NOTICE XXXVII
incroyable prévention, en disant : « Le style de Buttet est, en général, dur et néologique, mais la pensée ne manque pas d'une certaine élévation... Dans les sonnets, il pétrarquise son désespoir amoureux en vers rocailleux et souvent inintelligibles, tant ils sont remplis de mots grecs et latins, francisés à sa manière d'une façon barbare. » Quant à son invention des vers saphiques rimes, dont il était si fier, nous ne lui tiendrons pas même compte de la difficulté vaincue, et nous ne lui saurons aucun gré de ses tentatives, assez mal accueillies d'ailleurs, dans la poésie à la romaine. Le bon sens et le bon goût ont fait justice de ces malheureuses innovations. Nous n'aurons pas plus d'indulgence pour le système de néologisme qu'il a voulu établir en principe, tantôt en forgeant des mots nouveaux tirés des autres langues classiques, tantôt en s'appropriant sans choix et sans critique d'anciens mots de la langue gauloise: le principe était peut-être bon, mais il a été presque toujours mal appliqué. « J'ai bien voulu, dit-il '^ , interpréter certains mots, que j'ai enchâssez dans mes poèmes, comme précieuses reliques de l'antiquité. » Mais , pour remettre en cours un vieux mot tombé en désuétude, il ne faut pas seulement que ce mot soit indispensable ei n'ait pas été remplacé dans le vocabulaire; il faut encore que ce mot ait sa raison d'être et offre certaines conditions d'existence durable , car Marc- Claude de Buttet se trompe, en disant des mots nouveaux qu'il invente : « que si ilz te semblent durs (comme par ci d'avant aucuns que lu as ja receus),