‹ OEuvres poétiques de Amadis Jamyn, avec sa vieChapitre 16 sur 23 · LES NYMPHES FRANÇOISES AVX FRANÇOIS · texte numérisé non relu

LES NYMPHES FRANÇOISES AVX FRANÇOIS

Ivsqv'a quand, âmes insensées, De fureur serez-vous poussées?

Les neiges du mont Apennin Ne gèlent tousiours son visage.

Mais sans fin vous viuez de rage.

De cruautez et de venin.

Vengeance court dessus vengeance, D'vn mal vn autre recommance, Comme d'vn esclair scintillant Il renaist vne autre lumière Deuant que l'esclaire première Ait caché son feu violent.

lettez bas, furieux, voz armes :

Quel honneur auez-vous, gens d'armes,

D'estre à vous-mesmes furieux.

France tend les bras et vous prie

De respecter vostre patrie :

Hé, que pourriez-vous faire mieux?

Retournez-vous au bien supresme, C'est pour la gloire de vous-mcsme.

L'amateur des séditions N'a loix, ni parens, ni famille :

Richesse de concorde est fille, Pauureté suit les factions.

On a dit qu» les Corybantes Vestus d'armes étincelantes, Dansoient autour de Jupiter :

C'est qu'il faut vestir la cuirasse Pour empescher qu'aucune audace Sur les Rois ne vienne attenter.

On dit que le char de Cybele, Que mère des Dieux on appelle, Estoit tiré par deux lions :

Cet office doit vous apprendre Qu'obéissans il se faut rendre Aux diuines religions.

II faut que les races plus fieres Se laissent fléchir à leurs mères Et terres qui les ont portez :

La garnison ilz doiuent cstre Du païs qui les a fait naistre, Le haussant d'honneurs méritez.

Sous l'enfer chassons la discorde, Attirons du Ciel la concorde, Et comme les grains sont vnis Dedans les pommes des grenades, Lions-nous de mille embrassades Et d'amours qui soient infinis.

AMOVR ET BEAVTE NEZ ENSEMBLE

y E crois que la beauté nasquit aueq Amour

1 Et qu'ils furent tous deux conçeus en mesme iour;

Car tout ce qui est beau soudain est agréable

Et la beauté surtout est vne chose aimable;

Cela fait que l'on chante Amour estre enfanté

De Venus qui se dit déesse de beauté,

Car Venus qui nasquit d'vne conque marine

Est la beauté qui prist du chaos origine

Lorsque l'esprit de Dieu porté dessus les eaux

Fit le monde et beauté naistre comme iumeaux;

Le monde et la beauté, l'vn masle et l'autre fille.

Sortis du noir chaos comme d'vne coquille.

Quiconque le premier fit présider Venus

Aux beautez et Amours nez ensemble et connus,

Celuy-là non profane entendit les mystères,

Et comme tous ces deux sont ensemble ordinaires;

Mais qu'est-ce que beauté sinon ie ne sçay quoy

Plaisant et graticux qui vous attire à soy;

Vne certaine grâce et iuste symétrie

Qui gangnc ou la raison, ou les yeux, ou Touye,

Qui gangne nostre cœur et nous force d'aimer?

En tant qu'elle s'arreste et se plaist à former

Les choses que l'on voit, eu qu'on oyt, ou qu'on pense^

On l'apelle beauté; mais quand elle s'auance

Aux yeux ou à l'oreille, ou bien à la raison,

Les touchant doucement par douce liaison,

On l'apelle vn plaisir, vn certain délectable,

Vne volupté douce à nez sens désirable.

Nous recherchons icy parmi nous la beauté,

Et celle pour laquelle vn homme est arresté.

Pour laquelle en aimant il suit les créatures

N'est que certaine grâce aux humaines figures,

Vne certaine forme aueq proportion

Qui pousse noz esprts à délectation

Par plusieurs de nos s^ns ou par tous tout ensemble.

Dont après vn désir à tel plaisir s'assemble.

Car l'amour n'est sinon qu'vn certain doux plaisir

Dont l'esprit en aimant se sent du tout saisir,

Se plaisant en la choze où telle bonne grâce Pour se faire admirer aura choisi sa place. Telle inclination fait que d'vn tel plaisir Procède au mesme instant vn certain beau désir Nous faisant désirer les choses qui nous plaisent^ Et iamais du désir les fiâmes ne s'apaisent Sinon qu'en iouissant de ce bien qui nous plaist.

Ainsi l'amour en nous qui de la beauté naist Est vn commencement, vn principe qui donne Naissance au mouuement désirant choze bonne, Et tel plaisant désir, tel plaisir désireux Rend tout en l'vniuers heureux ou malheureux.

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