‹ Œuvres poétiques de M.-C. de ButtetChapitre 27 sur 48 · VERS SAPPHIQ.UES ODE IIII · texte numérisé non relu

VERS SAPPHIQ.UES ODE IIII

PRINCE des Muses, joviale race, Vien de ton beau mont subit, et, de grâce, Montre-moi les jeux, la lyre ancienne, Dans Mitylene

Qu'autrefois Sapphon sona si dolente, Quand le cueur brûlait à la pauvre amante; Père, si tu veux que je les fredonne, Donne la, donne!

Et que, d'un archet résonant, je pousse Mille grands beautés de ma Nymphe douce, Douce non, mais, las! à l'amant fidèle Toute cruelle.

Or que dans ces bois je me tire à l'ombre. Plein d\imours nuisans, que je porte sombre, Trompe mes langueurs, la doleur, la peine. Qui me regeine !

Vange-toi, Pœan, de la Cyprienne, Qui va commandant à la bande tienne :

Pas ne suis du rang de sa trouppe serve. Mais de Minerve.

0 Phonneur par tout révérend de Clare, Des faveurs tiennes ne me sois avare, Montre les hauts deux à ma gloire belle Perpétuelle.

Par fureurs saintes loge dans ma teste. Contre les Parques sacre-moi po'éte :

ODE un 107

Des noveaux lauriers à la jeune Muse ^ Dieu ne refuse.

Mets V amour tousjours de la belle en estre^ Fai que ton luth d'or resonne en ma dextre, Et que Vord Python de sa langue inique Plus ne me pique.

A L'AMALTHEE

SI tu hevois la froide Tane, Femme à quelque cruel marrane, Encof piteuse en maux si longs, Pleindrois-tu l'assaut que j'endure, Butin d'avant ta porte dure, Des apre-souflans Aquilons?

Ois-tu, cruelle, ois-tu la porte.

Poussée de la bise forte.

Qui rebruit d'un sec hurtew.ent?

Et le voisin bois qui s'entonne,

i08 LIVRE SECOND

D'un abboi que le vent lui donne, Jusqu'au haut de ton bâtiment^

0 pauvre moi^ et loin de grâce, D'estre ici frileux sur la glace, Taimant sur tous tes poursuivans ; Mais indigne qu'amour me brulle, Indigne que l'air ainsi m'urle, A la merci de tous les vens.

Abbats ta fierté violente :

Elle est à Venus déplaisante, Et ront d'amour le doux lien.

Tu n'es de la Vestale trouppe.

Ni difficile Pénélope, Fille au père Tyrrhenien.

Las ! Vor et les perles que donne L'amant, avecques sa personne.

Pour s'arrançonner de malheur.

N'ont point leur force à toi égale Pour f avoir, non ma couleur palle.

Triste témoin de ma douleur.

Ains, ce pendant qu'avec ma lyre Je plein, je sanglotte et soupire, Je tasche à t'ouvrir mes ennuis.

0 trop rigoreuse Amalthée, Seule dans ta chambre nattée^ Tu trompes mollement les nuits.

Mais, si les feux de la nuit lasse N'ont fet que le somme f embrasse, Douce Amallhée, écoute, et voi Comment Amour le cueur me ronge ; Si tu dors, à tout le moins songe Combien de peine ]' ai pour toi.

A PHILIBERT DE PINGON

Or' que Vhyver s'approche, Pingon, Pingon, vois-tu La Nicolette roche Haussant son chef pointu, Toutîe de nege blanche, Et les arbres, pressés De glaçons sur la branche, Se courbans tous lassés.^

L*eaii, qui îournoiant dore Les prés verds en bouillant, Ferme s^ empierre, et are Plus n'i va gargoillant :

Lasse et faible se frise, Cuidant son trot hâter.

Au ciflet de la bise Contreinte d^arreter.

Chasse donq' la froidure Et f ai feu de gros bois; Romp la paresse dure ; Debout, à cette fois Ne pardonne à la cave:

Sois d'un vin abbrevé, Ja de trois ans esclave, Aux amis réservé.

Fai fumer ta cuisine De mets non excessis, Et au bal contremine L'effort de tes soucis.

Que me chaud quelle terre Mars remette en émoi?

Je n'ai soin d'autre guerre Que de m' amie et moi.

Qu^on m'apporte ma lyre, Çà, Philelphe, et aussi Cour-Ven à Lambert dire Qu'il vienne droit ici Avec sa Marguerite; Puis entre chez Milliet :

Di-lui qu'il vienne vite, Et que la bande i est.

Si l'étude Vengarde, Nous lui mandons tous trois Que trop il s'amusarde Au grand chaos des loix.

Or sus, quon casse en terre, D'un libre pié veincueur, L'aspre souci, qui serre Et deseche le cueur.

Or est, ou jamais, heure Que gais nous nous tenions.

Il n'est chère meilleure Que de vrais compagnons.

Pingon, de cette place Un seul ne bougera Qui ne vuide la tace Lors qu'elle écumera.

Au reste, laisse faire Aux bons Dieux leur vouloir Tel ores se voit plaire Qui se verra douloir.

Ne nombre et ne ranverse Le cours d'un Vendemain :

La fortune perverse N'est pas pas à notre main.

Ce que ton sort te donne Te face tout content.

Si fortune n'est bonne.

Ne te va tormentant.

Ne crein la dernière heure, Qui nous traine au trépas :

Combien que le corps meure, La vertu ne meurt pas.

Page 1