‹ Œuvres poétiques de Courval SonnetChapitre 26 sur 30 · CONTRE · texte numérisé non relu

CONTRE

VULGAIREMENT APPELLEZ CUSTODINOS ET CONFIDENTERES.

' HERE Muse, imitons deVulcain les Cyclopes LesBrontes, Pyragmons et enfumez Ster opes, ' Et forgeons en fureur un foudre estincelant, ■ Nond' acier retrempé, mais d'un ancre sanglant, Ce papier servira d'une enclume très-dure, Les plumes de marteaux, pour former la figure De ce foudre grondant, pour le faire esclatter Sur les custodinos, qu'on void alimenter Et nourir au berceau le sacrilège infâme. Qu'exercent les seigneurs, au péril de leur ame, Et plusieurs gens de cour, marchands et officiers,

6o SATYRE TROISIESME.

Flateurs, coupe-jareîs, maquereauXy couratiers, Qui jouyssent à tort du bien de saincîe Eglise, Par la subvention, caballe et entremise De ces custodinos et maudits apostats, Qui guident la gallere et servent de forçats Aux layques patrons, qui, comme vrays pyrattes Et escumeurs de mer, accrochent de leurs pattes Le bateau de l'Eglise, afin de le piller. Et la graisse et le sang du Crucifix voler. Bref, aux biens de l'autel ils font cruelle guerre. Et saccagent, hardis, le vaisseau de sainct Pierre, Que chacun à son tour s'efforce d'escumer, Sur les ondes flottant d'une envieuse mer, Battu de vents divers, tantost des hérétiques Pour le spirituel, et tantost des layques Pour usurper ses biens; mais de ces divers vens Nul ne l'afflige tant que les faux confidens. Qui devraient conserver cette saincte nacelle, Ainsi que vrays patrons et pilotes d'icelle. Au contraire l'on void ces traistres nautonniers Livrer ce sainct vaisseau aux layques guerriers. Nobles et roturiers, dames et damoiselles. Tant ces custodinos se monstrent infidelles. Poltrons desnaturez, trahissans laschement Eux-mesmes le vaisseau de leur embarquement. Pour le livrer es mains des layques corsaires. Esclaves se rendans de leurs volontez fieres.

CONTRE LES GARDES DISMES. 6l

Bref, ils sont artisans de leurs propres mal-heurs, Aymans mieux pour trahir devenir serviteurs, Et se rendre forçats des layques avares, S'esclaver soubs les loix des comités barbares, Pour guider le vaisseau et le sainct gallion De l'Eglise de Dieu, soubs la dévotion Et le joug îyranniq de ces grands sacrilèges, Supporter l'escourgée et la rigueur des verges De ces comités fiers, qu'eux-mesmes commander Dans la nef de l'Eglise et patrons la guider. Mais eux seuls ont donné aux layques entrée. Et trahy sans respect la gallere sacrée, A ces coupe-jarets et fendeurs de nazeaux. Ces vanteurs, rodomons et flateurs maquereaux, Ces bouffons esventez et ces bailleurs de bayes. Lesquels ont maintenant nos plus riches abbayes. Cures et eveschez, à leur discrétion, Profanans ces saincts lieux pleins de dévotion. Où tout est perverty : eveschez sans chanoines, Abbaye sans abbé et bien souvent sans moines. Ou bien en petit nombre, encore mal nourris ; Car tout le revenu retourne à ces chéris De Bellonne et Cypris, qui auront d'aventure Quelque beste arcadique ou cheval de voiture Pour leur servir d'abbé et de custodinos. Pourveu qu'il soit sçavant à bien vuider les pots. Qu'il soit sale et vilain et plus ord qu'une huppe,

