I.K TASSE
Di'jà leur fioiil pâlit ; (It'j.î iiionic en leurs \vu\, A CCS brusques apprêts, roulent des pleurs d'adieux ; 'J'aiidis qu'inaltenlif à leur sombre tristesse Alphonse, heureux enfin, contemple avec ivresse Leurs frères, leurs amants transformés en soldats, Oui du sein des plaisirs vont voler aux combats. Les voilà, les soutiens, les vengeurs de Ferrare ! Accourez, fiers guerriers; c'est pour vous qu'on prépare (le prix qu'à la valeur destine la beauté. RJais la trompette sonne; à ce bruit répété Léonore s'avance, et d'une main tremblante Remet à tous les preux qu'Alphonse lui présente Les nobles éperons et le fer du guerrier ; Llle-mème à leurs bras suspend le bouclier ; De leurs exploits futurs leur décerne ce gage Qu'entourent ses couleurs, qu'embellit son image; L'attache sur leur sein oi!i l'or flotte en collier. Puis, levant ses regards sur chaque chevalier, Laisse échapper ces mots qu'un léger trouble anime: « iMarcaez, nouveaux Croisés, vers une autre Solyme. »
A ce nom de Solyme , à ces mots généreux , Vous eussiez vu soudain tous les cœurs, tous les vœux. Tous les regards errer dans celte salle imnuMise, Lt sur le Tasse enfin s'arrêter en silence , S'indignant en secret que son nom glorieux Ne fût point appelé parmi les noms des preux. Oui donc des Ferrarois acquittera la dette?
CVst Alphonse; il s't'lanco aii-dovant du poète Et l'entraîne éperdu jusqu'aux pieds de sa sœur.
Le Tasse à ses genoux courbe son front vainqueur.
Cette image, ces traits de la beauté qu'il aime,
Léonore à sa foi les eonfu' elle-même.
Le seul "don qu'il espère , il l'obtient de sa main ,
Sous ce gage adoré sent palpiter son sein ,
Goûte un moment l'ivresse où son âme est en proie ,
Et s'y dérobe enfin, effrayé de sa joie.
Où vas-tu, malheureux! prolonge un tel moment. Ah! lorsqu'autour de toi tout est enchantement , Laisse à tes longs chagrins, à tes amers supplices, Se mêler , s'il se peut , ces paisibles délices. Repose enfin ton cœur par tant d'assauts brisé. Assez long-temps sur toi l'infortune a pesé. Dans l'avenir peut-être assez de maux t'attendent ; Oui sait ce que de toi les cieux jaloux demandent ? Jouis du moins en paix de ce jour enchanteur Où la gloire est c ncor compagne du bonheur.
.Mais il aime et déjà plus de paix pour son àme. Un doute, un doute horrible aigrit encor sa flair.m". Où s'en vont, animés d'une soudaine ardeur. Ces guerriers dont sa lyre éveilla la valeur? Sur quel sol ennemi vont-ils tourner leurs armes , Et menacé par eux quel peuple est en alarmes?
Ils voni porkT la gucrrs en co riant séjour, Vers cos bords où lui-mèaio ouvrit les \vu\ au jour. Ces bords i'ont repousse; nuiis ils sont sa patrie; Mais ils parlent de luin à son ànie attendrie; .Mais sa fuite y laissa , sous un joug oppresseur, I.a tombe de sa mère où veille eneor sa sœur. Ah! dans ee doute affreux qui déjà l'épouvante, (l'est vers loi qu'il accourt, amitié consolante! Prodigue tous tes soins à ce cœur om])rageux Pour qui jus({u'au bonlieur tout devient oragciix. Son ànie devant toi s'ouvre sans artifice; ]1 n'a point de secrets dont la vertu rougisse. Il révèle , sans peine , en ses aveux touclianls, Et l'éclat du succès qu'ont obtenu ses chants. Et ce cri de l'honneur dont le noble déliie Du sang qui va couler semble accuser sa lyre. Et son funeste amour que lui-même il se peint Comme un songe, un prestige où sa raison s'éteint, Et ces touiinents d'une ame où l'espoir craint d'éclore, Tourmcnis que rien n'apaise et qu'alimente encore L'ineffaçable attrait du rivage natal , Si doux aux cœurs heureux, aux bannis si fatal.
