PRINCE CHARLES IX
Duc de Savoie ODE II
PRINCE, entre tous princes heureux.
Qui, tirant ton cueur de la terre, De la paix fus tant amoureux Qu'on fa veu veincueur de la guerre.
Et menas en ces mortels lieux Une vie semblable aux Dieux; Puis, quand tes vertus manifestes Virent de tes gris ans le but, Paiant le naturel tribut, Tont porté aux manoirs célestes;
Ta divine ame, qui tenait Son fort, par raison si puissante, Du seul bien qu'elle imaginoit Triumphe ores toute contente.
Haut au grand palais supernel Tu bois le nectar éternel,
Plein de Vhear qui des dieux redonde; Et prés de leurs trosnes f assieds.
Pressant les astres de tes pieds, Joieux d'avoir laissé le monde.
Là tuprensla paix qui tiroit Çà bas doucement ton courage.
Qui le premier âge doroit, Ains que le fer fut en usage; Mais, quand les dévoies humains En leur sang tachèrent leurs mains.
Au ciel elle alla faire entrée, Retirant des glaives pointus ^innocent scadron des vertus.
Pour accompagner son Astrée.
Charles, donq' tu règnes là haut, Où ta puissance est tousjours une.
Et ton règne n'i creint l'assaut De la variable fortune ; Là tu prens immortels ébats, Puis, jettant tes yeux ici bas, Tu ris nos trop vaines demandes.
Volant ce monde terrien Estre un petit point et un rien. Au pris de richesses si grandes.
Cependant^ d'ung long pleur nouveau.
Ton peuple, que Vàpre dueil mine, De loin déborde à ton tombeau, Rebattant des poings sa poitrine; Et en grands cris continuels Appelle les astres cruels ; Mais les trois Fées filandrieres.
Et le Tens, à nous faucher pront, Quand lefillet de noz jours ront S'endurcissent à noz prières.
Desja pour toi je commençoi Tirer une euvre à la mémoire.
Où pront je des ev élis soi De tes aieux la morte gloire; Mais, las ! ton survenu trépas Ranverse ^entreprise à bas.
Car ma Muse, taschant première Leurs braves fets aller chantant, Non supportée, va quittant.
Sans honneur, sa trompe guerrière.
Mais si, pour ton tige élever.
Ton fdz pousse ma hardiesse, firai ta grand' race treuver Jusqu'au fond de l'antique Grèce; Et montrera nés tes aieux
Du sang d'Hercule merveilleux, Attirant sa longue noblesse Aux puissans empereurs Saxons :
Lors entonneront mes chansons Ton grand Berol et sa prouesse.
Tandis pour toi j'immolerei, Au noir séjour des ombres mornes, Un toreau que fatournerei D'une girlande par les cornes.
Tout l'autel au Ciel fumera.
Et chaqu' an sacrifiera Ma Muse sur ta sépulture, Qui, contre l'obli hasardeur, Epiant de loin ta grandeur, Te grave ores cette écriture :
BelloiNE, qui tant de maux fais En Yon et discorde et guerre, N'aprochés point de cette terre :
Ici dort le Prince de Paix.