Qu^il veste pour soutane une meschante juppe, Pour robbe un court manteau tout desiaint et pelé, Drappé jusqu'à la corde, aux bords tout effilé, Pour se faire en abbé très-grave recognoistre ; Qu'une cuisine soit son plus austère cloistre, Pour resveille-matin des plats le son plaisant, Son missel un Rablays, et sa Bible un romant; Qu'il passe à son lever, en vrai goinfre satrape, Du châlit au tréteau, du linceul à la nappe; Qu'il soit bon sibillot et ruzé dariollet ; Qu'il sçache finement présenter le poulet; Qu'il remarque, subtil, sans horloge et sans cloches, Au carillon des plats, des poésies et des broches. Quelle heure il est du jour; il sera trop sçavant Pour un cnstodinos, un maroufle gourmant^ Un bossu jacquemard et estallon d'abbaye, Un faquin de tournoy, un cassé morte-paye, Un Pierre du Coignet, insensé marmouset, Insensible pasquin, idolle de creuset.

Baste ! pourveu qu'il ait assez d'expérience Pour faire aux grands porter trois brins de patience, En beau chant de coucou, il sera grand prélat, Un révérend abbé, un vaillant torche-plat. Un digne marmiton, estallon de cuisine, Qui laissera tomber quelquefois en ruine Les maisons de l'abbaye, ou l'église déchoir; Car le gryphon d'abbé peu souvent la vient voir :

Tel estallon de cour a bien d'autres ententes, C'est assez d'en cueillir par chacun an les renies, Afin d'entretenir son train et ses chevaux, Tapisser son carosse et meubler ses chasteaux, Se souciant bien peu de reparer l'église, Qu'en maudit sacrilège il pille et dévalise.

Helas! c'est bien tromper la saincte intention Des pieux fondateurs, cfui, pleins d'affection Au service de Dieu et bruslans d'un sainct zèle De la religion et service d'icelle, Avoient donné leurs biens pour fonder ces saints lieux, Destinez pour nourrir de bons religieux, Non pour entretenir de cour ces grands colosses, Leurschiens,chevaux,oyseaux, pages, laquais, carosses.

Ces saincts et sacrez lieux n'avoient esté fondez Pour maintenir le train des courtisans fardez Et faire piaffer leurs putains et bardaches, Flateurs et maquereaux, propres à tels bravaches, Qui n'ont point d'autre dieu que leur lubricité, Nourrie, à quel mal-heur î du laid de saincteté.

Si aux abbayes on void arriver tel desordre, il ne faut pas penser trouver un meilleur ordre Aux riches eveschez, cures et prieurez.

0 que les sacremens sont bien administrez Par ces foudres de Mars, ces evesques sans mitre, Sans crossesxes abbez et ces curez sans tiltre, Ces Caucazes d'orgueil, ces furieux Rolans,

Ces querelkux mutins, ces chevaliers errans! Tous ces grands avaleurs de charetes ferrées. Ces corsaires cruels, ces geans Briarées, Ces renieurs de Dieu qui menassent les deux, Et qui croient qu'on les doit adorer comme dieux; Curez à courte rohbe, evesques à casaque, Qui pour crosse ont l'espée, et pour mitre le casque, Et pour rocquet plissé le corcelet doré, Pour chappe sur le dos un manteau chamarré D'un superbe clinquant sur très-fine escarlatte, Doublé de toille d'or qui par la rué esclatte. Ainsi sera vestu ce grand prélat guerrier. Cet evesque de cour, qui se fait charier Au Louvre et au palais plus souvent qu'à Peglise, Ou bien chez les seigneurs et dames qu'il courtise. Qu'il fait beau voir ces gens jouyr des eveschez. Et, l'espée au costé, remettre les péchez, Prescher, monter en chaire avecques la cuirasse. Comme sur un espron, boulevard, ou terrasse, Où ils ont de coustume animer leurs soldats Et les encourager aux bresches et combats. D'un discours martial, tout brusque et soldatesque. Plus propre à un guerrier qu'à un sçavant evesque, Dont les graves discours, remplis de majesté. Ne doivent respirer que toute saincteté, Puisez au cours sacré de la saincte EsQÛture, Saincteté qui répugne à la fiere nature

D'un bravache guerrier, plus propre à gouverner Des soldats qu'à l'église un peuple endoctriner! Rien ne se peut donc voir si estrange et horrible Qu'un capitaine armé interpréter la Bible.

