I. Mtrcure de Fruncê, i*' avrO
ŒUVRES POÉTIQUES IT
négociants français trouvaient un entrepôt pour leurs marchanaises et un logement pour leur famille. Son père, Louis Chénier, de Montfort, près de Toulouse, était venu très jeune en Turquie comme employé dans une grosse maison de drlps. Il s'y était bientôt créé une situation indépendante, et, très aimé de l'ambassadeur, le comte des Alleurs, à qui il rendait des services d'argent, il fut nommé député de sa nation, c'est-à-dire représentant de la colonie française près de l'ambassadeur. Le comte des Alleurs mourut en 1754 ; mais, avant de mourir, il le chargea de gérer l'ambassade, et Louis Chénier, enivré de son élévation, ne brigua rien moins que le titre officiel de chargé d'affaires. Il ne l'obtint pas. Cette même année, il épousa Elisabeth Santi-Llomaca, fille d'une Ragusaine et d'un joaillier, fournisseur du sérail, qui tenait boutique au bazar de Stamboul. Pour une fiUe d'Orient elle n'était pas tout à fait « en son jeune printemps », car elle avait vingt-six ans. Et il ne semble pas qu'elle ait reçu l'éducation mesquine et claustrale des jeunes filles grecques. Elle était bien plus instruite, connaissait l'Antiquité, la langue française, les danses françaises et les usages de France. Une de ses sœurs se maria à un autre commerçant français et eut une fille qui devint la femme d'un Marseillais, Louis- Charles Thiers : ainsi la famille des Santi-Llomaca nous donna la mère d'un poète et la grand 'mère d'un homme d'État. Les Llomaca étant catho-
ANDRÉ CHÊNIEH
liques et très vraisemblablement d'origine latine, Chénier, pas plus que Thiers, n'avait une seule goutte de sang grec dans les veines, — ce qui n'empêcha pas l'un d'être artificieux comme Ulysse et l'autre de comprendre aussi bien Eschyle que Malherbe. Mais Madame Chénier, Levantine, se disait Grecque, soit qu'elle crût l'être ou qu'elle préférât passer pour telle. Et André, convaincu qu'il était « fils de l'Hellade », nourrit toute sa vie la nostalgie de la Grèce « aux yeux d'azur ». Les idées que nous nous formons de notre ascendance constituent souvent notre véritable atavisme.
En 1765, les Chénier quittèrent Constantinople avec leurs cinq enfants, une fille et quatre garçons, et vinrent s'installer à Paris. La recommandation de M. de Vergennes, qui avait succéda au comte des Alleurs, valut à M. Chénier le titre de consul général auprès de l'Empereur du Maroc ; et il resta séparé de sa famille pendant dix-sepi ans (1767-1782). C'était un très honnête honmie et un homme d'initiative, ambitieux mais consciencieux, d'im caractère assez raide, bon observateur des gens et des choses comme il le prouva dans les ouvrages qu'il écrivit : Recherches historiques sur les Maures (1787) et Les Révolutions di V Empire ottoman (1789). Son fils André tint de lui une certaine âpreté d'humeur, du bon sens et de la fierté. Sa mère était aimable et gracieuse. Elle se fit ime place dans la société pansienne,
ŒUVRES POÉTIQUES n
« dans cette société éprise de l'Antiquité habillée à la mode du jour et qui, par un goût de simplicité rafi&née, voulait se donner les mœurs de Lacédémone et les lois de Minos » ^. Elle fréquentait surtout les artistes et les savants. On rencontrait chez elle le peintre David, l'académicien Suard, le poète Lebrun, l'helléniste Brunck, le comte Alfieri. Elle collectionnait les estampes et les médailles antiques. Elle écrivait même, et ses Lettres sur les Danses grecques et sur les Enterrements grecs furent publiées dans le Voyage Littéraire en Grèce de Guys, agréables descriptions d'une sensibilité fleurie et superficielle. On nous dit qu'elle recherchait les correspondances illustres. Elle envoya à Voltaire des fragments de Touvrage que son mari écrivait sur les Maures, et elle eut le bonheur de recevoir du grand vieillard un de ses derniers mots, une des dernières fleurs exquises de l'arbre exténué ^. Très détachée de toute croyance, très épicurienne, d'une aristocratie qu'elle tirait de son prestige d'Orientale, et, comme nous dirions aujourd'hui, \m peu snob, Madame Chénier, qui avait probablement appro-
