ÉLOGE DE LA YIEILLESSS
0 délices d'amour I et toi, molle paresse.
Vous aurez donc usé mon oisive jeunesse !
Les belles sont partout. Pour chercher les beaux-arts,
Des Alpes vainement j'ai franchi les remparts;
Rome d'amours en foule assiège mon asile.
Sage vieillesse, accours. O Déesse tranquille^
De ma jeune saison éteins ces feux brûlants, Sage vieillesse 1 Heureux qui, dès ses premiers ans, A senti de son sang, dans ses veines stagnantes, Couler d'un pas égal les ondes languissantes ; Dont les désirs jamais n'ont troublé la raison ; Pour qui des yeux n'ont point de suave poison ; A.U sein de qui, jamais, une absente perdue N'a laissé l'aiguillon d'une trop belle vue ; gui, s'il regarde et loue un front si gracieux, Ne le v<Mt plus, sitôt qu'il n'est plus sous ses yeux ! Doux et cruels tyrans, brillantes héroïnes. Femmes, de ma mémoire habitantes divines, Fantômes enchanteurs, cessez de m 'égarer. 0 mon cœur ! ô mes sens ! laissez-moi respirer. Laissez-moi, dans la paix de l'ombre solitaire, Travailler à loisir quelque œuvre noble et fière Qui, sur Tamas des temps propre à se maintenir, Me recommande aux yeux des âges à venir. Mais non ! j'implore en vain un repos favorable ; Je t'appartiens, amour, amour inexorable ; Et tu ne permets pas à ton esclave amant De pouvoir, loin de toi, se distraire un moment !
Eh bien! allons, conduis-moi aux pieds de... je n© refuse aucun esclavage... Conduis-moi vers elle, puisque c'est elle que tu m.e rappelles toujours... Allons, suivons les fureurs de l'âge... mais puisse- t-il passer vite... puisse venir la vieillesse !... la vieillesse seule est heureuse (contredire pied à pied l'élégie contre la vieillesse), le vieillard le promène à la campagne, se livre à des goûts innocents, étudie sans que les vaines fureurs d'Apollon le fatiguent... les soins de la propreté, une vie innocente font fieurir la santé sur son visage. S'il devient amoureux d'une jeune belle.
Il a le bien d'aimer sans en avoir les peines f Il n'en exige rien, il ne veut que l'aimer.
Elle y consent... tout le monde le sait. . . elle le permet.».
et n'en fait point mystère,
Et ne le reçoit point avec un œil sévère.
N'affecte point de rire en le voyant pleurer.
Ne met point son étude à le désespérer.
Non. Il entre, elle accourt. Une aimable indulgence
Sourit dans ses beaux yeux au vieillard qui s'avance.
Il l'embrasse. Il n'a point ces suprêmes plaisirs
Dont son âge paisible ignore les désirs.
Il est assis près d'elle
Il la voit... elle livre ses bras à ses baisers,
A ses débiles mains laisse presser ses flancs, Et le caresse et joue avec ses cheveux blancs.
Les petits garçons et les petites filles qui jouent sautent de joie en l'entendant venir. Il les baise, il se mêle avec eux, il fait la paix, il est l'arbitre de leurs jeux. Quand il y a une belle partie à la promenade, à l'ombre, on l'attend, on lui garde la meilleure place.
Au sein de ses amis il éteint son flambeau.
Et ceux qui l'ont connu pleurent sur son tombeau.
ÉLÉGIE ITALIENNE
O c'est toi ! Je t'attends, ô ma belle Romaine. Chez toi, dans cet asile où le soir nous ramène
Seul je mourais d'attendre et tu ne venais pas. Mon cœur en palpitant a reconnu tes pas.
Cette molle ottomane
Ces glaces, tant de fois belles de ta présence.
Ces coussins odorants, d'aromates remplis.
Sous tes membres divins tant de fois amollis,
Ces franges en festons, que tes mains ont touchées.
Ces fleurs dans ces cristaux par toi-même attachées.
L'air du soir si suave à la fin d'un beau jour,
Tout embrasait mon sang : tout mon sang est amour.
Non, plus de feux jamais, non, jamais plus d'ivresses
N'ont chatouillé ce cœur affamé de caresses.
Je veux rassasier cet amour indompté
De la nudité... qui seule est la beauté.
Je veux que sur mon sein et plus qu'à demi nue.
Tu repaisses mes sens d'une si belle vue.
Viens encore opposer à mes brûlants transports
De tes bras envieux la lutte et les efforts.
Ou ton ordre... ou ta douce prière.
Ou du lin ennemi la jalouse barrière.
Mes bras, plus que les tiens agiles et pressants.
Forceront le rempart, de tes bras impuissants.
Mes baisers, sur ta bouche ou timiil ' oa colère.
Repousseront ton ordre ou ta douce prière.
Robe, lin, ces gardiens de tes charmes si beaux.
Sous mes fougueuses mains voleront en lambeaux.
A ma victoire alors tout entière livrée.
Il faudra bien céder à te voir adorée.
Lorsque pour se couvrir enfin, tous tes appas
N'auront que mes fureurs et ma bouche et mes bras.
ÉLÉGIE ITALIENNE
Fin.
Allez, mes vers, allez ; je me confie en vous ; Allez fléchir son cœur, désarmer son courroux ; Suppliez, gémisssez, implorez sa clémence, Tant qu'elle vous admette enfin à sa présence. Entrez ; à ses genoux prosternez vos douleurs, Le deuil peint sur le front, abattus, tout en pleurs. Et ne revoyez point mon seuil triste et farouche Que vous ne m'apportiez un pardon de sa bouche.