On en peut dire autant des layques curez, Lesquels sont de leurs sens tellement esgarez Qu'ils auraient, que je croy, assez d'eponterie De monter en la chaire avec leur broderie, Et, la rondache au poing, de pied en cap armez. Enseigner leur trouppeau en pasteurs reformez, Et, comme dit quelqu'un, prescher à main armée Un Christ empistolé, tout noircy de fumée Et assourdy du bruit des tambours et clairons. Et du son estonnant des foudroyans canons.

Et puis qu'ils sont curez et jouyssent des dismes, Ils doivent, en pasteurs fidelles et intimes, R.epaistre leur troupeau des divins sacremens, Chanter messe et vestir les sacrez ornemens, L'emit, l'aube et phanon, le chasuble et l'estolle, Dont se sert à l'autel le prestre benevolle. Mais qu'il feroit beau voir dessus un corcelet Un blanchissant émit, ou l'estolle au collet D'un colonel d'armée ou vaillant capitaine! Mais ils ne prennent pas maintenant tant de peine D'exercer en pasteurs ces devoirs chrestiens : Pourveu qu'ils ayent la gerbe à nourrir des chiens, Chevaux et serviteurs, ils ne se soucient gueres

Du service de Dieu; ils ont cV autres affaires

Que de prendre le soin d'y mettre des pasteurs^

Gens de bien, vertueux et bons prédicateurs.

Ils se contenteront de leurs confidentaires,

Qui à peine sçanront lire dans leurs bréviaires ,

Ils en sçavent assez pour conserver le grain

A messieurs les patrons , s'ils chantent au leltrain.

Abus inveîerez, pernicieux exemples! Ainsi en plusieurs lieux les saincts et sacrez temples Sont privez de pasteurs capables de presclier, De prestres, d'ornemens, qu'il faut ailleurs chercher, Lors qu'il faut célébrer le tres-divin service Et offrir au grand Dieu l'éternel sacrifice : Car tout le revenu, combien qu'il soit très-grand , Tourne tout au profit du seigneur jouyssant. Duquel il entretient son superbe équipage. Les sots Custodinos n'ont rien que le verdage Outre leur pension; il ne reste donc rien Pour reparer l'église et pour son entretien : Si bien qu'on void souvent les églises désertes Tomber presque en ruine, aux clochers descouveries. Pour tapis qui devroient estre aux parois pendans, On ne trouve à l'entour, tant dehors que dedans , Qu'un grand nombre d'appuys, estançons et tenailles, Pour maintenir sur pieds leurs penchantes murailles. Qu'on reconnoist à l'œil se perdre et dépérir, Faute de les avoir un peu fait recouvrir.

Mais ceux-là qui devraient en bon estât les rendre En tirent le profit sans vouloir rien despendre Pour les entretenir en réparation; Ce qui cause leur cheute et leur perdition.

Helas! combien void-on de temples authentiques , D'abbayes, prieurez, jadis si magnifiques , Tomber en décadence, et presque ruinez, Pour estre, à leur mal-heur, régis et gouvernez Par layques seigneurs, tous bouffis d'arrogance , Lesquels, ayant tiré toute la quintessence Et la graisse et le suc d'abbayes, prieurez, Se monstrent si pervers et si desnaturez. Ingrats et malheureux, vipères de nature, Que de laisser tomber la superbe structure De ces beaux bastimens, fondez par leurs ayeux ! Noblesse de la cour, où avez-vous les yeux, D'ozer de ces saincts lieux prendre la jouyssance , Pour les laisser après tomber en décadences'

Hé! bon Dieu, que void-on en ces temples sacrez Qui souloient autresfois estre si diaprez. Ornez et enrichis de précieux ouvrages, Tant dehors que dedans.^ Superbes fenestr âges. Architraves, pilliers, corniches et rouleaux. Niches, compartimens , lanternes et créneaux, Pillastres canelez à la corinthienne , Avec leurs chapiteaux faits à la dorienne, Enrichis à l'entour de masques et festons.

