monarque Qui du tort faict sur eux blasme souuent la Parque.
Escris qu 'vn grand amour outrepasse les bords De Styx et d'Acheron pour luy non assez forts. Escris que tous les trois en viuant n'eurent faute De courage pour faire vne entreprise haute, Et de vaillans exploits honorer leurs beaux ans, Mais eurent seulement faute d'un plus long tems, N'eurent assez de vie, ains assez de courage. L'ombre ayant dit ces mots ne dist rien dauantage, Ains soudain reuola sur l'Olympe des Dieux Quand l'Aurore remet tous les flambeaux des Cieux Chacun en sa demeure, et leur danse finie Conte si nul ne manque à telle compagnie.
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COMPLAINTE DE CLEOPHON(i)
Ci.EOPHON se plaignoit autant qu'on peut se plaindre En ces mots dont ie veux sa tristesse dépeindre, Les monts, les rocs, les bois oyant son amitié, Admiroient sa douleur et en auoient pitié. Telle estoit sa complainte : O méchantes ténèbres Qui me donnez des iours si tristes et funèbres, Pourquoy si promptement auez'^vous fait tomber Le feu qui commençoit encores à flamber? Pourquoy si tost se perd lAurore messagère D'vne si reluisante et céleste lumière?
Ténèbres, ie vous damne et vous bany là bas
(i) Comme on l'a vu ci-dessus^ le poëte désigne sous ce nom Henri III qui pleurait la mort de ses mignons.
Dans le sein du Tartare où le Ciel ne luist pas. Dans le gouffre de Styx pour iamais retirées lamais ne iouïssez des fiâmes etherées, Puisque vous rauissez à mes yeux leur clarté.
Quand ie pense aux soleils que vous m'avez osté Tous plaisirs en mon cœur dorment et prennent cesse. Et en lieu d'eux en moy s'esueille la tristesse : Alors ie n'ay soucy de quelconque plaisir. Et mourir pour les suiure est mon plus grand désir. Mes yeux ont beau chercher un obiet désirable Ils ne trouuent plus rien qui leur soit agréable : l'auise tous les lieux où ie les soulois voir; Mais c'est ce qui plus fort vient mon dueil esmouuoir, N'y voyant plus les corps qui tant me souloient plaire, Et ie crois m'esgarant d'vn penser solitaire Que les cieux où luisoit leur diuin ornement Portent mesme regret de leur eslongnement.
Vous fustes autrefois, ô chère compagnie, Icy bas le repos et l'espoir de ma vie, Vous estes maintenant ma plainte et ma douleur Le destin nous deuoit permettre ce bonheur D'allonger d'vn accord ensemble nos iournées, Ou deuoit à vos ans accourcir mes années.
Car mieux vaut vne mort qui viue à tout iamais,
Qu'vne vie qui meurt, et iamais n'a de paix : Aucun lieu ne me rit sans vous que ie soupire, Si vous estiez presens tout me sembleroit rire.
l'ay enterré ma ioye au creux de voz tombeaux Et i'ay senti pour vous des regrets tous nouueauxj D'autant que qui sçauroit en sa peine la mienne Pour douce et pour petite il auouroit la sienne.
On peut représenter d'vn grand feu la couleur, Mais la peinture manque à montrer sa chaleur; Aussi Ton ne sçauroit en aucune peinture Portraire les ennuis qu'en ma perte i'endure.
Le Ciel ha vos esprits qui viuent en repos, La terre en vn grand temple est l'vrne de voz os, Et ie garde pour moi voz noms et vostre gloire, Vos obiets. vos amours d'inuincible mémoire.
Quelquefois pour lascher à consoler mon mal, V*-
Lorsque durant la nuit les astres font leur bal, Et deuant leurs rayons ne sont mis aucuns voiles, le contemple le Ciel tout parsemé d'estoilles, Et voyant les plus beaux des feux du firmament Scintiller, ce me semble, à mon œil ardemment, le fay croire à mon coeur que ce sont voz images Qui m'enuoyent leurs rais corn me pour leurs messages,
Se plaisans de me rire et de me regarder,
Au moins le suis content me le persuader,
Et tant plus i'y regarde et tant plus ie le cuide,
Persuadé d'amour qui iusques là me guide :
Car amour sçait mon mal aspre et grief, et ie sçay
Qu'il luy peze et luy deult de l'angoisse que i'ay.
Si d'an en an reuient la saison printanniere
Plus riante de fleurs, plus belle et plus entière.
Que ne reuient aussi nostre vie en noz corps,
Apres qu'vn peu de tems elle a couru dehors ?
Ha! destins malheureux! qui, durant ces alarmes
A mon chef donnera des fontaines de larmes
Pourfondre en pleurs de iour, pourfondreen pleursde nuit
De la faueur du monde à iamais esconduit ^
le me plaindrois sans cesse, et de mes dures plaintes
Toutes places et lieux sentiroient les atteintes,
N'estoit que les soupirs ont pour fin de leurs cours
Qu'on ha honte à la fin de se plaindre tousiours.
Ainsi se lamentoit d'vn accent pitoyable Cleophon aux humains et aux Dieux vénérable, Et tant sa passion vint toucher doucement Les cordes de mon ame auecq estonnement. Que rauy des propos qu'il donnoit à entendre, Pour les chanter souuent ie voulus les aprendre.
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