‹ Œuvres poétiques de Jules BretonChapitre 40 sur 70 · FLEUR DE SABLE · texte numérisé non relu

FLEUR DE SABLE

FLEUTi VE S kA ‘B LE

i.4 Ernest Hcbert.

Une exquise vapeur d’un lilas tendre rôde, Dans de vagues remous, s’enflant et s’allongeant Sur la côte, et la mer prend un reflet changeant D’améthyste, d’opale et de pâle émeraude.

L’océan reposé, muet, traîne ses flots Que çà et là déchire une roide nageoire, Indolemment, ainsi que de longs plis de moire, Et se soulève à peine aux rochers des îlots.

A peine si l’on voit remuer la bouée, Mélancoliquement, sur le miroir uni ;

Aux mates profondeurs d’un ciel d’argent bruni, Par instant le soleil essaye une trouée.

LES CHAMPS ET LA MER

Une lame, parfois, accourt, jette un bruit clair, Déroule son collier de perles sur la grève,

Et, tourbillon subtil et confus comme un rêve, S’éparpille, s’étale et retourne à la mer.

Sur ce fond lumineux et calme, une enfant blonde, Svelte et lente, marchant, le jupon relevé,

Incline son profil au contour achevé,

Le col frêle et les )reux rêveurs penchés vers l’onde.

Parmi ces merveilleux accords de la couleur,

Où la splendeur revêt l’ineffable tendresse,

S’ouvrant au souffle pur de l’air qui la caresse,

On voit s’épanouir sa jeune bouche en fleur.

Sur le sable irisé par le flot qui l’arrose,

Où tremble, avec le ciel, le reflet virginal,

A temps égaux, la lame aux lèvres de cristal Déferle sur l’enfant et baise son pied rose.

‘Douante nef, 1873.

Y VO'K, ebLE

iA lAndrê Lemoyne.

J e regardais souvent, le coude à la fenêtre,

Les filles revenir de la source à midi.

Yvonne apparaissait, et son geste hardi,

Son haut galbe de loin la faisait reconnaître.

C’était pour le regard une fête, parbleu !

Que de la suivre alors, si droite sous sa cruche, Quand, relevant sa coiffe en huppe de perruche, Le vent faisait flotter son souple jupon bleu.

Avec quelle beauté, laissant son humble châle Tomber en nobles plis que la brise inclinait, Elle étendait le bras, en l’air, et retenait Son amphore de grès rouge sur son front pâle 1

Que ses traits étaient purs! Je ne sais quoi d’amer Et de charmant errait sur sa lèvre sauvage;

Et comme elle était bien la fille du rivage,

Forte et comme trempée aux souffles de la mer !

Par la rue aux rumeurs banales et narquoises,

Où quelques maigres chiens, craintifs, se font la cour, Parmi de vils ramas poussés de mainte cour Aux ruisseaux où le ciel reflète ses turquoises,

De la ville rasant les murs gris ou crayeux,

Je crois la voir encore, une main sur la hanche, Sans que de l’urne pleine une goutte s’épanche. Grande et grave passer sans détourner les yeux.

Saint-Tol de Léon , 1873.

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