A ANNE
PRÉS d'un deux ruisselet bruiant, Encortinés d'une ombre lente, Eviton la chaleur mordante De l'âpre soleil ennuianî.
Douce mignonne, je îe prie,
Faison ici rompre noz pas ;
Je fasseure que je suis las
D'une autre ardeur, qui plus m^ennuie.
Sous cet orme courbant son dos Au vent, d'une douce halenée, Trompons cette chaude journée, Sommeillant en oisif repos,
Ote doncques ta turque toile.
Et que tes cheveux, séparés En trines d'or, soient égarés Pour faire à Zephyre une voile.
Puis mets de fleurs un gai chappeau Sur ton front, où ton poil se frise, Echarpant ta crespe chemise.
Qui follairera sur ta peau.
Telle aux bois fut jadis connue Venus, acco liant son ami.
De grand aise tout endormi Sur sa blanche poitrine nue.
Et, en tels ornemens sutils.
De Tyr les pucelles chassantes
Porîoient les trousses traqueUnîes, Sous leurs coudes pronts et gentils.
Çà donq' vierij ma mignonne, et lace Ton doux bras à mon cou baissé.
Me tenant de l'autre embrassé, Sur ton gyron qui me soûlasse.
Lors par fois fort je haiserei Tes humides lèvres décloses, Puis sur tes beaux tétins de roses Doucement je m^endormirei.
Et en ce soupirant ombrage Qui tant bien nous embouchera.
Quand le plaisir me touchera, Veincu d'une doucette rage.
Plus mignard t'irei caressant Qu'un pigeon qui s' amie baise :
Tous deux languirons de grand aise, L'un avec l'autre périssant.
Ainsi morrei sous ce bel arbre.
Ainsi ta vie s'en ira; Lors ton blanc corps me servira D'un soiief sepulchre de marbre.
Les Nymphes des bois, qui verront Vivre après mort notre amour grande, .
En vain faisant de pleurs offrande^ Tels vers funèbres nous donront:
O TOMBE NON JAMAIS OBSCURE, BIEN MERITES CE CORPS ICI, ET TOI, LOIAL AMANT TRANCi, UNE TANT BRAVE SEPULTURE.