‹ Œuvres poétiques de André Chénier (volume 2)Chapitre 85 sur 118 · LX VI · texte numérisé non relu

LX VI

Ainsi le }«une amant, seol, loin d^ ses délices^ S'assied sous un mélèze au bord des préapices.

XUVRES POÉTIQUES DE ANDRÉ CHÊNIER 23a

Et là revoit la lettre où, dans un doux ennui,

5a belle amante pleure et ne vit que pour lui.

Il savoure à loisir ces lignes qu'il dévore ;

Il les lit, les relit, et les relit encore,

Baise la feuille aimée et la porte à son cœur.

Tout à coup de ses doigts l'aquilon ravisseur

Vient, l'emporte et s'enfuit. Dieux ! il se lève, il crie.

Il voit par le vallon, par l'air, par la prairie.

Fuir avec ce papier, cher soutien de ses jours.

Son âme et tout lui-même et toutes ses amours.

Il tremble de douleur, de crainte, de colère.

Dans ses yeux égarés roule une larme amère.

Il se jette en aveugle, à le suivre empressé,

Court, saute, vole, et l'œil sur lui toujours fixé.

Franchit torrents, buissons, rochers, pendantes cimes,

Et l'atteint, hors d'haleine, à travers les abîmes.

O peuple des oiseaux I

Qui traversez les airs ou nagez sur les eaux, Vos destins sont heureux. Vous planez sur des ailes. Vos grâces, vos couleurs plaisent aux yeux des belles. Souvent de leurs baisers vous goûtez les douceurs Et la mort elle-même ajoute à vos honneurs ; C'est alors que D'..z.n. voit vos plumes brillantes En un faisceau léger sur la gaze ondoyantes Parer sa belle tête ; et sur ce front charmant Étendre un doux ombrage et flotter mollement.

O joli serin qui es l'ami de ma belle, qui t'agites stii son doigt, qui as toujours ton bec dans sa bouche, qu'elle couvre de baisers, qui te promènes dans ses cheveux e1

5ur son sein, qui apprends à répéter les caresses qu'elle te dit, ô que j'envie ton sort 1 Quand elle te prendra sur son doigt, dis-lui...

Et moi, quand la chaleur, ramenant le repos, Fait descendre, en été, le calme sur les flots, J'aime à venir goûter la fraîcheur du rivage. Et, bien loin des cités, sous un épais feuillage, Ne pensant à rien, libre et serein comme l'air. Rêver seul en silence, et regardant la mer.

El. comm.

Triste chose que l'amour !... pour un moment de plaisir, des siècles de supplices... pourtant ces peines ne sont pas sans plaisir... Ah ! quand cesserai-je d'aimer ?... Oh ! que cette jeune fille que je vois tous les jours est belle. Description... Ah ! malheureux ! j'ai beau fuir l'amour comme un esclave fugitif, ou comme un taureau qui a secoué le joug, ou comme un cheval qui s'est enfui de l'étable... Mais il sait me retrouver, et levant sur moi une branche de myrte dont il me menace en criant, il me donne de Douveaux fers, il soumet ma tête à un nouveau joug, il monte sur moi et me gouverne avec un nouveau frein qu'il rit de me voir mordre...

Mandit sub dentibus aurum...

A l'heure où quelque amant inquiet, agité. Sur sa couche déserte où son amour s'ennuie. Qu'habitent les désirs et la triste insomnie.

Non sans plaisir, de loin, écoute les doux sons Du clavier barbaresque aux nocturnes chansons ; Quand, partout dans Paris, seul, attendant l'aurore, Dans ses pipeaux d'airain, charge utile et sonore, Un vagabond Orphée incline sous le poids. Du vent mélodieux fait résonner la voix...

Il rêve sous les bois ; il les peuple de belles. A ses jeunes chansons il sait donner des ailes. Pour voler, enflammé d'amour et de désirs. Porter à la beauté son âme et ses soupirs.

Ni l'art de Machaon, ni la plante divine. Qui ranime le flanc des biches de Gortine, Ni les chants de Circé qui font pâUr le jour N'ont pouvoir de guérir la blessure d'amour. Des bois américains l'écorce bienfaisante N'éteint pas les accès de cette fièvre ardente. Us redoublent souvent.

Le guerrier Scandinave, effroi du nord barbare, N'osa point regarder la belle Konismare^; Il osait bien marcher d'un œil calme et serein Coatre ies feux tonnants et les bouches d'airain.

, . , . mes plaisirs veulent un peu de gloire. J'aime qu'à votre amour je doive ma victoire. Votre bouche dit non ; votre voix et vos yeux Disent un mot plus doux, et le disent bien mieux. Craignant de vous livrer, craignant de vous défendre, Vous ne m'accordez rien et me laissez tout prendre.

