‹ Œuvres poétiques de M.-C. de ButtetChapitre 12 sur 48 · A MADELEINE LA GORGE · texte numérisé non relu

A MADELEINE LA GORGE

SI dessous les ombres molles^ Douce Eraton, tu m'accolles, Quand en ton giron je suis.

Maniant mon luth à l'aise.

Rien je ne di qui ne plaise, Car ma chanson tu conduis.

Mais quel soin tousjours te presse, Di-moi, ma sainte maîtresse.

De courir voir les beautés D'une Dryade qui emble Les cueurs et esprits ensemble.

De ses grâces enchantés 1

M' as-tu ta cachette ouverte, Pour i faire entrer ma pertef Où veux-tu guider tes pas?

Ferme ici ta belle plante :

Il n'i a chemin ni sente; Je te suppli, n'i va pas.

fenten desja un allarme, Elle petit Dieu qui arme D'arc et de flèches ses mains, Pour à plat en douce guerre, A grands coups de traits y sur terre Verser les foibles humains.

Bien donq' , si tant te plait, chante Celle beauté qui tant gente Ravit à soi les esprits; Qui sera, Valant j a prise.

Au pur or de mes vers mise, Comme une perle de pris»

La Nature merveilleuse Fut de son œvre amoureuse , La formant, ou bien il faut Que, sous une face humaine, Quelque Déesse hauteine Nous vienne voir de là haut.

Car Daphné ne fut onq' telle, Non Eglé, non la pucelle Fuiante l'obscur des bois.

Quand Pan, qui après hahanne, Pour elle embrassa la canne Où pleint encore sa voix.

Ce jeune enfant Dieu qui voile D'un trait mignard rendit folle Une garce, qui conceut, Sous le blanc cygne amiable, La beauté émerveillable Qui flamme aux Pergames fut.

Mais, par les Grâces menée,

Gorge, tu nous es donnée

Des deux pour les admirer,

Qui d'en haut leurs clairs yeux paissent

Courbés sur toi, tant se plaisent

En tes vertus se mirer.

0 fille au nymphal corsage.

Qui d'un beau ouvert visaige.

D'amours et grâces tout plein, Me paissant de tes doux termes, Deignes mes bien-heureux carmes Du vierge creux de ton sein,

Puisque bons la France avoue

Les petis vers que je joué,

Je jure les saintes Seurs,

Et leurs vers lauriers, ma gloire,

Te loger chez la Mémoire,

Prés des Grâces et Douceurs.

6o LIVRE PREMIER

Et par moi (si trop je n'erre) Les filles de meinte terre Verront aux astres luisans T'emporter des vertus belles, Que les Muses éternelles Ont f et maîtresses des ans.

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