I. R. de Bonnières, Lettres grecques le Madame Chémiêr. Sa vu (Oiaravay frères, éd.).
s. Voici 1* mot, daté du i*' avril 177S : « Un vieux malade, ua mourant, Madame, reprend un peu de vie k la lecture d'une lettn qui vient du pays de Juba, de Massinisee et de saint Augustin. Je suis dans un état qui ne me permet pas de parler, mais qui m« permet d'entendre, et c'est ce qui fait que je souhaite passionné» ment d'avoir Tbonneur d« voua faire ma oour. — Voltaisb. •
ché le sultan Mahmoud et qui avait été mêlée au monde des ambassades, eut beaucoup donné pour être reçue à la cour. Mais, lorsque vint la Révolution, son snobisme l'entraîna jusqu'à partager les opinions démagogiques de son plus jeune fils, Marie-Joseph. Son aristocratie d'étrangère coiffa le bonnet rouge. Elle avait un grand faible pour le médiocre auteur du mauvais Charles IX dont le succès avait pris des proportions invraisemblables et qui devait, selon le mot de Danton, tuer la royauté comme Figaro avait tué la noblesse. Grâce au jeu de Talma, Marie- Joseph remplissait tout Paris de sa gloire ; les districts lui votaient ime couronne civique. Il faisait à sa mère beaucoup plus d'honneur que « le tranquille, lent et mystérieux André », dont il semble bien que, malgré son hellénisme et sa confiance dans son sang grec, elle n'ait jamais compris la supériorité. Le tribunal révolutionnaire et les périls courus par Marie- Joseph se char* gèrent de la guérir de son enthousiasme pour le* Jacobins. Elle eut une triste vieillesse près de son benjamin sur qui la haine s'acharnait et qui cherchait à oublier dans le jeu et dans les amours les atroces souvenirs de sa période trop glorieuse* Elle habitait avec lui et sa maîtresse, Maaame La Bouchardie, qu'on appelait La Boucherie. Encore puissant sous le Directoire, il mena, détesté par Napoléon, ime vie misérable sous l'Empire : elle le suivit de domicile en domicile, complète-
ment oubliée. Son biographe, R. de Bonnières a trouvé, réimprimée dans un numéro du Petit Magasin des Dames de 1805, sa lettre sur /« Tombeaux, avec cette signature : v^iFeueMadamt Chémer. On la croyait morte. Elle ne mourut, âgée de soixante-dix-neuf ans, que le 6 novembre 1808 En 1767, Madame Chénier, qui avait accom-* pagné son mari dans sa première mission en Afnque, avait confié ses deux plus jeunes enfants André et Marie- Joseph, à une tante qui habitait le Bas-Languedoc. Quinze ans plus tard André se rappelait ce séjour qu'iï désirait revoir. Il en gardait un souvenir de sources et de fontaines et la vision d'une église bien fraîche où on l'avait mené en pèlerinage près d'une viUe nommée Limoux. Il y avait un grand puits dans cette église, et, en y aUant, il avait remarqué une voûte creusée au roc de la montagne où ruisselait une fontaine « Si jamais, dit-il, j'ai, dans un pays qui me plaît, un asile à ma fantaisie, je veux y arranger s'iJ est possible, une fontaine de la même macère avec une statue aux Nymphes et imiter ces inscriptions antiques : De fontihus sacris. » H a vingt-trois ans quand il écrit ces lignes. Il ne voil déjà plus la nature que par les yeux des Anciens II la re-paganise comme les poètes de la Renaissance. En 1773, il entra avec son frère au coUège de Navarre où il fut un bon élève et où il manifesta son goût pour la poésie par des traductions en vers. Il en sortit à dix-huit ans. Les deux Tru-
IX ANDRÉ CHÉNIEi
