L ARCHEVEQUE
Si nous étions encore aux siècles des miracles 4 ;
La colombe , planant sur les saints tabernacles ,
T'apporterait du ciel le chrême de Clovis ,
Et les anges eux-même , aux accents d'un prophète .
Poseraient sur ta tête
La couronne de lis î
Mais les temps ne sont plus ! le passé les emporte ; Le ciel parle à la terre une langue plus forte : C'est la seule raison qui l'explique à la foi ! Les grands événements , voilà les grands prestiges !
Tu cherches les prodiges ,
Le prodige c'est toi î
C'est toi î roi sans sujets! fugitif sans asile ! Proscrit du trône ingrat d'où l'Europe t'exile , Tu vas traîner des rois l'indélébile affront , Puis, au moment marqué par le maître suprême ; Tu reviens : de lui-même Le bandeau ceint ton front î
Tu reviens sans trésors , sans alliés , sans armes , Toucher du pied royal cette terre de larmes, Cette terre de feu qui dévorait les rois !
DU SACRE. oji
Comme im homme trompé par un funeste rêve , On s'éveille , on se lève , On s'élance à ta voix î
Le voilà î — Ce seul mot a reconquis la France î Tout un peuple enivré de zèle et d'espérance Te porte dans ses bras au palais paternel ! Le soldat , des Germains ne compte plus le nombre,
Et se désarme à l'ombre
De son trône éternel î
Les villes à tes pieds portent leurs clefs fidèles ; Les soldats étonnés, ouvrant leurs citadelles, Comme un salut royal déchargent leur canon ! Ces drapeaux que jamais , aux éclairs de la poudre ,
]\e fit baisser la foudre ,
S'abaissent à ton nom !
La liberté superbe , à ta voix assouplie,
Sous un joug volontaire avec amour se plie ;
Tu souris au pardon , sur la force appuyé !
Trente ans comme un seul jour s'effacent : ta mémoire
Se souvient de la gloire , Le crime est oublié î
Il semble qu'un esprit de grâce et d'harmonie Aux cœurs de tes sujets ait soufflé ton génie ! Que du royal martyr le vœu soit accompli î Et que chaque Français , comme une samte offrande,
Devant tes pas répande
L'espérance et l'oubli.
Viens donc ! élu du ciel que sa force accompagne. Viens î — Par la majesté du divin Charlemagne ! La valeur de Martel ou du soldat d'Ivry î Par la vertu du Pvoi qu'a couronné l'Eglise î
Par la noble franchise
Du quatrième Henri !
Par les brillants surnoms de cette race auguste : Le Sage , le Vainqueur , le Bon , le Saint , le Juste j La grâce de Philippe ou de François premier î Par l'éclat de ce Roi dont l'ascendant supx ême Imposa son nom jnême
Au siècle tout entier î
Par ce martyr des Rois qui mourut pour nos crimes ! Par le sang consacré de cent mille victimes ! Par ce pacte éternel qui rajeunit tes droits î Par le nom de celui dont tout sceptre relève î
Par l'amour qui t'élève ,
Sur ce nouveau pavois !
Au nom du seul puissant , du seul saint , du seul sage , Dont l'espace et le temps sont le vaste héritage , Dont le regard s'étend à tout siècle , à tout lieu î Sois sacré ! tu deviens par ce royal mystère ^ ,
Le maître de la terre ,
Le serviteur de Dieu î
Règne ! juge ! combats I venge ! punis ! pardonne ! Conduis ! règle ! soutiens î commande ! impose ! ordonne î Par la vertu d'en haut , sois couronné î sois Roi ! TamaiUjdèscetinstant, peut frapper, peut absoudrej
Ton regard est la foudre î
Ta parole est la loi î
7i CHANT
Il dit : un seul cri part ; l'air mugit , l'airain sonne f Les drapeaux déroulés flottent ; le canon tonne ^ Et l'ardent Te Deum , ce cantique des rois , S'élance d'un seul cœur et de cent mille voix !
