AUX MUSES
ODE I
OU voulés-vouSj mes déesses, que j'alle, Déesses mon soucia Je n'en puis plus, voies ma face palle, Arestés-moi ici.
En vain, helas ! en vain, par voz saints antres. Par voz saints antres cois,
M^avez gagné, quand faisiés les bois chantres. Apprentis sous ma voix,
Combieriy traçant cette rude montée, M'avés fet reculler
Seul à Vécartj pour ma dure Amalthée Faire aux pins reparler.^
Et combien, las ! d'une course legiere,
Tai'je veu remonter!
Lesse tes flots, ma natale rivière.
Pour m'ouir lamenter ?
Où estiés-vous, pucelles ^ quelle rive.
Quel mont vous appelloit.
Alors qu"* Amour os, nerf et veine vive. Indigne, me bruloit^
Je ne croi pas qu'Aganippe glaçante
Pinde vous eut tenu, Le bord d'Eurote, ou l'Écolle savante
De Parnasse cornu.
Les Dieux des bois, et Nymphes, de leur grâce
Pour secours me donner, Voiant ma mort écrite sur ma face,
Vindrent m'environner.
Chacun d'eux quiert d'où vient ma maladie, D'où me sourdent tels maux.
ODE t 99
Et sur tous Pan, le bon Dieu d^Arcadie, Avec ses patoreaux.
« Helas! dit-il, quel désastre en ta chance
T'a le soûlas rompu ?
Tousjours l'amant d'une folle espérance
Vainement est repeu.
« N'allonge plus tes données angoisses
Dés l'heure que fus né.
Car, par arrêt, les fatales Déesses
L'ont ainsi destiné.
Or, saintes seurs, votre bande s'appreste.
Et, si avés povoir Encontre Amour, pour vostre cher poète,
Faites Vores savoir.
Ilfault tenter si les drogues Colchiques
Peuvent à ma langueur, Et si au feu les idoles magiques
Ont effet ni vigueur,
Affin qu'ainsi la beauté qui me presse
Me veuille souvenir; Mais il vaut mieux qu'à ce coup je la laisse.
Que tant m'en souvenir.