Portiques entaillez de diverses façons , D'ouvrages excellens , surpassans les modernes , D'hommes industrieux, pyramides, lanternes, Frises, soubs-bassemens, mouleures, pedestaux, Qui rendoient en dehors ces saincts temples si beaux. Leurs voultes en dedans , superbement dorées, Et d'une artiste main proprement azurées ; Et puis on descouvroit soubs ce lambris pompeux Grand nombre de tableaux, exquis et précieux, Et toutes les parois richement tapissées, Contre-tables d'autels de fin or rehaussées.

Courtines de drap d'or, de velours ou satin, A fleurons argentez sur fonds escarlatin. Tapisserie de soye en relief et bordures De fil d'or ou d'argent, par chiffres et feuilleures ; Tavayolles, rezeuls à bordage houppe, Corporaliers bordez d'un mignard poinct couppé ; Chasubles précieux, exquis et riches voilles, Ornez de diamants disposez par estoilles ; Superbes oreillers , estofez richement D'un drap d'or façonné et frizé proprement , Embellis de grenats et de perles luisantes. De franges, boutons d'or et houppes pendillantes.

Les croix d'or, de crystal, jaspe et nacre perleux. Couvertes de saphirs et rubis précieux; Platines d'or tres-pur, pintons , vases, calices, D'acathes enrichis, d'emeraudes, d'onices,

Calcédoines, berils, topazes verdissans, Opales bigarrez, rouges, vers , blanchissans ; Turquoises au teint bleu, violettes amatistes , Hyacinthes pourprez, jaunastres chrysolites.

Beaux chandeliers d'argent, mignonnement dorez, Avec les encensoirs très-bien élabourez.

Sans oublier encor les chappes et les tunicjues, Que l'or, la soye et l'art rendaient tres-magnifiques.

Bref, l'argent, le crystal, l'or, les pierres de prix, Esclattoient autresfois en ces sacrez pourpris.

Que void-on, dis-je, au lieu de ces magnificences^ Rien que destruction, ruines, décadences^ Que dômes et clochers à demy abbatus , Faute d'avoir esté recouver s et vestus , Que pilliers renversez, corniches escrazées , Portiques ruinez, architraves briiées, Que créneaux démolis, niches, masques, festons, Lanternes, pedestaux, mouleures, escussons!

Bref, il ne reste rien de ces architectures Que quelques vieux fragmens des antiques peintures, Qu'on remarque aux parois, et pour dorez lambris Rien que bois vermoullu portant en son débris Les vestiges de l'or, et pour tapisseries Les parois à l'entour verdastres et moisies A cause de la pluye et des humiditez, Dont faute d'entretien ces saincts lieux sont gastcz.

Et pour l'or des autels, velours et broderie,

On n'y vo'ui à présent que vieille lingerie, Ornemens déchirez, vieils calices d'estain, Encensoirs enfumez, vieils chandeliers d'airain, Vieils tapis enfumez tous rongez de vermine.

Voila donc, cher lecteur, la creuse et sourde mine, Laquelle a démoly les temples plus fameux , D'abbaye et prieurez jadis si somptueux

D'où viennent ces malheurs, d'où ont-ils pris naissance Sinon de la maudite et orde confidence ? S'il ne se trouvait point d'asseurez confidens. Les seigneurs et les grands ne joiiiroient des biens De l'Eglise de Dieu; bref, sans cet artifice, Nul seigneur ne pourrait posséder bénéfice , Abbaye ou evesché. 0 perfides voleurs!

0 maudits confidens! vous causez ces mal-heurs! Pervers Custodinos, diabolique engeance , On devrait vous bannir du royaume de France, Comme aspics venimeux et basilics mortels. Qui corrompez de Dieu les sacrosaincts autels !

