‹ Œuvres poétiques de M.-C. de ButtetChapitre 34 sur 48 · A CLAUDE LAMBERT · texte numérisé non relu

A CLAUDE LAMBERT

TU vivras plus heureux, Lambert, si tu passages Sans paur eux t' as sabler aux dangereux rivages, Et sans en haute mer ta voile aller donnant A i'Austre forcennant.

Vraiment cellui se voit çà bas un petit Dieu Qui des deux bouts choisit le vertueux milieu : Un estrc par trop grand donne peine et souci^ Pauvrette fâche aussi.

Plus souvent les hauts pins (quand les vents se font guet Par la rage de l'air veincus, gisent à terre; Grands tours ont plus grand' cheute, et sur les monts plus grc Sont les foudres grondans.

Quel désir donq* nous chasse au bas Inde vermeil Et aux peuples chaufés d'un étrangler soleil, Si la richesse et l'or, sous leur vaine valeur y Couvent tant de malheur.^

Tu sçais, mon cher Lambert, que la vertu constante De ce qui est as ses, paisible, se contente : Je n'estime non plus de se voir, empereur Que pauvre laboureur.

La Nature à tous donne une commune loi : Un pauvre crochcteur et un superbe roi, Naissans, n'apportent rien, et, quand ils s'en iront. Rien ils m'emporteront.

Tous nous faudra franchir un passage semblable, Tous nous faudra passer l'onde non repassable, Voir Sysiphe, et Tantal, et la punition De Torgueil d'Ixion.

C'est arrêté que tous, qui vivons des presens De la dame Cerés, serons traînez des ans

En l'éternel exil, et noz biens du trépas Ne nous garderont pas.

Tandis que les trois Seurs tireront notre vie, Loin de l^ambiîion, loin de la palle envie, Vivons nets de péché; le reste qui sera, Le destin le fera.

A toi les justes Dieux n'ont voulu refuser Des biens à suffisance, et moins l'art d'en user. Esprit, ni corps dispos : que vas-tu souhetant ? Rien n'est en tout content.

A UAMALTHEE

HELAS 1 que me veux-tu plus?

Voiqu'auxmauxqu Amour m'assemble.

Un palle mort je ressemble Qu'on met au tombeau reclus.

Que veux-tu me geiner mieux Que plutôt tu ne m'assommes t

Crols-îu que les veillans Dieux N^onî souci des jets des hommes?

0 Dieu, est-ce rendre un jour Au port l'espoir qui m'enchaine, M'ahbatre de tant de peine ?

Est-ce le loier d'' amour ?

Veut ton bel œil consummer Un pauvre cueur si fidelle / Veux-tu estre, en lieu d'aimer, Une Belide cruelle?

Ah ! si tu ensuis ce tort, Avec moi cherra ta gloire- Est-ce quelque ample victoire, A l'ami donner la mort?

Qui chantera tes beaux yeux.

Ton doux maintien, tes caresses, Dont tu detiendrois les Dieux, Quittans pour toi leurs Déesses?

Qui tracera de longs pleurs Sa face étrange et mi-morte, La nuit, à ta sourde porte, Offrant des pleins et des fleurs?

Jadis eut en tel dédain Natcis une Nymphe belle.

« 0 fier juvenceau, en vain Te plaise une autre ! » dit-elle.

Amour la pauvrette oûit ; Il prend l'arc : à sa prière, Court une flèche meurtrière, Qui du rebelle jouit.

Car tant soi-mesme il s'aima, Panché sus une fontaine.

Qu'en fin mort il i pâma, Quitté de son ombre vaine.

De son sang plein de langueur.

Fumant au mosseux rivage.

Pour éternel témognage.

Sortit une belle fleur.

O ! si le Ciel veut tenir La balance à ton injure.

Pourra jamais devenir Ta beauté fleur ou verdure ?

Plutôt courras te cacher Dans les bois, ourse poureuse;

Plutôt [ô trop rigorease !) Raidiras en long rocher.

Veus-tu qu'un trait punisseur Au fleuve infernal te mande .^ La beauté par la douceur Tousjours s'élieve plus grande.

Mais que me vaut de donner Aux fiers vens ma plainte vaincu J'use le soc en l'areine, Pour rien puis n'i moissonner.

En ce pendant tu nourris Mon mal d'un espoir severe ; Puis, ô trompeuse, ton ris S'ébat tout en ma misère.

Onq' femme ne t'allaitta, Fiere, superbe, rebelle:

Une tigresse cruelle Sus un dur roch t'enfanta.

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