‹ Œuvres poétiques de André Chénier (volume 2)Chapitre 83 sur 118 · LUI SUR LA MORT D'UN ENFANT · texte numérisé non relu

LUI SUR LA MORT D'UN ENFANT

L'innocente victime, au terrestre séjour,

N'a vu que le printemps qui lui donna le jour.

Rien n'est resté de lui qu'un nom, un vain nuage.

Un souvenir, un songe, une invisible image.

Adieu, fragile enfant échappé de nos bras ;

Adieu, dans la maison d'où l'on ne revient pas.

Nous ne te verrons plus, quand de moissons couverte

La campagne d'été rend la ville déserte.

Dans l'enclos paternel nous ne te verrons plus.

De tes pieds, de tes mains, de tes flancs demi-nus.

Presser l'herbe et les fleurs dont les nymphes de Seine

Couronnent tous les ans les coteaux de Lucienne.

L'axe de l'humble char à tes jeux destiné.

Par de fidèles mains avec toi promené.

Ne sillonnera plus les prés et le rivage.

Tes regards, ton murmure, obscur et doux langage.

N'inquiéteront plus nos soins ofi&cieux ;

Nous ne recevrons plus avec des cris joyeux

Les efforts impuissants de ta bouche vermeille

A bégayer les sons offerts à ton oreille.

Adieu, dans la demeure où nous nous suivrons tous.

Où ta mère déjà tourne ses yeux jaloux.

O quel dieu malfaisant, sous ses ailes funèbres. Couvrit cette maison de deuil et de ténèbres ? O de quelle inquiète et palpitante main

La sœur, mère trois fois, pressa contre son sein

De ce qui lui restait la précieuse enfance.

Quand elle vit, trompant sa douce confiance.

Celle qui sans appui ne marchait point encor,

De son lit douloureux cher et dernier trésor.

Son idole et déjà son image vivante.

De santé, d'avenir, de beauté florissante.

Pâlir et chanceler, frappée entre ses bras.

Et son front se pencher dans la nuit du trépas !..,

Tel le bouton naissant

Allons, douce Élégie, à qui dans mes beaux jours J'ai tant fait soupirer d'inquiètes amours, Ta voix n'est pas toujours à gémir destinée. Près d'un lit maternel viens bénir l'hyménée. Descendons sur ces bords dont Pomone et Cérès Ont au dieu de la vigne interdit les guérets. Où la Seine, superbe au milieu de ses îles. De ses blonds Neustriens baigne les monts fertiles. Sous leur vaste cité qu'enrichissent ses eaux, De l'Océan lointain appelle les vaisseaux.

Déesse à l'œil timide, au front noble et serein, Pudeur, fille du ciel, quel est-il cet humain. Libre enfin des fureurs qu'allume un premier âge. Qui ne préfère point au honteux esclavage Des plaisirs, qu'un remords accompagne en tous lieux. Un souris de ta bouche, un regard de tes yeux ? Volupté vertueuse et délicate et pure !...

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Mais aujourd'hui que ton règne est méconnu... tu rougis sans doute de te voir défendue par des magistrats débauchés qui traînent dans l'ordure une vieillesse flétrie.

Tout flétri de sommeil ou de veilles impures. Tacite,

Pour mon élégie nocturne imitée de ce bon Suisse Gessner, il faut ceci vers la fin :

Quelle est cette beauté qui descend de la colline les bras tendus vers moi ?... la peindre... mais non, ce n'est que son fantôme que je vois partout dans la nuit. . . ensuite je vois venir mes amis... énumération comme dans l'original. C'est pour ce morceau que je fais la pièce... Je les vois donc venir. Et avant de les nommer dans l'énumération, je m'interromps : est-ce encore un fantôme ? — Mais non, l'amitié est solide... c'est l'amour qui n'est que songe et feux follets. Bonne pensée d'élégie. Finir par un petit nombre de vers gais et bachiques.

Le fantôme s'exhale et nage et fuit mes yeux. Et se mêle à l'air pur qui roule autour des cieux.

Que sert des tours d'airain tout l'appareil horrible ?

Que servit à Junon cet Argus si terrible,

Ce front, de jalousie armé de toutes parts,

Où veillaient à la fois cent farouches regards ?

Mais quoi que Ton oppose et d'adresse et de force,

Quand nul don, nul appât, nulle mielleuse amorce

Ne pourraient au dragon ravir l'or de ses bois,

£t du triple Cerbère assoupir les abois.

On t'aime ; garde-toi d'abandonner la place,

H faut oser. L'amour favorise l'audace.

Si l'envie à te nuire aiguise tous ses soins, Toi, pour te rendre heureux, tenterais-tu donc moins? Il faut savoir contre eux tourner leurs propres armes ; Attacher leurs soupçons à de fausses alarmes ; Semer toi-même un bruit d'attaque, de danger ; Leur montrer sur ta route un flambeau mensonger. Et tandis que par toi leur prudence égarée Rit, s'applaudit de voir ton attente frustrée. Aveugles, auprès d'eux ils laissent échapper Tes pas, qu'ils défiaient de les pouvoir tromper. Tel, car ainsi que toi c'est l'amour qui les guide, Un fleuve, à pas secrets, des campagnes d'Élide, Seul, au milieu des mers, se fraye un sentier sûr. Parmi les flots salés garde un flot doux et pur. Invisible, d'Enna va chercher le rivage ; Et l'amère Téthys ignore son passage.

Lorsqu'un amant, qui pleure en vain près d'une belle,

La voit à ses rivaux également rebelle.

Il peut souffrir ; il peut, sans honte et sans éclats.

Partager des rigueurs qui ne l'outragent pas.

Mais à d'autres que lui s'il voit qu'elle est unie.

Son infortune alors lui semble ignominie ;

Et dans son cœur blessé gémissent en courroux

L'orgueil, l'amour : tous deux Dieux sombres et jaloux.

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