A CALAIS ET THIONVILLE
COMME un lion autrefois redoutable, Sentant desja pesans Ses membres 'gourds, à soi non plus semblable. Faisant place à ses ans.
Aux fiers combats des plus forts ne s'encombre
Qu'il a jadis tenté, Ains s^ accroupit et se retire à l'ombre
De quelque antre écarté.
Ne perdant point pourtant sa fiere audace
Dessous sa vieille peau.
Il enhardit et avance en sa place
Son jeune lionneau.
Qui, de fureur troublant toute la plaine
Par un novcau effroi.
Saute aux torcaux, et les mord, et les traîne
Tous en sang après soi,
Tant pour amour de la gloire éveillée
Que pour faim du repas, Soit pour autant qu'à celle heure épiée,
Le pasteur n'i est pas :
Ainsi César, quittant les fortes armes
Bas de dessus son dos.
Laissant l'ennui et fuiant les allarmes
Pour gagner le repos,
Arma son fils de fer et de courage.
Qui en premier butin
Accoup embla, comme un puissant orage, Les murs de Saint-Quentin.
MaiSy dépité en sa terrible bande,
Vensegne déploia, Et, voianî France en fiance trop grande,
A ce coup l'effroia :
Lui présentant, pour la faveur, la perte,
(0 ciel soudain mué !) Au roial sang fit rougir l'herbe verte.
Sous un prince tué.
Mais, comme on voit qu'en éclairs le tonnerre,
Prêt de tout accabler.
Croule le ciel d'un grand bruit, qui la terre
Prontement fet trembler.
Haut au milieu de son ardente trouppe,
Le vaillant Guise ainsi, Brave accourant des champs de Partenope,
Vint foudroier ici;
Et de prim saut, en secourant la France,
A dans sa main remis Le fort Calais, deux cens ans en souffrance
Foulé des ennemis.
Puis, s^aitachant à meinte et meinte ville, Tout prêt à les faucher,
A renversé l'orgueil de Thionville, Pour autres depescher.
Si que par tout la peur, le sang, l'esclandre.
H envoie aux plus forts, Epoventant l'Angleterre et la Flandre
De ses heureux efforts.
0 fort heroel à vertu plus qu'humaine, Qui grande au ciel te mets.
Par tes hauts faits, la gloire de Lorreine Ne périra jamais.