<f QcElaterreetlescieuxetlesmerstebénissent! ^) Qu'au chœur des chérubins les séraphins s'unissent 5> Pour célébrer le Dieu , le Dieu qui nous sauva î jt Saint , Saint , Saint est son nom î Que la foudre le gron 1) Que le vent le murmure , et l'abîme réponde : )) Jéhova ! Jéhova !
5» Qu'il gouverne à jamais son antique héritage ! 1) Sur les fils de nos fils qu'il règne d'âge en âge ; 3) Nos cris l'ont invoqué ! sa foudre a répondu ! » De toute majesté c'est la source et le père î >» Le peuple qui l'attend , le siècle qui l'espère n N'est jamais confondu !
3) Qu'il est rare , ô mon Dieu, que ta main nous accorde :> Ces temps , ces temps de grâce et de miséricorde, i> Où l'homme peut jeter ce long cri de bonheur , )> Sans qu'un soupir , faussant le cantique d'ivresse , » Vienne en secret mêler aux concerts d'allégresse » L'accent d'une douleur !
)» Mais béni soit mon temps î le monde enfin respire, )> De trente ans de combats le bruit lointain expire; » La terre germe l'homme , et n'a plus soif de sangî' )i Siu- deux mondes unis qui marchent en silence n On n'entend que la voix de la reconnaissance )) Qui monte et redescend.
;) Les rois ont recouvré leur divin héritage ; •^ Les peuples leur rendant un légitime hommage , •» Ont placé dans leurs mains le sceptre de la loi î ;» Elle brille à leurs yeux comme un céleste phare . 5» Et dans le temple en deuil leur piété répare )> Les débris de la foi.
r. L'homme voit sur les mers ses flottes mutuelles
2) A tous les vents du ciel ouvrir leurs libres ailes ; )) La sueur de son front ne germe que pour lui ;
5» Et partout dans la loi , sourde comme la pierre ,
3) Le crime a son vengeur , la force sa barrière ,
3) Le faible son appui.
» En génie , en vertu , la terre encor féconde , 5) Ouvre un champ sans limite à l'avenir du monde 5 » Chaque joui' à son siècle apporte son trésor ; )> Les éléments soumis ont reconnu leur maître , î) Et l'univers vieilli rêve qu'il voit renaître 3) Un dernier âge d'or î. . . . 5>
Et toi qui relevant les débris des couronnes, Viens du trône des rois embrasser les colonnes , Rêve des nations, qu'ont vu passer nos yeux, Que le Christ après lui fit descendre des cieux , Liberté ! dont la Grèce a salué l'aurore , Que d'un berceau de feu ce siècle vit éclore, Viens ! le front incliné sous le sceptre des Rois,
Poser le sceau du peuple au livre de nos lois ! Trop long-temps l'univers lassé de tes orages , Aux mains des factions vit flotter tes images ; Trop long-temps l'imposture usurpant ton beau nom, De ses honteux excès fit rougir la raison: L'univers cependant , effrayé de lui-même , T'invoque et te maudit , t'adore et te blasphème , Et comme un nouveau culte aux humains inspiré , Ne peut fixer encor ton symbole sacré î Je ne sais quel instinct , plus sûr que l'espérance , Présage aux nations ton règne qui s'avance ! L'opprimé , l'oppresseur te rêvent à la fois : Un peuple enseveli ressuscite à ta voix ; Le voile qui des lois couvrait le sanctuaire Se déchire , et le jour de tes yeux les éclaire. Les partis triomphants, si prompts à t'oubher, Se couvrent de ton nom comme d'un bouclier ; Chaque peuple à son tour te possède ou t'espère, Et ton œil cherche en vain un tyran siu^ la terre I
Viens donc ! viens, il est temps, tardive Liberté! Que ton nom incertain par le ciel adopté ,