Prompt à le consoler de sa propre inju^tice,
Mais iilein d'un effroi sond)re : « Ami, 1 i dit iMaui :ce,
» Dieu, pour nous épargni'r de vérilabjcs torts,
» Dans le cœiu- le plus pur un t souM'Ut le remords;
1) Heureuse l'i'une tendre où celte voix réprime
» Ce qno dans nos cUssoins Dieu voit d'illî'gitinic! >) Crois-moi, n'accuse point ton snccrs slorionx. » D'un triomphe aussi doux le ciel même est joyouv. ') Mais l'amour l'a vaincu ; mais déjà dans ton ànic » De toutes paris pénètre et son trouble et sa flamm '. » Eh! quel espoir, dis-moi, peut sourire à tes vœux? » Léonore osa-t-eUe entendre tes aveux?
» As-tu pu sans frémir mesurer l'intervalle » Qu'à mis entre elle et toi la fortune inégale! ') Vois-tu, vers ce bonheur qui te semble promis, » Quelque route possible et quehjue accès permis? » Sais-tu quel sort pour toi dans l'avenir se cache? » A ion repos enfin vois-tu ce qui t'arrache? ■> Serait-ce des honneurs l'espoir éblouissant ? ') Tu m'es connu; sur toi ce charme est impuissant. » Quand il possède encor tous les biens du poi'te , » Je ne crois pas non plus que mon ami regiette •1 Des plaisirs d'une cour le tumulte orageux. » Kh ! quels autres plaisirs, quelles fêtes, quels jeux, » Vaudront jamais pour toi ces veilles du génie » Et ces beaux vers, enfants de l'iieureuse insonnne ! » Ainsi donc, en aimant, tu ne prétends qu'aimer; » Et , s'il est des proj' ts que tu puisses foinir-r » Sans doute au fond du cœur ta te flattes encore 0 On'adnn's aux mêmes li"ux où règne Léonore, i) Tes vœux se borneront h pouvoir de pins près ■) C' ntempler ses vertus , adorer ses attiaits. » Funeste aveuglement ! vain espoir! quand on aim'^,
» Il est dos vœux socrets qu'on se caclio h soi-mèmo. » Le cœur le plus timide , alors qu'il est épris , » Des tournienls qu'il alTioiUc ose entrevoir le prix ; » l'.[, quand ce prix échappe h l'amour le plus tendre , » (hiand la i-aison s'éveille et défond d'y prétondre , » Soudain à ce bonheur que l'on croyait saisir » Succède un \ido affreux que rien ne peut remplir. )) 11 en est temps encore, anii ; Aoux-tu m'en croire? » Ne nous occupons plus que du soin de ta gloire. » De tes heureux travaux poursuis en paix le cours ; » Les muscs t'offriront de plus chastes amours. » Et s'il faut aujourd'hui que le .malheur t'éclaire , » Reprenons tous les deux l'exil et la misère. » Viens, je te suis, partons, et que ton souvenir » Arrive noble et pur aux siècles à venir. » 11 dit : à cotte voix , dont la mâle assurance Jusqu'au fond de son cœur détruit toute espérance , Sans éteindre l'ardeur dont il est dévoré, 1,0 niaihoui'oux amant dans n)n cœur déchiré D'un froid saisissement sent pénétrer l'atteinte , A sa douleur profonde inteidit toute plainte, Admire l'amitié jusque dans ses rigueurs. Et cherche entre ses bras un refuge à ses pleurs. Tel un infortuné que la fièvre tourmente. Si d'un songe trop court l'illusion charmante Fait voir dans le sommeil à ses sens éperdus La santé , les plaisirs , les biens (pi'il a perdus , Se désole au lévoil ({uaud uue main sévère
niANT II. 22r,
D'Ksciilapo à sa hoiirlio oiïro la mnpo ainèro;
Vois son rCvo cliéri se lejotte on set rot ,
Sur If brouvap;" oiï'^rl porlo IVril à regret ,
Kt l)()il ])()iirtant les suc.-; dont riieurouse aiiu rtiime
Doit combattre en son sein le mal qui le consume.
Ainsi , (l'un mèni'^ accord , ils vont quitt'-r es lieux.
J)es apprêts du départ ils s'occupaient tons deux ,
Quand près du 'ra.sse arrive un messager d'Alphons^.
L'écrit qu'il porte exige une prompte réponse,
Et l'envoyé do Rome à la cour de Paris
Au succès dii message attaclie un tiès haut prix.
Il voudrait, en tauchant les rives de la Seine ,
l'oiu' mieux captiver Charle et pour gagner la reine ,
Se montrer à l'ur cour noblement escorté
Du poète éloquent par Ferrare adopté.
Un j>lus sage motif déterminait son frère.
