‹ Œuvres poétiques de M.-C. de ButtetChapitre 30 sur 48 · A CALAIS ET THIONVILLE · texte numérisé non relu

A CALAIS ET THIONVILLE

COMME un lion autrefois redoutable, Sentant desja pesans Ses membres 'gourds, à soi non plus semblable. Faisant place à ses ans.

Aux fiers combats des plus forts ne s'encombre

Qu'il a jadis tenté, Ains s^ accroupit et se retire à l'ombre

De quelque antre écarté.

Ne perdant point pourtant sa fiere audace

Dessous sa vieille peau.

Il enhardit et avance en sa place

Son jeune lionneau.

Qui, de fureur troublant toute la plaine

Par un novcau effroi.

Saute aux torcaux, et les mord, et les traîne

Tous en sang après soi,

Tant pour amour de la gloire éveillée

Que pour faim du repas, Soit pour autant qu'à celle heure épiée,

Le pasteur n'i est pas :

Ainsi César, quittant les fortes armes

Bas de dessus son dos.

Laissant l'ennui et fuiant les allarmes

Pour gagner le repos,

Arma son fils de fer et de courage.

Qui en premier butin

Accoup embla, comme un puissant orage, Les murs de Saint-Quentin.

MaiSy dépité en sa terrible bande,

Vensegne déploia, Et, voianî France en fiance trop grande,

A ce coup l'effroia :

Lui présentant, pour la faveur, la perte,

(0 ciel soudain mué !) Au roial sang fit rougir l'herbe verte.

Sous un prince tué.

Mais, comme on voit qu'en éclairs le tonnerre,

Prêt de tout accabler.

Croule le ciel d'un grand bruit, qui la terre

Prontement fet trembler.

Haut au milieu de son ardente trouppe,

Le vaillant Guise ainsi, Brave accourant des champs de Partenope,

Vint foudroier ici;

Et de prim saut, en secourant la France,

A dans sa main remis Le fort Calais, deux cens ans en souffrance

Foulé des ennemis.

Puis, s^aitachant à meinte et meinte ville, Tout prêt à les faucher,

A renversé l'orgueil de Thionville, Pour autres depescher.

Si que par tout la peur, le sang, l'esclandre.

H envoie aux plus forts, Epoventant l'Angleterre et la Flandre

De ses heureux efforts.

0 fort heroel à vertu plus qu'humaine, Qui grande au ciel te mets.

Par tes hauts faits, la gloire de Lorreine Ne périra jamais.

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