L^A T ET I TE FE%,ME
C’est l’Artois, doux pays; une plaine; un village Et son canal sous bois, son chemin de halage,
Ses bateaux longs et bruns qui sentent le goudron Et qui glissent, poussés par le lent aviron,
Si paresseusement qu’ils laissent moins de moire Sur l’eau que le ramier d’azur qui vient y boire; Des oiseaux et des fleurs parmi les bois épais Endormis dans la brume et la sereine paix;
Des trembles frémissants sur cette onde indolente Qui baigne, à fleur de terre, un gazon plein de menthe Et doucement se traîne à l’ombre, sans un pli : Voilà tout. Loin du monde, un monotone oubli, Sous les saules en pleurs, sur le velours des mousses, S’y mêle au cordial parfum des jeunes pousses.
JEANNE
Au bout d’un chemin vert d’ortie et de plantains Qui conduit vers la rue à travers les jardins,
Sur le bord du village, une humble métairie,
Dans un petit enclos, s’ouvrait sur sa prairie.
Le toit de la maison commençait à ployer Sous l’âge et s’abritait à l’ombre d’un noyer Avec son chaume noir tout fleuri d’herbe grasse.
Ce logis, revêtant je ne sais quelle grâce,
Quel charme d’innocence et de simplicité,
Exhalait un air pur d’honnête pauvreté.
Près d’une mare brune, au pied rougi d’un aune,
Le tournesol ouvrait sa grande étoile jaune,
Astre mélancolique au doux rayonnement.
Le paysan, toujours, aimera tendrement Ce soleil de la glèbe, esclave de la terre,
Qui, fidèle, poursuit d’un regard de mystère,
A travers l’infinie et claire profondeur,
Le céleste Soleil, l’éternelle Splendeur.
Au milieu de l’enclos, dans un bourbier liquide, Des canards, ces gloutons au gésier intrépide,
Dans la boue étouffaient leurs concerts nasillards, Ou bien, ouvrant le bec, dressant leurs cous braillards, Se dandinaient, trottant et vibrant de la queue.
Sous l’aune et le noyer, comme une cendre bleue, Un limpide reflet de ciel pur ondoyait,
Et la paille entassée au soleil flamboyait.
Parfois, entr’ouvrant l’huis, sortait la vieille Angèle. La bonne femme allait jusqu’au puits. La margelle, Faite d’un grès toujours humide, froid et gris, Soutenait un instant ses coudes amaigris,