Partie au petit jour, sitôt que l’aube eut lui
Toute heureuse, ce soir, Jeanne est auprès de lui. Sauvage oiseau perdu, qui, loin de la couvée, Chante au manoir d’Angèle, elle est, enfant trouvée, Venue à ce foyer, frêle épave d’amour,
Au roulis du hasard échouer un beau jour.
C’est l’heure où, lentement, le soir gagne la grange. Une ombre de velours monte au chaume que frange Une crête de flamme, un suprême foyer Qui, s’attardant plus haut, au faîte du noyer, Baigne les verts rameaux de sa teinte vermeille : Sombre, dernier regard de l’Astre qui sommeille ; En bas, les murs de brique, aux fraîcheurs des reflets Tombant du bleu Zénith, sont froids et violets.
La vieille, dans la cour, est gravement assise Auprès de son rouet à la quenouille grise Dont elle tord les fils de ses doigts engourdis.
Le crépuscule met sur ses traits refroidis L’unité d’un vieux marbre et l’auguste mystère Qui simplifie et rend la forme plus austère.
Son œil plonge, immobile, aux temps qui ne sont plus. Au clocher, tout à coup, tinte un clair Angélus: L’aïeule, s’inclinant, abaisse sa paupière Et des lèvres murmure une lente prière,
Puis reprend son rouet; mais toujours ses esprits, Entraînés dans le vol des songes favoris,
Errent au loin. La nuit déjà répand sa brume;
Une étoile nouvelle à chaque instant s’allume;