LES DEUX CROIX
LES DEUX C%OIX
kA ‘Robert-Fleury.
On voit, sur une route au pays de Pontcroix,
En plein ciel, toute neuve, une pompeuse croix Où resplendit un Christ badigeonné de rose.
Deux ou trois pas plus loin, se tord, navrante chose, Piteux et relégué sous les buissons d’un mur, Laissant saillir de l’ombre un horrible fémur, Penchant affreusement sa tête mutilée,
Au milieu de l’ortie à la ronce mêlée,
Oublié, l’ancien Christ informe et sans couleur.
Et l’éternel Souffrant, qui calme la douleur, Rappelle, en cet état, les âpres agonies De tant de nobles cœurs jetés aux gémonies ;
Et le lépreux qui fuit le jour injurieux,
Le mendiant lui-même en détourne les yeux :
Et le poète l’aime... et la foule qui passe N’a de regards que pour celui qui dans l’espace
LES CHAMPS ET LA MER
Étend ses bras en croix dans une gloire d’or.
Au crucifié même il faut un beau décor;
A celui-ci l’encens, les vœux et la prière;
L’autre, dans les cailloux, n’est qu’une vaine pierre. Et cependant quel cœur ne serait pas touché !
Un trou s’ouvrait au mur, et le Christ l’a bouché! Et l’égout du chemin, de sa fétide haleine,
Baigne ses pieds aimés qu’arrosa Madeleine.
Toi dont le crime fut de répandre l’amour,
Lorsque, pour t’en punir, Ponce et Caïphe, un jour, Sur ta tête eurent mis la couronne d’épines,
O Christ! qu’un paysan de ses mains enfantines, D’un barbare ciseau par l’amour ennobli,
Tailla dans ce bloc dur; croyais-tu que l’oubli Oserait te jeter dans un trou de muraille,
Et qu’outrage dernier, l’insultante broussaille Mêlerait sur ton front qui saigne et qui bénit L’épine de la ronce à celle du granit ?
‘Douarnenei, 1873.
LE PARDON’
LE T ‘R.DOTsL