daine et les de Pange, François et Abel, qu'il y avait connus et qui avaient les mêmes goûts que lui, demeurèrent toujours ses amis. Trois ans plus tard, en 1782, il fut attaché, en qualité de cadet-gentilhomme, au régiment d'infanterie d'Angoumois qui tenait garnison à Strasbourg. Il n'y resta que six mois. I^e métier militaire ne lui convenait pas, et sa santé était mauvaise. Il revint à Paris, assez dangereusement malade de coliques néphrétiques. Les Trudaine, qui se proposaient de visiter l'Italie, l'Asie Mineure et la Grèce, le décidèrent à les accompagner. Ils traversèrent la Suisse, passèrent quelques mois à Rome ; mais André, retombé malade à Naples, dut reprendre le chemin de la France et renoncer à voit la Grèce et Byzance. Il avait escompté les émotions que ces beaux lieux lui donneraient et les avait même chantées par avance, ce qui fit croire à ses premiers biographes qu'il y était allé : « Plusieurs pièces, écrivait Becq de Fouquières dans son édition de 1862, semblent avoir été composées sous l'influence des impressions de son voyage. Le début de ces pièces a \m caractère remarquable. Le souvenir de faits héroïques lui revenait sans doute à la mémoire à mesure qu'à ses yeux surgissaient la Crète, Naxos, l'Œta, En vue de Constantinople, sa muse envoya un salut plein d'émotion à la Thrace, sa patrie :
Salut, dieux de l'Euxin, Hellé, Sestos, Abyde, Et nymphes du Bosphore et nymphe Propontide.^
Dans ces vers, l'émotion est visible, sincère, mais contenue. » L'émotion est surtout livresque, ni la Crète, ni Hellé, ni Sestos n'ayant surgi à ses yeux. Nous n'avons là que des amorces de développements, l'indication des thèmes sur lesquels il comptait broder.
U était de retour à Paris en 1783. Contrairement à ce qui se produit d'ordinaire, ses parents, loin d'entraver sa vocation de poète, l'encouragèrent, et, bien que leurs ressources fussent assez limitées, ils ne le pressèrent point de choisir une profession. Il put étudier, écrire à son aise, et aussi prendre du bon temps. Il ne s'en priva pas* De complexion très amoureuse, très porté sur tous les plaisirs des sens, il se livrait souvent, — c'est lui qui nous le dit, — « aux distractions et aux égarements d'une jeunesse forte et fougueuse ». Il aimait la bonne chère (un peu plut que sa santé ne l'eût voulu) et les fameux soupers du jeune fou de La Reynière où il se retrouvait avec les Trudaine et où il rencontrait Restif de la Bretonne. Si épris qu'il fût de Madame de Bonneuil, il ne perdait aucune occasion de l'oublier près d'une Rose ou d'une Glycère. Il fut pleinement de cette société qui se hâtait de jouir et d'épuiser l'enivrement de la vie avant la grande débâcle. Et quand il célébrait dans ses vers les muses de l'orgie, ce n'était point comme lorsqu'il invoquait les n5miphes du Bosphore : il revenait de chez elles et sortait de leurs bras.
XI ANDRÉ CHÊNIER
D n'était pas beau ; et sur ce point encore sa mère était plus fière de Marie- Joseph. Petit avec une tête énorme, les cheveux roux, le teint olivâtre, le visage carré, les narines sensuelles, il n'avait pour lui que le feu charmant de ses yeux, sa parole et l'attrait mystérieux du génie. Il en faut beaucoup moins pour être aimé : et il le fut.
Cependant, en 1787, son père réussit à le faire attacher comme secrétaire particulier à M. de la Luzerne nonuné ambassadeur à Londres. Il y fréquenta les salons et les clubs, lut les poètes anglais qu'il goûta peu, sauf Milton et Shakespeare, mais il goûta encore moins la société anglaise, cette aristocratie hautaine, dure, exclusive, d'une intelligence bornée, d'un orgueil souvent ridicule, bien moins sociable, bien moins humaine que l'aristocratie française. Il resta trois ans en Angleterre, trois ans qui furent coupés de quelques voyages à Paris. D n'en revint définitivement qu'en 1790 pour son malheur, pour le nôtre et pour celui de la Révolution qui commit un crime de plus.