L'hymen que pour sa sœur il projetait naguère ,
Sons un aspect fatal déjà se montre à lui.
Ce fds de Médicis qu'il choisit comme appui
0(Tre-t-il à sa sœur un époux digne d'elle ?
Sera-t-il pour lui-même un allié fidèle?
Dans la confusion où Paris est plongé
Le légat verra-t-il d'un œil sans préjugé
Des excès que sa cour n'a point blùmés encore?
Sur d'autres maux enfin que peut-être il ignore
Il voudrait un témoin qui put le rassurer.
De ce noble dessein ce qu'il peu! déclarer
226 Ll-: TASSH.
So trouvail cxpriiiK'' dans nii socrot message.
Lo Tasse y lil ces mois : » Alphonse vous engage
» D'accompagner son frère auprès de Médicis.
» Observez l)ien la reine , éludiez ses fils.
» Sur eux, sur tous les maux qui troublent leur empire,
>; Je veux la vérité. Oui saura me la dire
» l'eut d\in doute affligeant soulager mes esprits.
» De son zèle envers moi je lui garde le prix.
» Je ne m'explique point , que ce mot vous suffise :
» Je n'exige de vous qu'une entière franchise.
» Allez donc ; sur le soin commis à votre foi
» Je ne m'ouvre qu'à vous, ne vous ouvrez qn'à moi. »
Oh I du cœur d'un amant faiblesse involontaire!
A suivre un tel conseil croit-on qu'il délibère ?
Eh! quel autre, eiî effet, de ce départ cruel
IN'eût accepté le vœu comme un bienfait du ciel!
Il ne sait pçMut, hélas! il ne peut pas com])rendre
Que , pour unique prix de l'ardeur la plus tendre ,
Chaque pas qu'il va faire en ce fatal cliemin
Doit sons un autre ciel, au joug d'un autre hymen ,
En des bras plus heureux enchaîner I.éonore.
loin de voir, l'insensé, qu'il perd ce qu'il adoiv.
Il croit dans ce dépari oîjéir à sa voix ,
Marcher sous son égide et suivre encor ses lois.
Il se dit que du moins, aupiès de ce qu'il aime.
Il laisse dans .Maurice une part de lui-mènic.
(]et exil est affreux ; mais déjà da retour
Un doux pressentiment lui fait j^révoir le jour ;
CllAM I!. . 227
Et, dans sou faible cœur, avec moins de soullVancc La résignaliou se nièlc à l'cspûranco.
L'amiliô toutefois prend la plus noble part
De CCS derniers moments précurseurs du départ.
C'est elle , c'est sa voix et courageuse et tendre
Qu'en de touchants adieux Maurice fait entendre ;
C'est elle dont le Tasse implore cncor l'appui,
Quand pour grâce dernière il exige de lui
Qu'il fasse parvenir en son lointain asile
Le nom de la beauté loin de qui tout l'exile,
Et qu'un récit fréquent l'entretienne du moins
Des mallicurs dont ses yeux ne seront plus témoins.
Dès que de l'amitié la plus sainte promesse
A , sur ce vœu pressant, rassuré sa tendresse,
Tel que ces chevaliers qui portaient aux combats
L'écharpe dont l'amour avait orné leur bras ,
lit , d'un prestige heureux l'âme encore exaltée ,
Croyaient marcher couverts d'une armure enchantée.
Il saisit et soudain presse contre son cœur
Le seul bien dont l'amour l'ait rendu possesseur ;
Euqwrle ses écrits, dont les feuilles légères
Sont de sa gloire eucor seules déi)ositaires ;
Dans les sages conseils qu'elle offre à sa raison
Reçoit de l'amitié le triste et dernier don ;
Puis, recueillant sa force en son cœur moins timido,
Loin de Ferrare enfin prend sa course rapide ,
un LK TASSK
Sans accuser ramour, sans se plaindre du sorl, Sans qu'à tant de regrets se joigne un seul l'emord , Riche en doux souvenirs, confianl, heureux même, Si pourtant on peut l'être en fuyant ce qu'on aime.
CHAiNT TROISIÈME.
Six mois sont écoulés depuis le jour fatal
Où Médicis du meurtre a donné le signal.
De ce grand attentat de grands maux \onl éclore.
Le sang ne coulait plus , mais il fumait encore ,
Et les ressentiments qui veillaient dans les cœurs
Des partis mal éteints irritaient les fureurs.
