‹ Œuvres poétiques de Jules BretonChapitre 54 sur 70 · LE RÉVEIL · texte numérisé non relu

LE RÉVEIL

LE XÉVEIL

Or, sur la basse brume errant aux alentours, Les meules, les coteaux dessinent leurs contours ; L’auréole grandit plus vibrante, et l’Aurore S’épanouit superbe. Elle baigne et colore D’un magique regard ces grands champs diaprés Dans sa lumière rose et ses reflets nacrés.

La Terre attend l’Époux dans sa gloire éternelle, Et Jeanne ouvre ses yeux dont la noire prunelle, Éclose tout à coup dans l’agreste splendeur,

Jette, parmi les blés fauves, sa sombre ardeur.

Au fond de l’air vermeil, merveilleuse quenouille Que le vent éveillé, d’une aile folle, brouille,

Un clair nuage laisse un éparpillement De légers flocons d’or glisser du firmament

JEANNE

Sur les froides toisons, brumes amoncelées Qui, par troupeaux errants, plongent dans les vallées, Et les premiers rayons, dans de roses faisceaux, Striant le ciel, s’en vont s’émousser aux arceaux De l’immense Zénith aux sombres améthystes ;

Ou bien courent au loin, chassant les brouillards tristes, Flamber dans la rivière et rejaillir de l’eau.

Jeanne voit, au milieu de ce divin tableau,

Dans cet éblouissant réveil de la nature,

Bruno, que le plus beau des rayons transfigure, L’amour... Dans sa ferveur prosterné comme Abel, Immobile, il est là, la tête dans le ciel.

Un reflet caressant, un doux frisson azuré Les boucles de sa drue et blonde chevelure Dont le bord vaporeux, sous l’ardeur du soleil, Ceint le front rayonnant de son nimbe vermeil.

Car aussitôt jaillit dans sa gloire superbe Le disque radieux, et son immense gerbe Verse à flots la clarté sur les champs éblouis :

L’or bondit dans la plaine en éclats inouïs,

Et, tandis que l’air tremble au chant des alouettes, Ils se parlent des yeux, leurs lèvres sont muettes. Leur âme seulement interroge et répond.

Jeanne sent que son coeur s’amollit et se fond...

O trouble de la fleur que presse l’étamine 1 O désirs inconnus 1 Combats! Orgueil d’hermine Jalouse de garder, dans toute sa fraîcheur,

Sa neige virginale à la froide blancheur !

Sainte Pudeur!

Et lui, dans ce moment d'ivresse, Va crier son secret; mais Jeanne se redresse

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