‹ Œuvres poétiques de Courval SonnetChapitre 17 sur 30 · PERVERS ECCLESIASTIQUES · texte numérisé non relu

PERVERS ECCLESIASTIQUES

»usE, qui des abus as tant d'expérience, • Dymoy, qui te retient si long-temps en silence ? ' As-tu point de suject assez pour composer? Tudis qu'on atout dit, quUl se faut reposer, Et que trop d'escrivains, tiercelets d'ignorance, Empeschent maintenant nos imprimeurs de France D'un tas de poèmes vains : si qu'il est plus d'autheurs Et de po'étes nouveaux qu'un printemps n'a de fleurs. Sumatre ne produit tant d'elephans ensemble. Et tant de renards blancs no'stre nouvelle Zemble, Le Nil de cocodrils, la Perse de chevaux, Calicut de Guenons, Cuzibet de chameaux, L'Egypte de dragons, d'harpyes Bithynie, L'Inde de perroquets, de tygres l'Hircanie,

L'Afrique de lyons et de monstres divers, Comme la France fait de composeurs de vers. Ils courent par my nous, 6 choses bien estranges! Plus espoix que ne font les mouches en vendanges. Que d'intiîulemens, bizarrement conceus, Aux frons de leurs escrits par la France receus !

L'un s'intitulera le Severe Aristarque, Qui d'ongles et de bec grands et petits attaque.

L'autre, plus retenu ou moins passionné, S'intitule, plaintif : l'Amant abandonné.

Maisles tiltres qu' onvoid plus communs aux portiques Des escrits mesurez sont œuvres poétiques; Ou, pour suyvre du temps le plus fluide cours, Ils ne leur donneront que le tiltre d'Amours : Les Amours de Chris, de Laure, et Doralice, De Mélisse, Isabelle, Alphandre, et Cleonice; Les Doux embrassemens d'Angélique et Medor, Les Plaintes de Daphnis, les Soupirs d'Almedor, Les Feintes passions de Philinte bergère, D'Aminte et Cloridan la fable boscagere, Les Funestes amours de Sylvain et Phyllis, La Constance d'Arlin, la Foy d'Amarillis, Le Triste desespoir de la belle Christée, La Fiere cruauté du perfide Aristée, Les Espines d'amour, d'Amathonte les fleurs. Et mille tiltres vains qu'inventent les autheurs.

Je diray sans flatter que rien tant ne me fasche

DES PERVERS ECC L E SI A ST I QjJ ES. 2^

Que ces lascifs autheurs, dont la muse est si laschc.

L'un, tout brnslé d'amour, sèmera par ses vers Son amoureux venin par ce large univers;

L'autre, passionné, lubrique et sans cervelle, R.end par ses vers lascifs sa muse maquerelle, Qui pourrait mettre au trot, d'amoureuse action, Le plus chaste Hypolite, ou froid Melanion Dedans sa solitude, ou quelque anachorette Reclus et retiré dans la grotte secrette De quelque obscur désert; muse qui flescliiroit L'hermite le plus sainct, et le desbaucheroit. Lisant les vers lascifs d'une muse lubrique. Il n'y a mysantrope et refroigné cynique Qui ne s'en trouve esmeu; si austère Fueillant, Capucin si dévot, qu'elle n'aille esbranlant.

L'un, dont l'esprit quinteux en ses pensers s'esgare, S'efforçant d'imiter les poètes de Megare, Ne sçachant où sa verve et sa quinte affiler, Bastira, phrenetiq, des chimères en l'air, Et, folastre, insensé, lunatique et sauvage, D'un tiltre chimeriq inscrira son ouvrage.

Cet autre enrichira le front de ses discours De quelques vieux romans, ou palladins d'amours, D'Urgand, Roger, Roland, Bradamante ou Armide; Amours adventureux de la belle Floride, Les Amoureux combats du vaillant Rodomont, Ou les Tristes souspirs du plaintif Lysimont.

Quelejue mordant bavard, avorton de tripière, De sa muse fera un banc de harengere Des Halles, Petit-Pont, ou la place Maubert : Qui fait leçon d'injure en tient collège ouvert.

L'autre, suyvant l'erreur du siècle fantastique, Sans doctrine rendra sa muse une boutique Pleine de mots dorez, propres à ces muguets, Ces courtisans frisez, ces mignons perroquets, Ces damerets musquez, qui courtisent le Louvre, Dont le fardé babil la vanité descouvre. Car la gloire et le prix des vanteurs courtisans, C est farder leurs discours par des mots complaisans; Parquoy les vers du temps ils tiennent comme oracles, Et les mots bien peignez leur semblent des miracles. Aussi pour leur complaire on void plusieurs autheurs Leur stile ravaler, pour se rendre flateurs; Et, pour trop rechercher les disertes paroles. Ils descharnenî leurs vers, et en font des idoles. Sans muscles, sang et nerfs : abus où je pretens Censurer la pluspart des poètes de ce tens. Qui se mirent contens en leur vaine fluide. Sans ombrager leurs vers de doctrine solide Pour leur donner le lustre, ainsi qu'aux beaux pourtraicts Qui sans ombre et relief ne sont jamais parfaicts. On tient pourtant en cour leur muse souveraine. Et fait-on un dieu sainct d'une idolle si vaine : Tant ce siècle, abusé de populaire erreur,

Page 1