Oh! quel était l'aspect de cette ville immense! Les lois gardant partout un coupable silence; Des pères égorgés les malheureux; enfants K'osant même du deuil porter les vètemenls: De grands noms disparus; les misères publiques Venant se joindre encore aux douleurs domesti([ues , Et , dans ce noir chaos de crime et de fureur, Mille bruits mensongers accréditant l'erreur : Lorsqu'au sein de ces murs Torquato se présente , Voilà l'affreux tableau dont Paris l'épouvante. Mais de même qu'aux bords du rivage africain , Quand du Nil débordé l'épanchement soudain
->.iO M" TASSIi.
\erse un limon fangeux dont se couM'e la plage ,
A l'aspect de ces Ilots qui marquent son passage
Le voyageur pressé d'un désir curieux
Veut remonter le fleuve et marcher jusqu'aux lieux
Où son urne féconde a caché sa naissance ;
Tel h l'aspect des maux qui désolent la France
Le poète atlristé cède au noble besoin
D'en découvrir la caiise en rcinontant plus loin :
Il cherche quelles mains ont pu de crime en crime
Sous l'État qui chancelle ouvrir ce large abîme.
(Iharlc encor était roi ; mais roi faible , indécis , Il occupait un trône où régnait Médicis. Elle avait apporté sur les bords de la Seine L'art étranger pour nous de déguiser la haine, Et la soif du pouvoir, el l'amour des cxcls, Lt les fureurs d'un s;'.ng trop fatal aux Français.
Déjà l'andjassadeur du Pontife suprême
Sur cette cour, qu'il vient étudier lui-même.
Au chantre de Solymo avait paru s'ouvrir ;
Riais, dès Cju'il voit le Tasse ardent à découvrir
Quels sont dans ce haut rang les noms à qui l'histoire
Réserve, en sa justice, ou l'oijprobre ou la gloire.
L'entretien prend son cours vers un aulre sujet;
Et soit que, pour l'hymen dont sa sœur est l'obje! ,
Il voulût de la reine acquérir le sulîrage ;
Soit que Rome à sa bouche eût j)rescrit ce langage,
( IIANT III. 231
Lo nom de Mrdicis, fiu'à pi-iiio il proiï'rail , S'eiivcloppjul toujours d'un (Mogc discret.
Le Tasse, en récoiitaiil, j^iinlc un doute timide. Ce génie inip;)sant , ([ui sut créer Armide , Invoquait nu autre art, d'autres enchantements, Pour saisir, à travers tous ces désniscmenis , L'aiïrruse vérité qu'il s'obstine à connaître. Mais sts regards enfin vont l'ditrevoir iieut-êlre.
Le légat l'introdn't dans le palais des rois
Le voilà dans ce Louvre où régnent les Valois.
Dieu ! cjue de factieux inondent ces portiques!
Que fait là cet essaim de ligueurs fanatiques ?
Quel guerrier, jeune encore, en passant devant eux,
D'un seul de ses regards a fait baisser leurs yeux ?
C'est Condé ; mais plus loin et Tavanne et Joyeuse
Élèvent contre lui leur voix séditieuse.
Lî«, d'obscurs courtisans se grossit un parti ;
Ici , d'un plus grand nom le Louvre a retenti ;
C'est Guise. Le voilà! c'est sa déiiiarclie altière;
Ces ligueurs sont pour lui ; leur foule tout entière
Déjà semble de Guise accuser le repos :
Tous, jirès de lui rangés, attendent quelques mots
De sa voix caressante et presque souveraine.
Le poète étonné , sur cette vaste scène
Promène des regards jaloux de s'éclairer,
Lt voit , en s'avancant , autour du trône errer
Ces flots (raiiihitieux que McVlicis domine.
Le roi paraît : soudain lo poète examine
Ue tous ses inouvemeuls la timide lenteur,
Remarque de son front l'inquiète pâleur ,
Observe son regard qui, peureux (t sévère ,
Cherche une volonté dans les yeux de sa mère ;
Ne voit rien dans ses traits, ses discours, son maintien ,
Qui de sa mère encor n'invoque le soutien ,
Et gémit que le ciel ait confié la France
Aux mains d'un roi frappé d'une aussi longue enfance.
Mais que va-t-il penser quand ses yeux d" plus près Iront de Médicis étudier les traits?
Ah! le même art profond qui la montre paisible Va rendre h ses regards tout soupçon impossible Charle au moins laisse voir un visage inquiet. Ici tout reste calme, impassible, muet.
