A P. DE RONSARD
Vendomois ODE XIII
RONSARD^ /i/i d'Apollon, il faut Qii\2ii ciel ma flamme soit portée :
Amour m'ard d'un brandon si chaud.
Allumé à l'œil d'Amalthée, Que, sentant mes forces éteindre, Je n^ai plus ma voix pour me pleindre.
Of sont reverdis trois printens Que cette grand' beauté cruelle Tyrannise mes jeunes ans, Triumphant de ma perte, telle Qu'un brave roi aiant soumis Sous sa main les murs ennemis.
Que reste-il do nq' fors qu'en ses bras
La Parque, à mes maux, plus humaine,
Me prenant, m'abime IX bas,
Pour me décharger de ma peine.
Et que Caron, ramant sa barque,
Me sauve aux champs où. est Pétrarque?
Si tu. sceus onq^ comme Amour points Par ta Cassandre, je te prie Que Fobli ne m'emmeine point :
Donne à ma cendre une élégie, Et, prenant pitié de mon sort, Complein de ton ami la mort.
Ainsi le trait d* Amour vaincueur.
Par Vœii dhine beauté divine Qui mit le camp devant ton cueur^ N'atteigne à ta sainte poitrine.
Ainsi Venus mal secourable, Plus qu'à moi te soit favorable I
A JEAN DE PIOGHET
Son cousin ODE XI I T I
LOUANT /g Saturnien âge, Piochet, que vas-tu regretant Le non réparable dommage Du monde, qui vivoit contante
« Lors {dis tu) notre grande aïeule Du soc n'avoit le ventre encré :
Car, sans la semondre, elle seule Tout nous prodigoit de son gré.
(c Les vignerons à la vendange Jamais érener ne s'alloient.
En touîtes pars (^miracle étrange !) De vin les purs ruisseaux couloienî.
«( Jamais la chaleur retournée De l'été ne les basanoit.
Et, sans voir grisonner l'année, Tousjours le mois de mai regnoit.
« Encor' le pin, marchant à rames, N^avoit veu les marins dangers, Ni la trompette aux fiers allarmes N'animoit les chevaux légers.
« Encor le fer, nerf de la guerre.
Et l'or, plus nuisant que le fer, Ne faisaient év entrer la terre Jnsques au ténébreux enfer.
« L'exécrable faim d'avarice Qui ne se soûle d'assembler,
La discorde source du vice, N'osoit point les cueurs accabler.
« Ni la jeune épouse féale Point ne rompoiî le neud certein De la blanche foi nuptiale.
Pour tromper son mari lointein.
« Car la vertu vivoit au monde.
Franche des outrageux excès :
Chacun s^aimoit d'amour profonde; Il n'étoit juge, ni procès.
(( 0 tens heureux, que je m'étonne Te voir tant caressé des deux!
Tu es dit, à raison très bonne, Siècle d'or, siècle précieux. »
Ainsi parlant des premiers hommes, Piochet, où vas-tu t'empêcher Du grand âge d'or? Nous i sommes ; Ne cour plus si loin le chercher.
Ores l'or aux peuples commande.
L'or plus que vertu on chérit ; Ores par or l'amitié grande Et la plus ferme foi périt.
ODE XIIIl 143
L'or f et qu'ores l'avare mère Vend sa fille aux sales amours ; L'or feî que r enfant de son père Cherche la mort avant ses jours.
L'or fet dans une riche bouche Entrer le venin trahissant; Lor fet étrangler dans sa couche, Sans cause juste, l'innocent.
Par or s'achettent les offices.
Pour détruire un pauvre souffrant, Et se vendent les bénéfices.
Comme meubles, au plus offrant.
Par or les honneurs on échelle; Sans or, tu n'auras jamais bien ; Sans or, en ta juste querelle Ton avocat ne dira rien.
Bref, mon Piochet,l'or tout maîtrise, Meintenant l'or est adoré ; Chacun veut l'or, chacun le prise :
Voici un vrai siècle doré.