‹ Œuvres poétiques de V. CampenonChapitre 31 sur 39 · LOUISE DE LA VALLIÈRE · texte numérisé non relu

LOUISE DE LA VALLIÈRE

Parce que les filles de Sion se sont enorgueillies dans le luxe, qu'elles ont marché la tête haute , faisant signe des yeux à droite et à gauche avec une contenance étudiée, je ferai tomber leurs cheveux, j'arracherai leurs chaussures magnifiques, leurs croissants d'or, leurs colliers, leurs filets de perles, leurs bracelets, leurs boites de parfums, leurs bagues, leurs pcndans d'oreilles, les pierreries dont se couvrent leurs fronts , et je changerai en cilice tous ces riches vêtements , ces voiles si légers et ces chemises de grand prix.

I=AïE , chap. III.

La Vallière à Louis avait cessé de plaire. Cachant ses pleurs, réduite h souffrir, à se taire, Elle voit , sans se plaindre , un essaim de beautés , Qui naguère à ses vœux pliaient leurs volontés , Du cœur qu'elle a perdu se disputer l'empire. Dans ce brillant concours où la pudeur expire , Une femme surtout se fait apercevoir.

Bien plus que du monarque éprise du pouvoir , L'altière Monlespan briguait l'iioimeur suprême

"28S Él.KCilHS.

D'aimor im roi las^' tl'ctro ainiù pour liii-iiièiiR'. Tout fléchissait déjà , tout tremblait à sa voix ; Et , de Louis bientôt ayant fixé le choix , Son front plus dédaigneux , sa démarche plus fitre , Uu destin qui l'attend avertit La Vallière.

Elle hésite à partii*, elle reste; et pourtant Chaque jour autour d'elle un vide aiïreux s'étend. Elle trouve les cœurs glacés à son passage. Une froide pitié , i)lus dure que l'outrage , Des mots embarrassés, d'équivoques regards, Voilà le seul tribut et les derniers égards Que rende , même encor en tremblant d'être vue , La faveur affermie à la faveur déchue.

Se peut-il qu'on balance à fuir un tel séjour,

Lorsque l'ingratitude y succède à l'amour !

A ces jours d'abandon , de ^ ide et d'amertume ,

Faut-il que tout prépare et que rien n'accoutume !

Quoi! quand c'hacun l'évité et fuit devant ses pas,

8a liei'lé, sa raison , son cœur ne lui dit pas

Que son frêle bonheur de toutes parts s'écroule,

Et que la solitude et le délaissement

Sont un destin moins rude, un moins amer tourment.

Dans le fond d'uij désert qu'au sein de cette foule?

Ah! sa faible raison s'abandonne à son tour A la \oi\ (jui déjà duns sou cœur se fait jour.

Page 1