Comment oser penser, en voyant cette femme. Que la paix de son front ne soit pas dans son Ame ? Oh! des cœurs criminels fausse sécurité ! Dieu juste ! s'il est vrai que ce calme effronté Fasse accroire aux regards qui s'attachent snr elle Qne son cœur h tes lois est demeuré fidèle , Ah ! détrompe les yeux du héros de mon c'ioix ! Il a voué sa lyre à ta tombe , à ta croix. La vérité lui plaît. Défends à l'imposture D'abuser plus long-temps une vertu si pui'c. Fais-lui voir les replis de ce cœur inhumain :
Qu'il frémisse d'horreur et qu'il apprenuo onfiu Que ce calme des traits qu'aucun remords n'anime J'isl le repos d'une àme en paix avec son crime !
Et loi, qui loin d'ici veux détourner tes pas, Arrête , infortuné. Quoi ! tu ne pressens pas Qu'il est devant tes >eux, non loin du rang suprême. Un mortel digne enfin qu'on l'admire et qu'on l'aime? Hélas! le cœur troublé des douleurs de l'État, Dans cette cour sinistre il paraît sans éclat. De tant de courtisans nul ne marche à sa suite. I.a faveur le redoute et l'amitié l'évite. La haine des Valois est encore en ces lieux L'indice le plus sur qui le montre à tes yeux. Regarde : c'est Bourbon ; c'est l'honneur de la France ; De l'État déchiré c'est l'unique espérance. Le ciel, en sa pitié, peut-éîie en sa rigueur, Vous promit à tous deux la gloire et le mallieur ; De vos destins communs telle est la loi cruelle. ^ iens donc ! cède au penchant qui près de lui t'appelle. Viens saisir dans ses traits, viens puiser dans son cœur Ce mélange touchant d'amour et de valeur. Que tes vers colorés de ce charme imisible Montrent Renaud plus tendre et Bouillon plus terrible ; Kt, s'il est une Muse attentive h ta voix, Parle; qu'à tes accents des couleurs de nos rois, Des lis de notre France , elle ombrage sa tête, Et dans un chant d'amour prophétise la fête
231 LE TASSR.
Où Bourbon Irioiiiphanl cl sur co irôiie assis Yiendra séclior les pk'urs qu'a coûtés Mcdicis.
Ainsi (l;nis le ioinlaiu celle iiiiagc entrevue De tant d'affreux tableaux dédommageait sa vue. Heureux si des beatix-arls le preslige cbarmant Avait pu de son creiu- adoucir le touniient! IMais les jours orageux qui iiesairnt sur la*]''rance De nos arts au berceau décourageaient l'enfance ; Triste effet des partis! tout languissait; partout L'art était sans élude ou l'étude sans goût. Jodèle triomphait sur la scène où (Corneille Devait un jour du Cid étaler la merveille; Kt les Muses en deuil gémissaient h l'écart En voyant tour l\ tour Dubartns et Ronsard Dicter des lois au Pinde, et du bruiwde leurs veilles De Mallserbe naissant fatiguer les oreilles.
Sur cette nuit profoiidc o;i sonnneillaient nos arts Le diantre de Bouillon fixe enfin ses regards ; Mais , hôte généreux , sa noble prévoyance De ce malheur des temps n'accusait point la Fia:ire. Il se dit qu'en ces murs , si mornes à ses yeux , L'art occupe sans bruit des bras industrieux; Plus d'un réduit obscur, plus d'une humble retraite Cache encor de (llio quelque sage interprète; Peut-être de Thémis quelques nobles suppôts De ses lois en secret débrouillent le chaos;
CHANT IH. n:\
Plus d'un savaiil pcut-Olro arlu'vaiit son voIniiK* Voit s'user dans la nuil sa lanijio «[u'il lalliiiuc; Kt si les cliastcs sœurs ont fui loin de ces bords, lin langage plus pur soutiendra leurs accords , Quand la paix renaîtra dans ces mêmes Uiurailes Où va mugir bientôt le démon des batailles.
3Iais il croit aux vertus plus encur qu'aux talents.
Sur ces bords désolés par tant d'excès sanglants,
Il est sûr de trouver des cœurs irréj)rocbables ,
De gri-nds noms restés purs au milieu des coupables,
Des vertus dont l'éclat et des temrs, et des lieux.
Va reposer son âme et consoler ses yeux ,
Tel (pie ces feux lointams dont la clarté rassiu-e
Le voyageur pei'du dans une nuit obscure :
Voilà les monuments rju'il \ient étudier.
L'Hospilal à son cboix s'est ollcrt le premier.
Il veut le voir. Il sait qu'en un cham{)ètre asile