Perfides Esaiis, ennemis de nature, Vous vendez vostre droict de primogeniture , Qui vous estait acquis, estans vrais possesseurs Des biens spirituels qu'usurpent les seigneurs , Leur prestant vostre nom pour un plat de potage. Un petit prix d'argent, ou quelque autre bagage.

De maistres, vous voila serviteurs devenus, Esclaves malheureux qui demeurent tous nuds,

Chimériques abbez, vrays curez en peinture, Qui comme huguenots n'avez rien qu'en figure; Et les nobles seigneurs ont la realité : lis en ont le profit, et vous la qualité; Ils prennent le thresor, puis vous jettent la cruche; Ils tirent cire et miel et vous laissent la ruche; Ils vous quittent l'escaille et prennent le noyaux; Le nid seul vous demeure et ils ont les oy seaux; Et, pour vous faire voir que vous estes bien bestes, Ils mangent la dragée et vous leschez les boites , Semblables au renard du banquet griiien , Qui lechoit la bouteille, et ne goustoit de rien. Vous servez d'o en chiffre à parfaire le nombre. Ainsi que chiens d'Esope on vous repaist de l'ombre, Et messieurs les patrons ont la chair et le pain ; Ils vous quittent la paille et saisissent le grain. Comme loups ravissans ils prennent la tonture , Lachair, lesang, la peau des troupeaux, leur pasture ; Ils ne vous laissent rien, mal-heureux confidens , Que les funestes cris, les ergots et les. dents Des gras troupp eaux mangez, mesme en vostre présence, Dont l'odeur vous demeure, et à eux la substance : Ils vous font de l'honneur et favorisent fort, De vous laisser humer la fumée qui en sort , Et, pour mettre en relief vostre insigne folie. Ils avalent le vin et vous humez la lie. Desloyaux confidens , traistres Custodinos,

Vous êtes des Judas, des vrais Iscariots.

Judas à petit prix vendit son Dieu et père,

Et vous, vous trahissez l'Eglise vostre mère

Par un lasche baiser, prestans effrontément

Vostre nom aux seigneurs, pour jouyr hardiment,

Ainsi que meschans juifs, des biens de saincte Eglise,

Dont arabes ils font publique marchandise ,

Joiians comme à trois detz, en nourrissons de Mars,

Les biens saincts et sacrez; ainsi que les soldats ,

Au pied de la croix sur le mont de Calvaire ,

La robbe du Sauveur, par un gain mercenaire,

Sacrilège et pervers : ainsi que font les grands

Qui des biens de l'autel, soldats , se vont joiians,

Ainsi comme à trois dez; et la divine robbe

De Jésus et les biens de l'Eglise on desrobe,

Par les lasches traisons de ces Judas nouveaux.

De ces Custodinos, infâmes maquereaux.

Qui pour trente deniers vendent la robbe saincte.

Et le bien de l'Eglise à la noblesse feinte.

Sont eux qui ouvrent l'huis à ces nobles seigneurs,

Et de leur sacrilège ils sont les seuls autheurs,

Leur baillent le crochet pour fausser les serrures

De l'Eglise de Dieu , et font les ouvertures

A ces loups ravissans, pour soustraire en voleurs

Les biens du crucifix, dont ils sont receleurs.

Sans en tirer profit; et faut que je leur die.

Quand on s'est servy d'eux et de leur perfidie,

On les rejette au loin, avecques maudissons , Car les grands ayment fort les utiles traisons , Mais ils hayssent après infiniment les traistres; Aussi tels confidens deviînnent tous belistres.

Helas! que serventnls au logis des seigneurs, Que d'escumeurs de pots ou faillis procureurs , De bouffons flagorneurs et de Messer Fricasse , Qui les chiens de Messieurs découplent à la chasse ? Ces Messers Jeans font bien de plus habilles tours, Ils servent quelques fois de regratiers d'amours A messieurs les patrons qui, bruslez d'autres fiammes, Feront par leurs moyens banqueroute à leurs femmes. Mal-heureux couratiers, damnables conf.dens, C'est là où chez les grands vous passez vostre temps! As nés Custodinos, c'est tout vostre exercice; Au lieu que vous devriez, graves, faire l'office De curez et pasteurs et posséder les biens Destinez à l'autel, vous servez de moyens Aux grands pour en jouyr. Mal-heureux hypocrites, Vous n'avez autre but qu'escumer leurs marfnites, Blasphémer, yvrongner avec les cuysiniers. Vous rendre compagnons des puants palfreniers , Faire ensemble avec eux quelque fripponnerie, Vous estriller l'un l'autre à bouchons d'escurie , Le jour rouller les dez et la nuict paillarder, Des cartes plus souvent qu'un bréviaire garder.

