‹ Œuvres poétiques de Jules BretonChapitre 45 sur 70 · L’ALOUETTE · texte numérisé non relu

L’ALOUETTE

Frêle oiseau qui chantas, dès la première Aurore, Du paradis naissant l’universel hymen,

Combien est doux, pour ceux que l’amour pur dévore, Ton hymne harmonieux dont le timbre sonore Vibre, encor frémissant des ardeurs de l’Edenl

Avec quelle fureur et quels battements d’ailes, Plus haut, toujours plus haut, par l’éther a\urè , Dans ton vol palpitant, Alouette fidèle,

Tu jettes jusqu’au ciel ta chaude ritournelle Et l’ivresse sans fin d’un chant exaspéré !

JEANNE

Tu chantes le Soleil, ses feux que rien n’altère Et l’Amour embrasant l’Époux primordial; Ta chantes le Soleil amoureux de la Terre, Quand ses rayons divins pénètrent le mystère De l’Épouse qu’embrune un voile nuptial.

Tu vas dire à l’Azur, messagère amoureuse,

Tout le ravissement du baiser matinal,

Soit que , gonflant son sein robuste, mère heureuse, La Terre ait vu rougir l’Automne plantureuse, Ou bien qu’elle tressaille au tendre Germinal.

Et, jaloux de ta gloire, ardente enchanteresse, Je veux chanter l’Artois et l’Orient vermeil ; Je dirai les transports, les pleurs et l’allégresse D’une fille sauvage et que l’amour oppresse, Fleur de hasard éclose aux baisers du Soleil.

l’alouette

Mais , le jour où nos chants humains au souffle grêle Auront vu leurs refrains , joyeux ou solennels ,

Par le Temps dispersés, s’éteindre pêle-mêle,

Dans l’éternelle Aurore, Alouette, oiseau frêle,

Ils vibreront encor, tes hymnes éternels!

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