LES LAVANDIÈRES
LES LiA V^A 'NJDIÈTLES
Eug. Fromentin.
La mer vient déferler sur une plage blonde,
Où, parmi les écueils couverts de goëmon,
De sonores galets, de sable et de limon,
Les fiUes de la mer, se détachant sur Tonde, Opposent, sous l’éclat d’un nuage aveuglant, Lorsque sur le rocher le flot se brise et fume,
Les blancheurs de leur linge aux blancheurs de l’écume Et leurs grands châles noirs au soleil ruisselant. Ainsi que fait l’abeille aux abords de sa ruche, Passent, passent sans cesse, avec leur large cruche, Parmi ces tourbilloqs de Tonde et du soleil,
Des femmes qui, le soir, dans le rayon vermeil, S’agrandissant, ont l’air d’antiques canéphores;
De celles qu’on voyait aux temps de la beauté,
A l’ombre de THymette, avec sérénité,
De la source sacrée emporter leurs amphores.
LES CHAMPS ET LA MER
Les laveuses, plus bas, fourmillent au lavoir. Comme un drapeau joyeux, s’agite le mouchoir Et voltigent gaîment les barbes des cornettes,
Telles qu’un fol essaim d’amoureuses mouettes,
Qui, sur ces cous charmants se serait laissé choir, Et, pour s’y maintenir, palpiterait des ailes.
Le corsage ondulé s’incline sur les eaux Des bassins attiédis laissés par les ruisseaux Qui courent dans la mer perdre leurs étincelles.
Les bras ne cessent point d’aller et de venir, Plongeant et replongeant le drap qui se ballonne. L’un frappe du battoir, l’autre tord ou savonne Les hardes et le linge ; et l’on voit se ternir Le cristal qui blanchit et se couvre de bulles.
D’un geste magnifique on charge les paquets;
Dans le bruit sourd des flots éclatent les caquets ;
Et funèbres, tenant leurs conciliabules,
Des vieilles qu’on croirait de funestes oiseaux, Assises sur les rocs des âpres promontoires,
Le front bistré, les yeux éteints, raides et noires, Comme l’antique Parque agitent leurs fuseaux ; Tandis qu’un peu plus loin, reposant sur sa hanche Que presse un jupon bleu, la jeune fille penche Sa forme au long profil sur l’outremer des eaux.
‘Douarnenez, 1 8j 3 .