X. Charles XII refusa de voir la belle comtesse de Kœnigsmark.

La molle résistance, aux timides refus,

Est pour un cœur sensible une faveur de plus.

Tune meam potuisti. Prop. (L. II, chap. 25, v. ^).

On ne vit que pour soi ; l'amitié n'est qu'un nom.

Je veux que mon ami soit hors de tout soupçon ;

Mais je vais, tout rempli de mon enchanteresse,

Lui conter mes plaisirs, sa beauté, mon ivresse.

De ces récits d'amour l'éloquente chaleur.

En me disant heureux, a fait tout mon malheur.

Peut-être sur ma foi dévorant ma conquête.

Il vole, en m'accusant, assurer ma défaite.

Me bannir de mon règne, et d'un récit d'amour

Devenir, s'il se peut, le héros à son tour ;

Et, fier de me devoir une si belle proie,

Ma colère fera la moitié de sa joie.

Paris fut ravisseur ; mais les nœuds d'amitié

Au jeune Atride, au moins, ne l'avaient point Ué.

Patrocle à Briséis aurait été rebelle ;

Et Pylade ignorait qu'Hermione fût belle.

Tout change. Il est passé ce temps des vrais amis ;

Et le parjure utile est honnête et permis :

Il se rit de ma honte et de sa perfidie.

Moi seul en mes moissons je soufflai l'incendie ;

Moi -^ul, «n lui vantant mon trésor clande^ttu.

J'ai du voleur nocturne aiguillonné la main.

Souvent de toms les Dieux une Vénus chérie.

Par les décrets jaloux d'un bizarre destin, A reçu dans son Ut quelque absurde Vulcain.

dans les cieux.

D'ambroisie et de fleurs cette pure fontaine,

Où l'année, une fois, mère idolâtre et vaine,

Pour ses trois autres fils moins prodigue en bienfaits,

Trempe de son printemps et la robe et les traits.

Je t'indique le fruit qui m'a rendu malade ;

Je te crie en quel lieu, sous la route, est caché

Un abîme, où déjà mes pas ont trébuché.

D'un mutuel amour combien doux est l'empire !

Heureux, et plus heureux que je ne saurais dhe,

Deux cœurs qui ne font qu'un, dont la vie et l'amour

N'auront, dans un long temps, qu'un même dernier jour

Mais bien peu, qu'ont séduits de si douces chimères.

Ont fui le repentir et les larmes amères.

O poètes amants ! conseillers dangereux,

Qui vantez la douceur des tourments amoureux,

Votre miel déguisait de funestes breuvages ;

Sur les rochers d'Eubée, entourés de naufrages.

Allumant dans la nuit d'infidèles flambeaux.

Vous avez égaré mes crédules vaisseaux.

Mais que dis-je ? vos vers sont tout trempés de larmes.

Ce n'est pas vous qui m'avez perdu... Si je vous avais cru... (traduire.) C'est moi-même ; c'est elle et ses yeux... et sa blancheur... et ses artifices... et ma... et ma...

Ah ! tremble que ton âme à la sienne livrée

Ne s'en puisse arracher sans être déchirée.

Même au sein du bonheur, toujours dans ton esprit

Garde ce qu'autrefois les sages ont écrit :

Une femme est toujours inconstante et fragile.

Et qui pense fixer leur caprice mobile,

Il pense, avec sa main, retenir l'aquilon.

Ou graver sur les flots un durable sillon.

Mais, quelque soin jaloux et vigilant Dont ton amour ait vu sa poursuite éludée. Fuis d'employer jamais ces armes de Médée, Des herbes de Colchos ces philtres embrasés. Sous un sucre menteur ces poisons déguisés. Qui, lui soufflant un feu mécanique et rapide. Offusquent sa raison d'un nuage perfide. Victoire fausse et lâche, indigne et vil détour Que l'orgueil désavoue encor plus que l'amour ! Quelle gloire en effet, quel plaisir, quand on aime. De tenir une belle absente d'elle-même, Qui, ne voyant plus rien, livre sans le savoir Un cœur que tyrannise un aveugle pouvoir ? N'est-ce pas avouer que ton mérite habile Craignait, pour se montrer, un œil libre et tranquille Et que tu n'eus jamais cet aimable poison Qui sait si doucement enivrer la raison ? Certes, quand une belle en mes bras s'abandonne. Je veux qu'elle reçoive un baiser que je donne : Que le sien y réponde, et, soumise à ma loi, Qu'elle soit elle-même et sente que c'est moL

Ou ton projet sera la toile fugitive De cette Pénélope, assiégée et captive.

3ui, d'Ulysse, en secret, implorant le retour, Va défaire la nuit son ouvrage du jour.

