‹ OEuvres poétiques de Amadis Jamyn, avec sa vieChapitre 17 sur 23 · DE PAN ET D'ECHO · texte numérisé non relu

DE PAN ET D'ECHO

PAN, le Dieu d'Arcadie, autrefois seulement Ne sentit pour Syringue vn doux embrasement, Et pour elle ne fit sa fluste pastoralle Aueq certains rozeaux de grandeur inegalle, Monstrant que leur amour n'auoit iamais esté Réciproque ou rangé sous mesme égalité : Echo, qui n'est iamais en propos la première, Neanlmoins à respondre est tousiours la dernière, Rauit à ce Dieu Pan iadis sa liberté Par ses douces chansons et sa grande beauté ; Mais comme volontiers il aduient qu'on mesprise Le gain desia gangné, pour faire vne entreprise, Celte Nymphe euitoit du Dieu Pan les amours, Et iamais ne voulut entendre à son secours,

Courant après les pas de l'arrogant Narcisse :

— Que ie prie, dit-elle, vn tel à mon seruice ? Vn satyre difforme, vn si laid et cornu,

Qui par ses pieds de bouq pour bouq est reconnu ?

Vestu sauuagement d'vne peau de Panthère ?

S'il plaist à tous les Dieux, il ne me sçauroit plaire !

Pan aueq tels desdains fut saisi de despit.

Et encore l'enuie en sa fureur se mit,

Car il aimoit Echo pour ses chants admirables;

Mais voyant ses ardeurs aux siennes dissemblables.

Il tourna son amour plein d'admiration

En rancune enflamée à fiere intention.

Donq enflé de courroux luy portant vne enuie

De ce que ses chansons vainquoient son harmonie,

Despit de n'auoir peu iamais venir à bout

De jouir des beautez qui l'auoient gangné tout,

Il vsa de ces mots respirans de menace :

— l'en auray ma vengeance, et cette bonne grâce Qu'elle ha de bien chanter, ni sa ieune beauté Ne la feront longtemps brauer de cruauté.

Plustost il n'eut fini que sa fureur conceûe

Ratifia ces mots dVne cruelle yssûe :

Il fit que les bergers deuindrent furieux.

Les cheures, les troupeaux du pais et des lieux

Où demeuroit Echo, nymphe au plaisant visage,

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Ces cheuresjces troupeaux, ces bergers pleins de rage, Comme loups affamez et charongneux mastins, Mirent la pauure fille en pièces et lopins. Déchirèrent sa peau, çà et là respandirent Ses membres despecez qui plus onq ne s'vnirent, Et qui mourant chantoient encore ses chansons.

Les Nymphes abhorrant si cruelles façons,

Pleurèrent l'accident d'vn sort si misérable!

La Terre oyant leurs pleurs se monstra pitoyable,

Conserua son beau chant pour leur faire faueur,

Conserua sa musique, en retint la douceur,

De manière qu'au gré des neuf Muses compagnes,

Encores maintenant à l'abry des montagnes.

Aux vallons, près des eaux, et au milieu des bois.

Toute telle qu'on veut elle rend vne voix

Image des propos, ou dolente ou railleuse.

Aux cœurs plaintifs, plaintiue; aux cœurs ioyeux, ioyeuse.

GXXXVIII

PROSOPOPŒE DE LA FORTVNE

1E suis Reine et Déesse en tous humains affaires, De moy viennent les dons qui vous sont ordinaires, lupiter ne les donne aueq ses deux tonneaux; le suprime les vieux, i'exalte les nouueaux, le suis la tout-puissante, assez, assez connue. Qui selon mon plaisir bien et mal distribue : l'habille les seigneurs d'or, de soye et d'argent, Et i'habille de loille et de gris l'indigen*: : Par moy l'vn est réduit à la cape et l'espée. Par moy l'autre ae voit honoré d'vn trofée. Ces enseignes et dons et tableaux de valeur Que dans la nef d'vn temple, à l'autel, ou au chœur Quelqu'vn va dédiant, ayant sauué sa vie D'vn naufrage ou danger, ou d'vne maladie,

ŒUVRES POETIQUES d'aMADIS JAMYN. 277

Se deuroient dédier à moy le plus souuent

Par qui le plus souuent l'homme se va sauuant;

Et comme l'on m'impute à tous coups les misères

On deuroit m'imputer les fortunes prospères.

Diagore entendoit de moy la vérité,

Car voyant des tableaux en grand diuersité

Dédiez en vn temple aueq les portraitures

De plusieurs garantis de tristes auentures,

Dist tout incontinent : — On en verroit bien plus

Si ceux qui sont enclos dans le tombeau reclus,

Ou noyez en la mer, non sauuez par prières,

Y eussent dédié leurs misères dernières.

le suis celle qui fais et qui défais aussy,

Et de tout on me doibt rendre le grand mercy,

Mais esleuant quelqu'vn dans vne charge haute

Il doibt bien regarder à ne me faire faute.

Il doibt bien regarder à vser comme il faut

Des faueurs qu'il reçoit estant mis en lieu haut,

De peur que loing de luy mes biens ie ne retire.

Et qu'il ne soit contraint à la parfin de dire

Ce que disoit Denis pendant sa royauté:

— Bienheureux qui tousiours malheureux a esté.

Ce mesme Roy connut quelle estoit ma puissance, Quand il dist à Philippe vne telle sentence : llm '^^'^'PP^ demandoit : — Comment a'as-tu gardé

Vn royaume si grand par les tiens possédé ? Soudain il respondit : — Ce n'est point de merueille Si tu ne me vois plus en dignité pareille. Mon père me laissant l'empire qu'il auoit, Il ne m'a pas laissé ce qui plus y pouuoit, Il ne m'a pas laissé son heureuse fortune Qui pour se maintenir lui fut tant oportune ! Donques c'est moy qui peux acquérir et garder, C'est moy qui fais seruir et qui fais commander; Et ie permets longtems que de mes biens on vse Quand ils tombent es mains d'vn qui point n'en abuse. « Ce qui est violent ne peut longtemps durer, « Et qui me violente est pour ne demeurer, n le n'aime ces hautains qui contrefont les Princes Comme s'ils estoient Ducs ou Seigneurs de prouinces. Ne se connoissant pas et ne se mesurant. Longtemps sans les punir ie m'en vais endurant. D'Otus et d'Ephialte ils doiuent tous aprendre Qu'à la fin on se perd de trop haut entreprendre : Ces deux frères estoient des plus beaux et plus grans Que la terre nourrist superbes se monstrans t A neuf ans ils auoient de largeur neuf coudées^ Ils auoient de longueur neuf aulnes mesurées; Si bien qu'enflez d^orgueil ilz mehaçoient les DieuJt, Et vouloient escheler la demeure des Cieux, Assemblant mont sur mont, mais le Dieu du tonnerre Par son fils Apollon mist fin à telle guerre;

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Qui les tuant tous deux les logea chez Pluton Deuant quVn poil folet cotonast leur menton.

Ainsi dist la Fortune, et secouant sa boule Fit trembler tout cela qui souz la lune coule, Comme celle icy-bas par qui tout s'accomplit. Par qui des deux costez le feuillet se remplit.

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