‹ Œuvres poétiques de André ChénierChapitre 57 sur 88 · PREMIÈRES POÉSIES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES POÉSIES

IMITATION D'HOMÈRB

(Iliade, livre VI, 9. 473 J

Le beau Xanthus succombe et rend avec effort Son âme en flots de sang sur la terre épandue. Du mont Ida jadis au Xanthe descendue, Sa mère mit au jour ce tendre nourrisson ; Le Xanthe le vit naître, et lui donna son nom. Il expire loin d'elle, et sa reconnaissance Ne paiera pas les soins que coûta son enfance ; Faible, à peine allumé, le flambeau de ses jours S'éteint : dompté d'Ajax, le guerrier sans secou» Tombe, un sommeil de fer accable sa paupière. Et son corps palpitant roule sur la poussière.

(Octobre z77tK IMITATION DE VIRGILE

(VIII* Eglogue.)

Hâte-toi, Lucifer, que ta marche trop lente Nous ramène du jour la clarté bienfaisante. Trahi d'une perfide indigne de mes soins, Dieux, quoique de son crime inutiles témoins, C'est cependant à vous qu'à mon heure dernière Je viens contre l'ingrate adresser ma prière. Amour, tu me fus cher entre les immortels ; De roses mille fois décorant tes autels.

ŒUVRES POÊ'^IQUES DE ANDRÉ CHÊNIER 29a

Et couronnant ton front de pieuses guirlandes,

A tes pieds j'épandis mes plus belles offrandes.

Que Mopsus, s'il le peut, t'en vienne dire autant.

Ta faveur m'était due ; une ingrate pourtant

Goûte avec ce perfide une infidèle joie ;

A des bras étrangers ses charmes sont en proie.

Nise unie à Mopsus ! pour quels vœux désormais.

Amans, pourriez-vous craindre un funeste succès ?

Bientôt au noir corbeau s'unira l'hirondelle ;

Bientôt à ses amours la colombe infidèle

Loin du nid conjugal portera sans effroi

Au farouche épervier et son cœur et sa foi.

O de ton digne époux, de Mopsus digne épouse.

C'est ainsi qu'autrefois, quand ma flûte jalousCi

Pleurant, te reprochait ton ingrate rigueur,

Fière et d'un rire amer tu déchirais mon cœur.

Tu raillais ma pâleur et ma langue glacée.

Mes cheveux négligés, ma barbe hérissée ;

Et moi faible, crédule, impuissant de mes feux,

Tu m'étais chère encore et possédais mes vœux...

Ah ! je connais l'amour ; son enfance cruelle

D'une affreuse lionne a sucé la mamelle ;

Et depuis, n'inspirant que troubles et malheur»

Sa rage ne se plaît qu'à nager dans les pleurs.

Dans le sang de ses fils, par l'amour égarée.

Une mère trempa sa main dénaturée.

Mère, tu fus impie, et l'amour inhumain.

Qui d'elle ou de l'amour eut plus de barbarie ?

L'amour fut inhumain ; mère, tu fus impie !

(lo octobre 1778).

Dix ans plus tard, rautcur, relisant cette petite pièce faite au collège, écrivait au bas : « J'avais seize ans. Il y a quelques bons vers. • (G, di ChénierJ

Quand à peine CJothon, mère des destinées, A mes trois lustres pleins ajoute quatre années, Mon cœur s'ouvre avec joie à l'espoir glorieux De chanter à la fois les belles et les Dieux. Né citoyen du Pinde, et citoyen de Cnide, Avide de plaisirs, et de louange avide. Aux antres d' Apollon pontife initié.

Aux banquets de Vénus convive associé.

Au temple de Paphos, sur la lyre d'Orphée, Mes chants vont à Vénus consacrer un trophée. Peuple, sur nos climats le printemps couronné A fait luire son front de roses couronné. Ses yeux de la Déesse ont ranimé l'empire ; Connaissez son génie aux feux qu'elle m'inspire. Tant que la lyre d'or va chanter sous mes doigts. D'un silence sacré favorisez ma voix.

(Quant au profane qui en troublerait les chants)

Que jamais la beauté ne daigne lui sourire ;

qu'il meure, qu'il expire.

Sans que Délie en pleurs

Veuille arrêter son âme ou partir avec lui

Sans que ..

Sans que pâle et mourante elle suive son deuil ; Sans que le voyageur pleure sur son cercueil Et souhaite, en quittant cette terre étrangère. Qu'à ses mânes heureux la tombe soit légère.

Ah î quand presque en naissant, hier presque mon cœur Se nourrissait au loin d'un avenir flatteur ;

Quand le charme qui suit les premières années Ne m'offrait devant moi que belles destinées ; A uré de mes Dieux, quand mes jeunes projets Me promettaient un nom, des plaisirs, des succès.

Au sein de mes amis une vieillesse heureuse :

Ah ! je ne pensais pas, faible et naissant flambeau.

Sitôt m'aller éteindre en un obscur tombeau.

De maux prématurés la foule qui m'assiège

Méconnaît de mes ans le faible privilège ;

Et je vivrais aux pleurs, aux tourments condamné,

Esclave volontaire à la vie enchaîné.

Pour maudire mon sort, mes douleurs, ma faiblesse.

Pour traîner à vingt ans une infirme vieillesse

Dans mes reins agités quand des sables brûlants

S'ouvrent un dur passage et déchirent mes flancs

Il vaut mieux n'être pas que d'être misérable.

Finir par plusieurs pensées mélancoliques et un peu sombres, et enfin par ce mot ancien que le premier bonheur est de ne pas naître, et le second..., etc

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