‹ Œuvres poétiques de M.-C. de ButtetChapitre 40 sur 48 · A ANN E · texte numérisé non relu

A ANN E

CETTE bouchette fresche et vermeillette Me sçait la rose, puis la violette, Ainçois que Vaspre soleil l'ait blemie, Anne m'amie;

Et le pur bâme, le doux miel Attique, Le cynamome, l'encens Panquaique, Et de son arbre la myrrhe tumbée En la Sabée;

Ou des noirs Indes la miellée canne, Ou bien la sainte secourable manne, Et si en douceur chose plus plaisante Nature enfante.

Donques se taise la douce Arabie, Donques se taise la superbe Indie, En toute terre qui drogue odorante Envoie en vente.

Car ni civette, musc, ou ambre encore, Ni moins les roses filles de l^ Aurore, Ni odeur suave d^une mer contraire, Peuvent tant plaire

Comme tes lèvres savoreuses, voire Qui peuvent veincre le précieux boire Que Ganimede, ce Troien gars, donne Au Dieu qui tonne.

Sus donques, Anne, je veux qu'on me baise. Ma petite Anne, mon bien et mon aise; Assés n'est forte ta main jeune et tendre, Pour te défendre.

Bouche doucette, bouche coralline.

Trop longue attente ja le cueur me mine : Baise-moi, baise, baise-moi donq' ores, Encor', encores!

0 bouche tant douce! Hola, ah! méchente. Tu me mords, ce tour point ne me contente : Fai, fai, mignarde, qu'en plaisir je meure. Tout à cette heure.

Que je resucce un baiser de colombe, Tant que Fhumide nectar au cueur tombe :

l66 LIVRE SECOND

Que riin de l'autre^ de si longue entente, Pareil bien sente.

Page 1