Il mourra dans sa trente-deuxième année. Était-il entièrement formé ? Ce n'est pas sans raison que Louis Bertrand dit que, « s'il y a une énigme irritante dans l'histoire httéraire, c'est,
ŒUVRES POETIQUES xii
avec les Pensées de Pascal, celle de l'œuvre d'André Chénier ^)). Depuis une dizaine d'années qu'il a commencé à écrire, nous ne constatons chez lui aucun progrès marqué, aucune évolution. Il amasse des matériaux ; il s'essaie dans les genres les plus divers ; il ne laisse que des « études », des fragments ; rien d'achevé, pas même ses E pitres et ses Elégies qu'il ne jugeait pas encore dignes d'être réunies en volume. Parmi les grands poètes, c'est im cas, je crois, unique. D'autres, comme La Fontaine, ont commencé plus tard ; mais ceux qui se sont mis en marche au même âge que lui ont tous fait à trente ans un ou plusieurs livres qui, s'ils étaient morts, nous auraient permis, sinon de deviner leur œuvre future, du moins d'en entrevoir l'orientation. A trente ans, Ronsard avait fait ses Amours, et ses Odes ; Racine son Andromaque ; Lamartine, les Méditations ; Hugo, Les Orientales ; Vigny, ses Poèmes ; Musset, presque tout Musset. A quoi peut-on attribuer ce perpétuel inachèvement d'André Chénier ? A sa méthode de travail ? A une sorte d'impuissance ? A la diversité de ses ambitions poétiques ? A la confusion des courants qui se dessinaient dans cette dernière partie du xviii® siècle ?
Il a été l'homme de son époque au point que, si nous l'imaginions survivant à la Révolution,
I. La Fin du Classicisme et le Retour à V Antique, Louis Bertrand (Hacbette, 1897).
xm ANDRÉ CHÊNIEIt
nous serions amenés, sous peine de le vieillir terriblement et de le rejeter hors du siècle, à le concevoir tout autre qu'il n'a été. Sa gloire incontestable, son impérissable honneur, est dans son néohellénisme ; et le meilleur de lui-même, dans une des parties les plus fragmentaires de son œuvre : les Bucoliques. Supprimez-les : on ne le lirait presque plus ; et à combien de lecteurs n'aurait-i] paru supérieur à son compagnon de charrette Roucher que par l'éclat de ses ïambes ? Ce sont ses Bucoliques qui l'ont fait entrer dans le cortège des poètes immortels. C'est par ses Bucoliques qu'il a influé sur les Romantiques et plus tard sur les Parnassiens. Il doit de les avoir faites à la religion pour la Grèce que sa mère lui avait inspirée et à l'éducation qu'elle lui avait donnée. Peut-être s'en souvenait-il, lorsqu'il traduisait ces vers d'Oppien ;
Comme au bord d'Eurotas...
Lorsqu'une épouse est près du terme de Lucine,
On suspend devant elle, en un riche tableau.
Ce que l'art de Zeuxis anima de plus beau,
Apollon et Bacchus, Hyacinthe, Nérée,
Avec les deux Gémeaux leur sœur tant désirée.
L'épouse les contemple : elle nourrit ses yeux
De ces objets, honneur de la terre et des cieux.
Et de son flanc, rempli de ces formes nouvelles,
Sort un fruit noble et beau comme ces beaux modèles.
C'était ainsi que Madame Chénier s'était appliquée à former le goût et l'âme de ses enfants.
Elle leur parlait constamment de la Grèce et des poètes grecs et de la mythologie grecque. Elle avait chargé un peintre nommé Cazes, qui leur apprenait le dessin, de peindre en tableaux les sujets des vingt-quatre chants de l'Iliade. Jamais petits Français ne furent mieux façonnés à comprendre la poésie antique. Mais des quatre enfants qui reçurent cette éducation, un seul en profita : André, car, sans parler des autres qui n'écrivirent rien, on ne pouvait être moins grec que Marie- Joseph dans la poésie dramatique. (Et cependant c'est à Homère qu'il est redevable des seuls beaux vers qu'il ait faits et dont on conserve le souvenir : Trois mille ans sont passés sur la cendre d'Homère...)
