‹ Œuvres poétiques de Jules BretonChapitre 32 sur 70 · THÉODORE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

THÉODORE ROUSSEAU

Sa main la modelait, errant de branche en branche Dont chacune en son cœur chantait comme un verset Du poème éternel que son œil embrassait.

Il étreignait le Sphinx, redoutable adversaire Qu’il faut serrer de près et toujours épier;

Et, sublime interprète, il était si sincèro»**^

Que peut-être il croyait simplement copfe^'^^'^?,’

Tandis qu’il se livrait à son âme envahie Par les féconds transports de l’admiration,

Il entend comme un bruit de respiration,

Se retourne et rencontre une face ébahie :

Un rustre écarquillait son gros œil stupéfait;

Le peintre croit vraiment qu’un vif attrait l’enchaîne. Alors le paysan : « Pourquoi fais-tu ce chêne,

Puisque ce chêne est là, puisqu’il est déjà fait ? »

Et l’artiste partit d’un grand éclat de rire.

Il en avait le droit. Mais on ne saurait dire La gaîté que ce mot naïf fit éclater Chez des gens qui feraient mieux de le méditer. Pourquoi trouvent-ils donc ce propos ridicule,

Ceux de qui l’art sans but sur les niais spécule? Pourquoi mettre cet homme au nombre des crétins, Pour ne comprendre pas leurs travaux enfantins ?

Ne sont-ils pas plus fous de tenter l’impossible Pour ne montrer aux yeux qu’un miroir impassible, Qui de l’âme et du cœur ne reçoit pas le sceau ?

Or, son seul tort était de parler à Rousseau,

Mais s’il avait eu trait à la grande phalange

Qui place un trompe-l’œil plus haut que Michel-Ange,

Qui, réprouvant le beau comme trop peu réel,

Préfère le Guerchin au divin Raphaël;

Et si ce bûcheron s’adressait à vos toiles,

Imitateurs passifs qui n’êtes pas jaloux

io

LES CHAMPS ET LA MER

D’un coin de l’infini ; qui, l’œil sur les cailloux, Marchez tête baissée en niant les étoiles ;

Qui, n’admettant pour vrai que la vulgarité, Soulignez seulement ce qu’il vaudrait mieux taire, Et ne comprenez pas que l’art est la clarté Suprême s’affirmant au milieu du mystère;

Tous vos rires alors seraient hors de saison,

Et véritablement cet homme aurait raison.

Taris, 1873.

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