ÉLÉGIE ITALIENNE
Tel j'étais autrefois et tel je suis encor. Quand ma main imprudente a tari mon trésor. Ou la nuit, accourant au sortir de la table. Si Laure m'a fermé le seuil inexorable. Je regagne mon toit... Là, lecteur studieux, Content et sans désirs, je rends grâces aux Dieux. Je crie : 0 soins de l'homme, inquiétudes vaines ! Oh ! que de vide, hélas ! dans les choses humaines ! Faut-il ainsi poursuivre, au hasard emportés, Et l'argent et l'amour, aveugles déités ! Mais si Plut us revient, de son onde dorée. Conduire dans mes mains quelaue veine égarée :
A mes gestes, du fond de son appartement, Si ma blanche voisine a souri mollement, Adieu les grands discours, et le volume antique. Et le sage Lycée, et l'auguste Portique ; Et reviennent en foule et soupirs et billets. Soins de plaire, parfums, et fêtes et banquets, Et longs regards d'amour et molles élégies. Et jusques au matin amoureuses orgies.
ÉLÉGIE ITALIENNE
O belle (son nom, pas le véritable,... tu crains... tu penses, dis-tu, qu'un poète est méchant... caustique... Détrompe-toi de cette erreur. Non, le jeune poète est doux, innocent... l'enfant des neuf sœurs (peinture romantique) tout entier aux muses et aux belles, il ne songe point à nuire, ni mêm« à se défendre de ceux qui veulent lui nuire.
Il n'aime que Tamour : l'amour et les beaux-arts.
En lisant les poètes antiques, il voit, il poursuit, il tient ces belles héroïnes qui exercèrent
D'Apelle et de Zeuxis les suaves pinceaux. Ràpha: l et David, sur leurs toiles savantes. Offrent à ses désirs vingt maîtresses vivantes.
Quand il voit passer des belles, il les poursuit des yeux, il veut celle-ci, celle-là, il les veut toutes. En vain leurs vêtements... sous la gaze et la soie, il devine les charmes..*
D'un l'anc voluptueux lagilité mobile.
Porté sur son imagination aux ailes de feu, il s'élance, il pénètre jusqu'aux plus secrets appas. Souvent sur les ailes de la pensée, il vole, il ?*êgare... Il va dans l'Orient ; il perce les IWUTS des harems... Il règne... Il appelle une beauté que le Phase a fait naître la plus belle des mortelles.
Elle avance, elle hésite, elle traîne ses pas.
Grande, blanche. Sa tête, aux attraits délicats.
Est penchée. Elle rit ; mais à demi troublée.
D'un léger vêtement couverte et non voilée.
Le Gange a filé Tor qui de ses noirs cheveux
I)an3 un réseau de soie emprisonne les nœuds.
Golconde, à pleines mains, sur sa riche ceijature
A jeté le rubis et l'émeraude pure ;
Cercle étroit et facile où ses flancs sont pressés,
Dans leur souplesse molle avec grâce élancés.
Le diamant en feu, lumineuse merveille,
Presse son doigt de rose et pend à son oreille.
Son beau sein, éclatant de jeunesse et d'amour,
Et s'élève et repousse un précieux contour
De perles dont Ceylan voit son onde si vaine.
Et de perles encor serpente une autre chaîne
Sur ses bras nus, divins, dont les yeux sont charmés.
Qu'avec un soin d'amour la nature a formés.
Assise auprès de lui, ses yeux, pleins de son âme.
Nagent dans les langueurs d'une amoureuse flamme,
Et sa voix sur un luth, voluptueux accents.
Lui soupire en chanson la langue des Persans.
Voilà comme l'enfant des neuf sœurs, affamé d'amour, se livre à ses rêveries innocentes et va se chercher des Huantes lointaines... et s'il rencontre une belle (le nom
du commencement) qui surpasse les beautés que son imagination lui a formées, et que cette belle veuille do lui, il l'aime, il l'aime, il ne voit plus qu'elle.
Et l'amour n'a point mis aux genoux d'une belle D'esclave plus soumis, ni d'amant plus fidèle.
ÉLÉGIE ITALIENNE
On pourrait imiter l'élégie de Properce : Quarts cur ventant iibi tardior ? de cette manière :
Je suis venu tard ; j'ai été arrêté à voir des statues, des tableaux sur mon chemin... longues descriptions... et enfin telle femme, telle beauté peinte par tel peintre t'a rappelée à moi et je suis accouru.
ÉLÉGIE ITALIENNE
Au sommet de la montagne je découvre à mes pieds la belle Italie :
Salut, terre où Saturne a trouvé le repos. Mère de l'abondance et mère des héros ! Salut, Dieux paternels d'une terre sacrée ! O Romulus ! et toi, Vesta, reine adorée ! Toi qui tiens sous ta garde, en tes asiles saints, £t le Tibre toscan et les palais romains.
ÉLÉGIE ORIENTALE
Salut, Dieux de l'Euxin, Hellé, Sestos, Abyde, Et nymphe du Bosphore, et nymphe Propontide, Qui voyez aujourd'hui du barbare Osmanlin Le croissant oppresseur toucher à son déclin ; Hèbre, Pangée, Hœmus, et Rhodope et Riphée ; Salut, Thrace, ma mère, et la mère d'Orphée, Galata, que mes yeux désiraient dès longtemps ; Car c'est là qu'une Grecque en son jeune printemps. Belle, au lit d'un époux nourrisson de la France, Me fit naître Français dans le sein de Byzanoe.