I.oin des cours qu'il servit son noble orgueil l'exile
Il clierclie, en sa pens'.'e, un nom qui près de lui
Soil son médiateur et lui serve d'appui.
Et songe à ce prélat qui pour un autre usage
De Cliarle, heureux alors, instruisit le jeune âge
Ce n'est point qu'Amyot, en ces jours corrompus,
D'un pasteur véritable eut toutes les vertus;
^lais on l'a nu du moins, sans trahir le monarque.
.S'éloigner des partis et vivre avec Plutarque.
Il suffit; sur la foi de ce bruit glorieux,
23fi LR T\SSE.
'J'orqiiato plein d'ospoir se présente h ses yen\.
Il entre ; il aperçoit en son modeste asile
Tous ces fruits du travail ou d'un loisir utile :
Sous la main d'Amyot un vieux Plutarque ouvert ;
Son manuscrit, encor de ratures couvert;
Ses louids infolios consultés par l'étude.
A cet aspect du calme et de la solitude
On dirait ({u'un autre air se fait sentir à lui ,
Et f|u'à ses yeux charmés un jour plus doux a lui.
Oh! des arts, des talents éternelle alliance, Sur tousles cœurs bien nés quelle est donc ta puissance ? L'un l'autre avant ce jour ils ne s'étaient point vus ; Les voilà d'un seul mot l'un de l'autre connus ; Leurs deux noms prononcés ont fait ce doux prodige. L'étude les unit; voilà tout leur prestige; Kt déjà l'entretien qui s'établit entre eux D'une vieille amitié send)lc affermir les nœuds.
Dans ces premiers moments de surprise et de joie Où le cœur tout entier s'épanche et se déploie , Le Tasse a vu déjà qu'il est sûr d'être admis Près du noble soutien dont on priva Tliémis. Par un si tendre accueil Amyot le rassure , Qu'il veut apprendre enfm d'une bouche aussi pure Quels malheurs de l'État ont déchiré le sein ; Quel complot fut tramé; cpielle invisible main
CHANT Ht. ^.-î?
Dhigon dos partis la fiiroiir inliiiniainc ,
Kt surtout à quels noms doit s'attacher sa haine.
Le prélat, qui l'écoute avec recueillement : <■ Que héni soit, dit-il, ce fortuné moment! "De vos succès déjà l'heureuse renommée "Avait fraj)pé de loin mon oreille charmée; »Mon cœur en tressaillait ; et c'est vous que je vois ! nll m'est enfui donné d'entendre votre voix! » Ma mémoire du moins, sous les glaces de l'âge , "De vos traits au tombeau peut emporter l'image! «Que ce jour m'est heureux! mais, en voyant Paris, ))De quels pénibles soins s'occupent vos esprits! "Quels faits prétendez-vous c[ue ma voix vous apprenne! "Le cygne harmonieux des sources d'Hyppocrène "Voudrait-il se pl()ngcr dans nos fleuves sanglants? "Pour ses nobles concerts quels sujets désolants! "Eh quoi ! ces chevaliers dont vous chantez la gloire, "Ces preux sont-ils déjà loin de votre mémoire? "Les plus vaillantsd'entreeux n'étaient-ils pas Français? "Ah! sous leur ciel natal quand Dieu vous guide exprès, "Loin d'attrisier vos yeux par ces images sombres, "Évoquez leurs grands noms, interrogez leurs ombres ; "Redemandez, mon fils, aux lieux qui les ont vus, "Leurs bienfaits oubliés, leurs exploits méconnus; "Kt pour les mieux chanter que votre Muse ignore "Ce qu'étaient leurs enfants et ce qu'ils sont encore.
^.-i.S l.K TASSE.
» Jo ne vous oiïre point mon oxoniplo pour loi ; 'j.Mais un long àgc instruit. Voyez autour de nr)i "Tous ces illustres morts peuplant ma sulilude : »Ce sont les confidents ([ue m'a donnés l'étude. ))Leur longue intimité ne me lassa jamais. "Dans mes chagrins, souvent je leur ai dû la paiv. "Vers des siècles lointains, (piandmon àme est lassée, "Ces sages des vieux temps reculent ma pensée, "Tous ces aimables Grecs, tous ces fameux Komains, «J'en ai fait mes amis et mes contemporains ; oje vis au milieu d'eux : vous, Aivez dans Solyme. » laissons au temps le soin d'approfondir le crime. »Qu'cspérez-voiis d'ailleurs? voulez-vouscfu' un prélat ■iSoit l'arbitre des torts d'un peuple et d'un État? » Doit-il par ses discours éveiller la vengeance? " M est trop vrai, le meurtre a désolé la France. «Oui, je maudis les jours que ma vieillesse a vus; "Mais, ce mot prononcé, n'attendez rien de plus ; »Né vous en plaignez pas : de ce récit funeste, "Heureux qui comme vous peut ignorer le reste!
» Si pourtant trop de liaine exagérait nos torts , "Gardez-vous de penser qu'en nos sanglants disrords "Mon pays n'ait offert ([u'un stérile assemblage " De vertus sans effort , de crimes sans courage. "Si est des cœurs formés d'un limon généreux "Que le malheur public élève au-dessus d'eux.
CHANT m. 23<j
i)J'ai vu de cos inorlcls ([iii , pcudiiiil la U'in[)ètc , » Sous le fi'u des partis loiii de coiiibor la tète, » Au milieu des éciieiis ([u'ils ne pouvaient franchir, "Luttaient sans espérance et pourtant sans fléchir. » Il en est même encor qui , soufiVant en silence, «Voudraient (vœux impuissants que Dieu seulrécompeiise) "Dans le bien qu'ils ont fait trouver l'oubli du mal. » N'en doutez point, mon liis! allons voir L'Hos[)ilal. >
// ne s'est trouvé, dans les manuscrits de M. Campenuii, que les trois premieri^ chants du poème sur le Tasse qui fussent à peu près terminés. Dans ses derniers temps, n'espérant jAus que sa santé pût lui permettre d'achever cet ouvrage, il en détacha un épisode pour en faire une éléijie à part, sous le titre de : la Fête-Dieu a FERiiAfiE AU xvi*-' SIÈCLE, ou LE Tasse ET LÉo.NORE. Cet épisudr est précédé de quelques vers qui se rencontrent déjà au début du poème. Nous 71 avons pas pensé que l'inconvénient de cette répétition dût nous empêcher de respecter les intentions du poète.