‹ Œuvres poétiques de M.-C. de ButtetChapitre 38 sur 48 · A JEAN DE SAINT DENIS SEIGNEUR DE SAINT CHRISTOPHLE · texte numérisé non relu

A JEAN DE SAINT DENIS SEIGNEUR DE SAINT CHRISTOPHLE

LE chaud nous commande de boire, Saint-Denis; or donq', si tu veux A ce coup pour ton bien me croire, Sous cet if aux frisés cheveux, Ne parlant un mot de la guerre Ni de procès, d'esprit contens, Ici dessus la belle terre Il faut arrêter le bon tens.

Sus, laquais, tire la ferriere, Qui r'affreschiî au fond du puis.

Que songes-tu là, M or dentier e, Tousjours sur ton Timée ? Et puis, Monchatre, dégaine tafluîe; Guillaume, emporte ce Platon :

Je veu qu'orendroit on dispute Doctement contre le flaccon.

Que vaut en tristesse ennemie S'abbestir, comme un cagnardier?

Courage, chambrière m'aniie, Pren-moi la hure de senglier, Et mets là gentiment la nappe, Et le jambon, pour boire mieux :

Avant que ce jour nous échappe, Je veux qu'il nous rende joieux.

COMME au chaud midi Janeîte, Dégoisant une chanson, Pignoit sa belle chevrette, A r ombre d'un verd buisson,

Et que la roche hauteine, Couplet par couplet, contoit Aux bois, et à l'eau prochaine.

Tout cela qu'elle chantait,

Une orde guespe félonne^ Quiy murmurant, s'en fâchj, Sur la chevrette mignonne Son dur aiguillon ficha,

Si profond que la rebelle, Regimbant, va s'échapper Des douces mains de la belle, Qui, las! ne l'a peu happer.

Ja bien outre elle est lancer, Tirant sa maîtresse après, Et, de sa douleur chassée.

Court aux peuplées forets.

« 0 Dieu Pan ! dit la bergère, Garde qu'un loup boucager De sa grand' gueule meurtrière Ne la me vienne outrager!

« Dedans ton saint temple entrée, Chantant ton los immortel,

i6o LIVRE SECOND

J'offrirei de sa ventrée

Un chevreau sur ton autel. '>

Tandis que la bergereîte Revague, sans savoir où.

Sortant du bols, la chevrette S'en va ranconîrer le lou,

Le lou qui, la volant seule, Cautement la regardant.

Ouvrait ja sa large gueule, Pensant d'en soûler sa dent.

Mais, en se dérobbant pronîe, Un temple abbatu treuva; Et à coup sur l'autel monte Du dieu Pan, qui la sauva.

Ja la chevrette conduitie Là haut la mort attendoit, Et le lou, cregnant la suite.

Seulement la regardoit.

Quand Janette, Volant braire, Par prières arrêta Jaquet, qui, de grand' colère, Dessus le lou se jeîta.

ODE XX f6[

Sur le lou sa fronde il jette :

Il tire, il va l'étranglant; Et d'un gros bâton Janette Rebat son museau sanglant.

A la fin l'horrible beste Ils dépouillent, et la peau Pend là d'avant pour conqueste; Puis Jaquet cet écriteau

Entailla de sa serpette, Dessus un poteau de fou :

Ici Jaquet et Janette Ont pendu la peau du lou.

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