Voila du Messer Jean l'exercice ordinaire,

Et OÙ passe son temps nostre confidentaire, Nostre asne Arcadien, nostre buffle frippon, Qui sert de maquereau, de zani, de bouffon, A monsieur le patron, qui, sous la couverture D'un tel Custodinos, jouyra de sa cure.

0 damnable apostat, ô perfide Simon, Oze-tu de curé hardy porter le nom .<' Lutin de cabaret, estallon de taverne, Epicure gourmand que le ventre gouverne ^ Marmiton de cuysine, insigne escornifleur Des bacchiques liqueurs, fripponnier, receleur? Voudrois-tu de prélat le grave tiltre prendre, Toy qui vas chez les grands comme esclave te rendre. Et ravalles si bas ta feinte qualité Qu'on ne te tient chez eux que pour un esventé , Un magot, un guenon, le joiiet d'un théâtre. Cependant , pauvre sot, tu te rends idolâtre De ceux qui par honneur te devroient respecter, Veaux dorez que tu crains pour leur voir esclatter Le clinquant au chapeau , sur le dos l'escarlate ; Que souvent teste nue, avec une ame platte , Tu sers comme un faquin et tres-vil serviteur ; Ou bien fais le mestier d'un infâme flateur. D'un plaider eau crotté, solliciteur d'affaires. Maquignon de verdage , avaleur de bréviaires , Qui fais le marmiteux, l'humble, le chien couchant, Devant le gentil-homme ou le patron meschant.

Qui t'a dévalisé et mis comme en chemise,

Te privant, mal-heureux, du bien de saincte Eglise,

Lequel V appartenait , si, en gardant ton rang,

Traistre tu n'eusses point de Christ vendu le sang

A ce foudre de Mars , ce gentil-homme inique,

Qui brave à tes despens , lasche ecclésiastique ,

Indigne de porter le charactere sainci,

Puisqu'au vouloir des Grands, poltron, tu fésastrainct,

Afin de leur servir de cautions fidelles ,

Pour se mettre à couvert sous les perfides aisles

D'un tel Custodinos; pour jouyr librement

D'un bien sainct et sacré, que tu vends laschement ,

A ces mignons frisez , ces courtisans superbes.

Qui se mocquent de toy, en reserrant tes gerbes,

Ton bien , ton revenu , que tu as engagé

Au pouvoir tyranniq d'un seigneur enragé.

D'un fendeur de nazeaux et d'un trenche montagne.

Qui va dismant ton bled en la plaine campagne.

Si tu veux avec luy faire le compagnon.

Il te moudra de coups en traistre maquignon.

Pour insigne faveur et juste recompense

De luy avoir preste ton nom et conscience ,

Dont, fin, il s'est servy, pour, avare, obtenir

Un bien ou sans ton nom il n'eust peu parvenir.

Sathan donc,que jecroy,dans ton corpstientson siège,

Ayant preste ton nom pour faire un sacrilège

Détestable et maudit, dont le Ciel punisseur

Te prépare là bas un supplice vengeur : Tu iras aux enfers, ton ame criminelle A jamais bruslera dans la flamme éternelle , Puis, reprenant son corps au jour du jugement, Redoublera ta honte avecques ton tourment. Cest assez discouru de la misère extrême Des pauvres confidens : j'en ay pitié moy-mesme. Voyant ces mal-heureux par les grands mastinez, Aux tourmens infernaux à jamais destinez.

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