Seul dans la forêt, le solitaire est à moraliser... ceci et :ela... tout à coup il entend un cheval accourir au galop. [1 regarde... 11 aperçoit un visage charmant. Cheveux flottants, etc.. assise sur son cheval et tenant un pomaieau de selle avec sa main. Il s'élance sur la route. Le :oursier s'arrête. Le bel ange pâlit et bégaye, dit : — Étranger, hôte de la forêt, pardonne ; ne me fais point 3e mal. — Il se précipite vers elle ; il embrasse ses genoux. — Moi te faire du mal, bel ange ! ne crains point, ^ue la sérénité revienne sur ton front enfantin. Seul ici, le t'ai entendue venir. J'ai vu ton beau visage, ta jolie taille... Il s'interrompt. Il embrasse le coursier, il le baise. D heureux coursier, qui portes ce bel ange, aies-eu bien soin, sois bien doux, obéis à sa pensée ; garde bien d'avoir un trot dur qui blesserait, qui meurtrirait ses membres délicats. Oh ! que ne suis-je aussi heureux que toi ! que Q 'est-ce moi qui porte une charge si belle î Elle sourit alors, pressa son coursier et s'éloigna. Mais il la suivit et fut pour jamais son esclave. Car cette seule vue lui avait imposé un frein pour le guider au gré de la belle errante, et avait mis en de si belles mains les rênes de son cœur.

Jeune vierge à l'œil doux, à la voix douce et tendre, Tu fuis, tu ne sais pas, tu ne veux point entendre Que de tes yeux charmants la grâce et la douceur Ont remis dans ta main les rênes de mon cœur.

MAKSEILLK

O beautés de Marseille,. . vous ave* «ne tournure vive *t attrayante... vos cheveux.. 4 vx;>s yeux aoirs et... ont des

regards bien doux. Heureux qui peut vivre près de vous... Marseille est une ville... dans son port tout hérisse d une forêt de mâts, on trouve le Musulman. 1 Indien, etc.. Marseille est tout l'univers... elle a toujours ete florissante unissant le commerce aux sciences et à la guerre... ?vthéa^... depuis l'Ibérie jusqu'à la Ligurie. pl^^^eurs opulentes cités la reconnaissent pour mère... fille dea Phocéens, amie de Rome, rivale de Carthage. elle a été l'Athènes gauloise... Tel est le destin que lui promit le vieux Protéelorsque...les Phocéens sortantdeleur pays...

Us mettent à la voile... Leur serment... Protée s'élève sur la mer et leur prédit... ic'est ici qu'il faut mettre ce que dessus), ils arrivent. Pendant que le roi de cette côte préparait le festin nuptial pour sa fille... Cette belle les avait vus arriver ; ... elle avait dit à sa nourrice : O que cet étranger est beau 1... H n'a point l'air sauvage de nos Gaulois... La douceur et la fierté sont sur son visage Le héros grec est invité au festin... Elle entre, la Mie barbare. Suivant l'usage on lui donne la coupe... Celui à oui elle la présentera sera son époux... Elle tourne... et rougissant et baissant les yeux, elle présente au héros grec la coupe nuptiale...

Et malgré les fureurs de la horde rivale.

Le héros... boit la coupe nuptiale.

Salut, ô ville grecque, honneur du nom français ;

Toi par qui, dans l'horreur de nos vieilles forêts,

Du cruel Tentâtes le prêtre sanguinaire

Entendit les doux sons de la langue d'Homère ;

Oui, disciple à la fois de Minerve et de Mars,

Fis couler sur nos bords l'opulence et les arts,

Et, de nos durs aïeux polissant la rudesse.

Sur des rochers gaulois sus transplanter U Grèce.

La Seine en sortant de Paxis,

Voit près du Champ de Mars les fils de nos guerriers Étudier l'art

Et près d'eux vivre sous un dôme

Tous nos braves soldats sous les armes vieillis, De blessures et d'âge et d'honneurs affaiblis : Saints temples où repose une mâle vieillesse, Près des murs d'où s'élance une mâle jeunesse.

O bois de Vincennes !... bois de Boulogne î... ne tresfaillez-vous point d'allégresse, lorsque, sous vos ombrages fleuris, une belle, la tête couverte d'un chapeau de plumes, galope sur un cheval ?

Des monts du Beaujolais aspect délicieux Quand l'Azergue limpide, enfant de ces beaux lieux. Descendant sur les prés et la côte vineuse. Vient grossir de ses eaux la Saône limoneuse.

Peindre Nice... cette ville où les étrangers... les oranges... etc. Finir en imitant légèrement le sonnet de JPètrarque, umoresi il vecchiarel . . . et dire : J'examine avec soin tous les visages pour voir si je trouverai sur quelqu'un d'eux quelqu'un de vos traits.

fl4t ÉLÉGIES

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