L'éducation maternelle, l'illusion d'un sang grec, la connaissance de la langue grecque qu'il eut de très bonne heure, portaient donc Chénier à se mettre à l'école des poètes de la Grèce. Ajoutez-y l'influence du milieu qui fut très forte. La seconde partie du xviiie siècle fut marquée par un retour à l'Antique. Personne ne l'a mieux montré que Louis Bertrand dans son remarquable ouvrage sur La Fin du Classicisme. Comme le Retour à la Nature prêché par Jean- Jacques, ce Retour à l'Antique provenait du besoin nostalgique de remonter aux origines, que l'on constate dans toutes les sociétés arrivées à un très haut degré de civilisation, A vrai dire, on n'avait jamais oublié l'Antiquité. De la tragédie au madri«
KW ANDRÉ CHÉNIER
gai en passant par l'épopée, les souvenirs des Grecs et surtout des Latins nous obsédaient. Mais c'était une Antiquité affaiblie, dénaturée, desséchée, privée de sève, sans nerf et sans vérité. D'environ 1750 à 1789 les travaux archéologiques et les études historiques se multiplient. En 1751 Caylus publie une Lettre sur les Peintures d^Her^ culanum, puis son Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques» grecques, romaines et gauloises. En 1754, Leroy donne les Ruines des plus beaux monuments de la Grèce: Choiseul Goufiier, un Mémoire sur l'Hippodrome dVlympie et son Voyage pittoresque de la Grèce. En 1766, on traduit l'Histoire de l'Art chez les Anciens de Winckelman. Les Analecta Veterum Poetarum grœcorum de Brunck paraissent à Strasbourg de 1772 à 1776 ; Y Iliade de Villoison avec ses Prolégomènes, en 1788. Depuis 1757 l'abbé Barthélémy travaillait à son Voyage du jeune Anacharsis en Grèce qui ne fut achevé qu'en 1789, admirable ouvrage, un des plus propres à faire connaître les moeurs, les institutions, les arts des anciens Grecs. Aucun ouvrage de ce genre n'en a atteint l'intérêt. Aujourd'hui, il semble démodé ; mais ceux qui le lisent encore regrettent qu'on ne se soucie plus d'utiliser ce chef-d'œuvre pédagogique.
De l'Académie des Inscriptions et du Cabinet des Savants cet engouement pour le grec avait passé dans les arts et dans les modes. Grimm écrivait en 2763 : < Depuis quelques années,
ŒUVRES POÉTIQUES XVI
on a recherché les ornements et les formes antiques; le goût y a gagné considérablement, et la mode en est devenue si générale que tout se fait aujourd'hui à la grecque. La décoration intérieure et extérieure des bâtiments, les meubles, les étoffes, les bijoux de toute espèce, tout est à Paris à la grecque ; nos petits maîtres se croiraient déshonorés de porter une boîte qui ne fût pas à la grecque. » On lit dans les salons, on rencontre sur la toilette des dames la traduction des Idyllei de Théocrite et la nouvelle traduction d'Homère par Bitaubé, certainement inférieure à celle de Madame Dacier, mais qui paraît plus simple, plus naturelle. Et les médaillons de porcelaine peinte « enchâssés dans les panneaux avec une bordure d'oves et de perles », imitation du style pompéien, reproduisent les sujets de m3^hologie galante chers aux artistes de Pompéi ^.
André Chénier grandit au milieu de cette renaissance de l'Antiquité grecque et latine, une Renaissance moins exubérante, moins fougueuse que l'autre, plus polie, édulcorée, parfois même un peu mièvre. Il en trouvait quelques représentants dans l'entourage de sa mère et deuj surtout qui exercèrent sur lui une réelle influence : le grand peintre David, passionné poui les Grecs et pour les Latins, qui avait réuni une collection de dessins d'après l'antique ot